Dernières séances: La nuit du 12 – L’année du requin – Nope

de Dominik Moll

Bouli Lanners, Bastien Bouillon, Annouck Grimberg

4/5

Dans un petit village près de Grenoble, une jeune femme de 21 ans, Clara, est retrouvée morte, assassinée brûlée vive en pleine nuit. La PJ de Grenoble est dépêchée sur les lieux. Les suspects s’accumulent mais aucune preuve ne permet de conclure quoique ce soit. Alors que les inspecteurs ne peuvent se sortir de la tête cette mort brutale et absurde, l’enquête piétine…

La bande annonce m’avait beaucoup plut et j’aime beaucoup Bouli Lanners. Le film est prenant dès la première minute, on suit la jeune Clara, on assiste à son horrible mort qui semble absurde, et bien sur on suit l’enquête des inspecteurs de la PJ, de la découverte du corps aux interrogatoires en passant par l’annonce de la triste nouvelle à la famille, l’autopsie, la vérification des alibis, des mobiles, la découverte de la vie privée de la victime.

Dominik Moll nous présente un film noir bien mené, qui ne dérive jamais dans l’excès ou le spectaculaire, le tout servi par un casting parfait, Bouli Lanners en policier fatigué, Bastien Bouillon en responsable de l’enquête, excellent, et Anouck Grimberg parfaite dans le rôle de la juge d’instruction. L’intrigue, l’enquête, les moyens de la police, la psychologie des personnages, la lenteur de l’enquête, la gestion de l’horreur par les enquêteurs, tout est sobre et surtout réaliste et sans fioriture, on est loin des films policiers à l’américaine et c’est appréciable. A travers l’enquête policière le film parle de violence faite aux femmes, des préjugés les concernant, du jugement constant et de cette image archaïque qui perdure quelque soit l’époque. Un film à voir.

de Ludovic et Zoran Boukherma

Marina Fois, Kad Merad, Jean Pascal Zadi

3,5/5

Dans un petit village côtier des Landes, la maréchal des logis chef Maja ne supporte pas trop l’idée de devoir prendre sa retraite de son poste à la gendarmerie. En effet ayant comptabilisé tout les semestres d’activité, la gendarme n’a pas le choix de se retirer de la gendarmerie malgré qu’elle n’ait que 49 ans. Son mari lui n’attend que ça, avoir son épouse enfin que pour lui toute la journée. Mais Maja négocie une prolongation d’une semaine lorsqu’un requin tueur se met à attaquer les vacanciers. Elle met un point d’honneur de régler cette affaire avant de quitter définitivement son poste.

Dès les premières secondes, on sent qu’il s’agit d’une comédie un peu barrée. La voix off un peu étrange qui nous raconte l’histoire du requin tueur, le personnage de Maja, gendarme un peu trop dévouée et obsédée par son travail…la première moitié du film est d’ailleurs très réussie, j’ai beaucoup aimé l’humour subtile, on ne s’ennuie pas en suivant Marina Fois dans sa chasse au requin. Bien sur les références au film Les dents de la mer sont nombreuses, une ville côtière tranquille en pleine saison touristique, une figure d’autorité qui doit prendre la lourde responsabilité d’interdire la baignade aux vacanciers, convaincre de la présence du requin tueur dans les eaux, la pression des notables et des élus qui souhaitent que l’activité puisse reprendre rapidement…

Mais passé la première moitié du film, le ton change complètement, on tombe dans le dramatique et l’ambiance devient plus sombre. J’ai eu du mal à comprendre ce changement d’atmosphère et j’ai trouvé ça un peu dommage, j’aurais préféré que ça reste un film à l’humour décalé, un hommage comique aux dents de la mer. Mais j’ai tout de même trouvé le film original, intéressant et prenant et le casting n’est pas sans intérêt. Marina Fois est toujours excellente, j’ai bien aimé Kad Merad dans le rôle de ce mari un peu trop dévoué et Jean Pascal Zadi et Christine Gautier occupent des rôles secondaires intéressants. Même si le mélange des genres n’est pas très réussi et donne plus l’impression que les réalisateurs ne savent pas ce qu’ils veulent, on passe quand même un bon moment de cinéma et l’année du requin a l’avantage d’avoir un ton décalé et original.

de Jordan Peele

Daniel Kaluuya, Keke Palmer, Steven Yeun, Brandon Perea, Micheal Wincott

4/5

OJ et Emerald Haywood sont frères et sœurs et s’occupent d’un ranch de chevaux dans une vallée déserte de Californie. Depuis la mort brutale et étrange de leur père, ils ont hérité de l’affaire familiale, qui consiste à louer des chevaux à des studios hollywoodiens pour pub, cinéma et télévision. Mais depuis quelques temps des phénomènes étranges se multiplient dans leur région. Persuadé de la présence d’un extraterrestre, le frère et la sœur, aidé d’un technicien, décident d’installer des caméras de surveillance dans l’espoir de vendre la preuve d’un ovni et d’obtenir gloire et célébrité.

Comme tout le monde, j’ai découvert le cinéma de Jordan Peele avec son film Get out que j’avais trouvé excellent, un film comme on en fait plus beaucoup de nos jours. Par contre, si cinématographiquement j’avais trouvé Us, son 2e film, intéressant, j’avais pas trop adhéré l’histoire n’étant pas aboutie.

J’ai lu pas mal de critiques indiquant que ce nouvel opus, Nope, était le meilleur film de Peele. Je ne suis pas d’accord, pour ma part Get out reste son meilleur, mais Nope n’est pas loin derrière. OJ a toujours vécu dans le ranch de son père, qui en a fait une affaire montante dans l’univers de Hollywood. Mais avec son père disparut, OJ a du mal à émerger, à se remettre de la disparition de son père et tout simplement a du mal à prendre la relève. Il a toujours vécut dans l’ombre de son père et manque d’assurance, ce qui n’est pas le cas de sa petite sœur Em, qui elle n’a jamais été poussée vers l’avant par son père, qui a toujours privilégié son fils aîné dans le business du cheval. Et pourtant Em a toute l’assurance que son frère n’a pas forcément devant les clients. Elle sait vendre son image, mais à part ça, elle n’a pas les connaissances ou le sens du travail de son frère.

Derrière le côté SF du film, avec la présence d’un ovni prédateur, le film parle de courage, de ténacité, de volonté, de détermination qu’il faut avoir dans la vie pour s’en sortir. Les épreuves vont révéler le courage d’OJ, il va enfin pouvoir mettre à profit ses qualités. Nope c’est aussi un hommage au film de cow boy avec OJ qui se bat à dos de cheval.

Nope c’est aussi une critique de la société des médias, la loi du buzz, l’envie d’obtenir l’attention du public et l’argent qui va avec en très peu de temps et avec un minimum d’effort. OJ et Em, en découvrant la présence d’un extraterrestre qui se comporte comme un animal prédateur qui marque son territoire et s’en prend à tous ce qui est vivant, n’ont qu’un seul réflexe: comment tirer profit de cette découverte et comment avoir ce qu’il faut pour pouvoir passer chez Oprah, le graal de tous les graals. Ou encore le fanatique de la caméra à la recherche du dernier scoop pour TMZ et qui même en se rendant compte du danger et de la menace qui pèse sur sa vie, ne pense qu’à une chose, filmer pour obtenir une preuve exploitable dans les médias.

Le film est donc très riche. Riche sur le plan des sujets abordés, riche visuellement, riche concernant la mise en scène. Jordan Peele a l’audace de nous présenter son ovni, il a pris le temps de créer un ovni, de ne pas le cacher ou de céder à la facilité de s’en remettre à l’imagination des spectateurs, j’ai trouvé ça courageux et bien réalisé.

Il y aurait beaucoup à dire sur Nope. Un film bien rythmé, une histoire bien menée, des personnages intéressants qu’on a envie de connaître et comprendre, un suspense bien tenu. Le film ne fait absolument pas peur, il faut le savoir, j’ai plus frissonné sur les deux premiers films de Peele. Ici c’est plus le suspense et la surprise, le film distille les petites révélations. Quelques touches d’humour bienvenu comme le réalisateur le fait souvent, et de très bons acteurs en particulier Kaluuya.

Dernière séance: Decision to leave

de Park Chan Wook

Park Hae Il, Tang Wei

4/5

En Corée, Hae Joon est capitaine de police. Alors qu’il recherche un homme coupable de meurtre depuis plus d’un an, il doit avec son adjoint enquêter sur une mort suspecte, celle d’un homme à la retraite qui serait tomber accidentellement d’une montagne en faisant de l’escalade. Il rencontre alors sa jeune épouse qui ne semble pas émue par la mort de son mari.

De Park Chan Wook j’ai vu déjà de nombreux films, Lady Vengeance, Sympathy for Mr vengeance, Je suis un cyborg, Stoker, Mademoiselle et puis mon préféré Old boy. Decision to leave tourne d’abord autour du capitaine de police Hae Joon: carrière brillante, respecté, il est marié à une femme qu’il aime, mais ne vivent ensemble que certains week end du fait que leur fils est en internat et que chacun mène sa carrière dans des villes différentes. Quand il se voit confier l’enquête sur la mort de l’alpiniste amateur, il est déjà absorbé par une chasse à l’homme qui l’accapare un peu. Il aurait sûrement conclu à une mort accidentelle rapidement s’il n’avait pas développé une obsession pour l’épouse du défunt, Seo Rae.

J’ai beaucoup aimé Decision to leave. Visuellement c’est très beau, c’est parfaitement mis en scène, quelques originalités, une manière originale de filmer le ressenti de Hae Joon et de Seo Rae. D’ailleurs le film a reçu le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes. La scène finale sur la plage est juste magnifique. Les acteurs sont tous très bons et incarnent des personnages complexes et intéressants, j’ai aimé les découvrir et les connaître petit à petit.

Entre enquête policière, histoire d’amour platonique, Decision to leave manque parfois d’un peu de cohérence notamment dans la motivation de certains personnages. J’ai aimé les touches d’humour en générale apportés par les deux adjoints successifs de Hae Joon. Un beau film, de belles scènes et de belles images.

Dernière séance: Irréductible

de Jérôme Commandeur

Jerôme Commandeur, Laetita Dosch, Pascale Arbillot, Gérard Darmon, Christian Clavier, Nicole Calfan

3.5/5

Depuis tout petit, le rêve de Vincent Peltier est de devenir fonctionnaire, après avoir passer une journée au bureau de son père à la préfecture. Aujourd’hui, Vincent vit son rêve tous les jours. A Limoges, Vincent habite en face de son bureau,, son boulot est facile et routinier, ses horaires flexibles, les réunions de bureau se passent au bar du coin, tous les monde le connait et il connait tous le monde. Sa mère est au petit soin, et sa fiancée facile à vivre. Mais un jour le ministre de l’économie annonce une réforme de licenciements dans la fonction publique et Vincent qui n’est ni handicapé ni père de famille, n’y échappe pas: son poste est supprimé. Au ministère à Paris Isabelle Baillencourt est chargée d’accompagner les départs volontaires, en remettant des chèques de départ. Mais Vincent joue les irréductibles, hors de question de renoncer au statut de fonctionnaire. Conseillé par un syndicaliste chevronné, il accepte la mutation plutôt que la démission. Vincent est donc muté dans des coins paumé à faire des tâches ingrates, mais ne craque pas. Baillencourt décide donc de le muter au Groenland…

J’y suis allée sans conviction, j’aime bien Commandeur, alors pourquoi pas et finalement, ce fut une très bonne surprise. Bien sur le film use des clichés concernant le fonctionnaire ou les syndicalistes mais ça reste drôle. Vincent est énervant et en même tellement sympathique et attachant. A Limoge il mène une vie pantouflard, il habite en face de son bureau mais n’arrive pas tôt et fait badger à la pointeuse son ami de l’accueil. Son boulot il le connait par cœur, c’est une routine qu’il apprécie, il sait tous de son domaine et reste dans sa zone de confort. Sa copine, il ne l’aime pas mais à le mérite d’être là. Sa mère est au petit soin.

J’ai adoré le voir tenir tête à Baillencourt, leurs discussions et bataille verbale sont drôle, les réparties sont bien écrites, les deux s’entêtent à ne pas vouloir lâcher. Les acteurs sont tous bons, que ce soit Arbillot dans le rôle de cette carriériste qui tente de faire craquer un simple fonctionnaire ou Dosch dans celui de la jolie scientifique qui a adopté le style de vie suédoise et que rencontre Vincent lors de sa mission au Groenland. Sans parler de Commandeur, ce fonctionnaire endormi qui aime sa vie mais qui ne lâche rien, magouilleur dans l’âme. Et puis de nombreux guest apparaissent tout le long du film dans des petits rôles, Valerie Lemercier, Malik Bentalla ou encore Christian Clavier loin de ses rôles habituels de bourgeois.

Irréductible, c’est drôle, court, rythmé, on ne s’ennuie pas une seconde, on passe un très bon moment, on a envie de voir où Vincent va terminer au fil de ses nombreuses mutations, on ri souvent durant le film et bonus, on voyage un peu partout.

Dernière séance: Les crimes du futur de David Cronenberg

de David Cronenberg

Viggo Mortensen, Lea Seydoux, Kristin Stewart, Scott Speedman, Tanaya Beatty, Nadia Litz

3,5/5

Dans un futur indéterminé, une partie de l’humanité est confrontée à de nombreuses mutations et transformations étranges. Certaines personnes développent des changements organiques, de nouveaux organes indépendants apparaissent, rendant certaines modalités comme dormir ou manger, difficiles, nécessitant certaines machines perfectionnées. Saul fait partie de ces personnes qui se réveillent avec certains nouveaux organes. Pouvant être dangereux pour sa santé, il est obligé de les faire retirer comme des tumeurs. C’est Caprice, sa partenaire et ancienne chirurgienne, qui s’en occupe. Artiste performeur, Saul met en scène les extractions chirurgicales devant un public, élevant cette pratique au rang d’art avant gardiste. Il intéresse énormément Wippet et Timlin, les fondateurs d’un nouveau service, le bureau du registre des nouveaux organes qui tentent de répertorier et enregistrer les nouveaux organes. Il est également abordé par un certain Lang Dotrice, qui souhaite par l’intermédiaire de Saul, mettre en lumière une évolution en partie créée par la main de l’homme et en partie par la nature, une évolution des organes digestives permettant à l’Homme de manger et digérer le plastique.

De Cronenberg, je suis loin d’avoir tous vu, mais j’ai beaucoup aimé Dead Zone, Existenz, les promesses de l’ombre, A history of violence. Que penser de ce film, en compétition à Cannes cette année? Je m’attendais à un film bizarre, à l’atmosphère étrange et c’est exactement ce que j’ai vu.

Ce futur ne semble pas jolie à voir, tout y es assez glauque. A l’instar des organes internes d’une partie de la population qui voit leur corps s’écrouler et se transformer pas dans le bon sens du terme (ici les mutations ne donnent pas naissance à des pouvoirs cools), la ville dans laquelle les personnages évolue semble s’écrouler aussi: des immeubles délabrés, des peintures qui s’écaillent, des appartements qui ressemblent à des squats abandonnés, des murs recouvert de graffitis qui semblent d’une autre époque.

Cronenberg nous montre une humanité qui vit avec ces nouvelles mutations. Certaines personnes doivent pour manger et digérer ou pour dormir, se munir de machines sophistiquées qui permettent de remplacer et compenser certaines fonctions du corps. D’autre ne ressentent plus aucune douleur physique et pratiquent des mutilations au couteau comme si de rien. Les mutations semblent emmener les humains vers de nouvelles fonctionnalités qui ne sont pas encore connues.

On retrouve le visuel de Cronenberg, notamment dans ces films des années 80. Les machines ressembles à des choses organiques faites de tendons et de chairs, on a droit à des scènes un peu gore de chirurgies, des autopsies, des corps qui s’ouvrent, qui exposent les chaires et les organes, le sang qui coulent. Passer les premières scènes, je pensais que ça me donnerait un peu la nausée mais finalement non, car ces scènes me semblent tellement exagérées et me semblent visuellement « vintage » ou d’une autre époque, que j’ai l’impression de voir un film de SF des années 80. Même la musique ajoute cette dimension nostalgique.

Le film soulève des questions comme l’environnement, la planète malade rendant malade les humains qui y vivent et qui sont la cause de leur propre mal. Il y a aussi des questionnements autour de l’art, des « performeurs », leurs légitimités et la question de qu’est ce que l’art finalement.

Viggo Mortensen retrouve pour la 4e fois si je ne me trompe pas, David Cronenberg pour incarner cet artiste étrange, ambigu et en plein doute sur beaucoup de chose. Comme d’habitude Mortensen est excellent dans son rôle. J’avais entendu des critiques très positives concernant Kristen Stewart, personnellement je n’ai jamais adhérer à son jeu d’actrice et ce film ne fait pas exception. Moi qui ne suis pas une fan de Léa Seydoux, j’ai trouvé qu’elle s’en sortait un peu mieux que Stewart.

Reste un film étrange, un peu bizarre. On ne s’ennuie pas et c’est appréciable de voir un film qui ne prend pas le temps de nous raconter un peu grossièrement le contexte de cette société du futur, on découvre petit à petit ce monde et ces particularités, par petite touche, tout le long du film.

Dernière séance: Coupez!

de Michel Hazaniavicius

Romain Duris, Finnegan Oldfield, Berenice Bejo, Gregory Gadebois, Lyes Salem, Mathilda Lutz, Jean Pascal Zadi

4/5

Sur le tournage d’un film de zombie, les techniciens sont fatigués, les acteurs usés et le réalisateur hystérique, jusqu’à ce que de vrais zombies débarquent sur le lieu de tournage…Retour en arrière, trois mois plus tôt, Rémi un réalisateur de doc, docu fiction, pub et autres commandes, réalise à la demande. Il voit bien que sa fille, qui rêve d’être réalisatrice a perdu toute admiration pour son père, qui n’a rien d’un vrai artiste. Quand on lui demande de réaliser un film de zombie qui sera diffusé sur internet en live et en un seul plan séquence de 30 minutes, Rémi refuse, mais quand il découvre qu’un jeune acteur que sa fille admire fait partie du casting, il décide de prendre le risque et accepte.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en allant voir le film. Je pensais avoir affaire à un tournage de film de zombie envahie par de vrais zombies mais en fait non, il s’agit d’une commande de concept de film par les japonais. 30 minutes en direct en un seul plan séquence, un exercice casse gueule qui n’attire pas beaucoup les réalisateurs, de peur de se ridiculiser mais que ne ferait pas un père pour impressionner sa fille et la voir fier de lui.

J’ai adoré coupez, c’est original, le film se découpe en plusieurs parties, le fameux plan séquence tel que les spectateurs ont pu le voir en direct, la préparation du tournage durant les trois mois précédents, le casting, le scénario, les répétitions, les conversations avec les commanditaires japonais du projet, puis le tournage en lui même, c’est à dire le fameux plan séquence de 30 minutes mais du point de vue de l’équipe technique, des coulisses, des producteurs, l’envers du décor en somme.

J’ai rarement autant ri au cinéma, en particulier durant les deux dernières parties du film. Le plan séquence de 30 minutes du début est un peu bizarre, on ne sait pas vraiment à quoi on a affaire, une farce, une parodie, un mauvais film, un ovni étrange, mais passée la première demi-heure je n’ai plus vu le temps passé, c’est prenant et vraiment très très drôle. Le casting est plein de seconds rôles réussis, Lyes Salem dans le rôle du producteur, Jean Pascal Zadi dans celui du compositeur du film et puis on retrouve le jeune Finnegan Oldfield vu l’année dernière dans Gagarine. Une bonne surprise.

Dernières séances: Sentinelle sud – The duke

de Mathieu Gerault

Neils Schneider, Sofian Khammes, India Hair, Denis Lavant

4/5

Christian Lafayette, soldat dans l’armée française, vient de rentrer d’Afghanistan. Traumatisé par la violence qu’il a vécu pendant la guerre il essaye de reprendre une vie de civile normale, bien décidé à convaincre les psy qu’on peut le renvoyer sur le terrain. Mais les choses ne sont pas si simple: toute la brigade a été victime d’une mission qui a très mal tournée en Afghanistan. Hubert, un de leur ami soldat est revenu endommagé par la guerre, le « père », leur supérieur hiérarchique, est sous le coup d’une enquête suite à la débâcle lors de leur dernière mission, Lafayette doit faire face à ses démons et à un stress post traumatique. Il doit aussi gérer son ami d’enfance et frère d’arme, Mounir, qui n’a pas eu la chance de revenir intact d’Afghanistan.

Sentinelle sud est un film bien plus complexe qu’il n’y parait et qui aborde des thèmes bien nombreux. A travers le personnage de Mounir, le film nous parle des blessures de la chaire, de cette vie qui ne sera plus jamais la même, des espoirs et des rêves qui s’envolent. Le film nous parle également de l’identité et la quête d’identité avec les personnages de Mounir et Lafayette. Mounir, d’origine algérienne, a toujours souffert du mal être que son père ressentait dans un pays qu’il souhaitait faire sien mais qui ne l’a jamais accepté comme il était. Changer pour satisfaire autrui ne fonctionne jamais.Lafayette, orphelin qui ne connait quasi rien de ces origines, il a grandit au côté de Mounir et de sa famille au point qu’il se considère comme un membre de leur famille, parlant arabe aussi bien que son frère d’arme. Lafayette cherche partout quelque chose à laquelle se raccrocher, sa famille d’adoption officieuse, la famille que représente l’armée avec ces « frères d’armes » ou « le père », ce grand père qui n’était pas vraiment son grand père mais qui lui lègue une terre dans laquelle il pourrait bien y faire ses racines.

De désillusion en déception, Lafayette va devoir essayer de maintenir la tête hors de l’eau, et par la même occasion celle de son « frère » Mounir.

J’ai beaucoup aimé Sentinelle, des personnages qui tentent de s’en sortir sur fond de trafic de drogue et de mystère à résoudre: que s’est-il vraiment passé en Afghanistan ce jour là dans ce village perdu? le « père » est-il aussi dévoué à ses poulains, l’armée a t-elle quelque chose à cacher? Lafayette cherche la vérité tout en se cherchant lui même; un beau film, bien réaliser, de belles images avec d’excellents acteurs, en particulier Sofian Khammes, Niels Schneider. A voir.

de Roger Michell

Jim Broadbent, Helen Mirren, Fionn Whitehead

3/5

En 1961, M. Kempton Bunton vit modestement dans un quartier populaire du nord de l’Angleterre en compagnie de sa femme et de son plus jeune fils, qui bosse dans la rénovation de vieux bateaux. M. Bunton, toujours entre deux jobs, ne supporte pas les injustices sociales et passe son temps à manifester pour x ou y raison, au plus grand désarroi de son épouse, qui travaille dure comme femme de ménage chez un riche couple. Un jour, le portrait du duc de Wellington, que la national portrait gallery vient d’acquérir pour 140 000£, disparait. M. Bunton le cache dans le fond de sa vieil armoire…

Tiré d’une histoire vraie, le film raconte le quotidien de M. Bunton, un vieil homme autodidacte qui aime écrire des pièces de théâtre. M. Bunton tente toujours de garder sa bonne humeur et sa détermination quand il s’agit de défendre une cause perdue, la dernière en date étant le boycott de la redevance télé.

Je ne m’attendais pas à grand chose en allant le voir, j’y suis surtout allée parce que j’adore Jim Broadbent et Helen Mirren. C’est d’ailleurs les deux atouts du film, en particulier Jim Broadbent. Ce couple qui s’aime mais qui ne se comprend pas toujours, cache une lourde souffrance, celle de la mort de leur fille. L’histoire n’a rien d’exceptionnelle, la réalisation plutôt ordinaire et certains effets manque de subtilités, je pense surtout aux scènes autour du procès vers la dernière demi heure de film, dans lesquelles la caméra ne cesse de faire des gros plans sur certains visages pour montrer à quel point ils sont touchés par l’histoire de M. Bunton et par son humour.

Jim Broadbent vaut à lui seul de voir The duke. J’ai bien aimé le suivre dans son quotidien, dans ses luttes pour une meilleure justice sociale, toujours à défendre le plus faible, j’ai bien aimé le suivre dans sa maison, le voir écrire ses pièces, regarder sa télé, discuter avec ses fils ou sa femme. Il est touchant et drôle, toujours aussi bon acteur. Reste un film sympathique et distrayant.

Dernières séances: Babysitter – Icare

de Monia Chokri

Monia Chokri, Patrick Hivon, Nadia Tereszkiewicz, Steve Laporte

4/5

Cédric, ingénieur et nouvellement papa d’un nouveau né, sort avec des amis un soir. Complètement soul, le voila qui embrasse sur la joue une présentatrice télé en plein direct alors qu’elle couvrait un sujet dans la rue. Misogynie, agression sexuelle, tout le monde y va de son avis et avec la mauvaise image que ça véhicule, les supérieurs de Cédric décide de le mettre à pied en attendant une enquête interne. Coincé à la maison, il se retrouve à s’occuper de son nourrisson, car sa femme Nadine n’en peut plus des pleurs incessant de sa fille, et décide sur un coup de tête de reprendre le travail. Cédric, dépassé, décide d’engager une baby sitter, afin de se laisser le temps d’écrire un livre sur la misogynie sur les conseils de son beau frère. La baby sitter qui semble un peu écervelée et bimbo, s’avère être très douée avec le bébe. La jolie babysitter serait peut être plus que ça…

J’en avais entendu du bien et j’avais aimé la bande annonce. Le film dénonce la misogynie des hommes, mais aussi des femmes et de la société. L’image négative de la femme n’est pas du uniquement aux hommes, le film dénonce aussi la responsabilité des femmes qui se transmettent de génération en génération des idées, des préjugés et des valeurs qui n’aide pas. Sans parler de la société bien sur. Alors que Cédric s’interroge sérieusement sur les causes de sa prétendue misogynie, sa femme Nadine a d’autre soucis, une dépression post partum, une perte de repère, un sentiment d’isolation sans parler que son bébé n’est pas facile au quotidien.

J’ai beaucoup aimé la première moitié du film, c’est très drôle, j’ai beaucoup ri et les conversations impromptues entre Cédric, son beau frère et Nadine sur le sujet de la misogynie, la place de la femme, l’image de la femme sont très drôle et en même temps très intelligentes. La deuxième moitié m’a un peu moins plut, on perd un peu l’humour bien que le coté décalé de l’histoire et des personnages demeurent. Il y a aussi beaucoup d’effet de mise en scène qui rendent le visuel original mais qui prend parfois un peu trop de place et prenant de plus en plus le dessus sur l’histoire ou les personnages. La deuxième moitié prend aussi un virage vers le surnaturelle, ou l’inexpliquée. La baby sitter, loin d’être une sorte de petite ingénue blonde, semble se rapprocher d’une Mary Poppins pour adulte, venue remettre de l’ordre dans la vie de cette famille.

Reste un film intelligent qui a le mérite de nous offrir une mise en scène originale avec des acteurs très très bons, en particulier Monia Chokri dans le rôle de Nadine et Patrick Hivon dans le rôle de Cédric.

de Carlos Vogele

3,5/5

Dans la Crête antique, le roi Minos a perdu son fils aîné dans une guerre contre la Grèce. Il vit dans son palais avec sa femme et sa fille Ariane. Il y a aussi, caché dans un recoin abandonné du palais, une créature mi homme mi taureau, engendrée par la reine avec une créature mythique. Le roi Minos le punit en le maltraitant à l’occasion. L’architecte et inventeur Dédale qui est au service de Minos, lui demande de créer un labyrinthe complexe dans lequel sera enfermée la créature hybride. Mais Icare, le fils de dédale, rencontre par hasard la créature dotée d’un pouvoir télépathique et les deux deviennent très vite de grands amis.

J’avais entendu beaucoup de bien sur ce dessin animé. J’avais un peu peur de m’ennuyer car le film est conseillé à partir de 8 ans. Et bien pas du tout car pour ma part, je trouve que c’est plus destiné aux adultes qu’aux enfants, car l’histoire est plus complexe qu’elle n’y parait, certaines subtilités peuvent échapper aux plus jeunes et surtout l’histoire qui reprend le mythe antique n’est pas très adaptée pour les plus jeunes: adultère, mariage toxique, mari violent, enfants battus, sans parler des destinées tragiques de la quasi totalité des personnages que l’ont suit durant tout le film.

Il reste une histoire intéressante, une ambiance parfois mystique parfois onirique qui donne lieux à de jolies images. Avec ces dessins qui sont loin des animés 3D articifiel, on a droit à de jolies couleurs, de jolies animations.

Dernière séance: Contes du hasard et autres fantaisies de Ryusuke Hamaguchi

de Ryusuke Hamaguchi

Kotone Furukawa, Hyunri, Shouma Kai, Aoba Kawai, Katsuki Mori, Ayumu Nakajima, Kiyohiko Shibukawa, Fusako Urabe

4/5

3 histoires dans le Japon d’aujourd’hui. Une jeune femme qui raconte à sa meilleure amie sa rencontre avec un homme qui pourrait bien être le bon. Une étudiante plus âgée que les autres qui se laisse convaincre par son amant de piéger un professeur de littérature dont il veut se venger. La jeune femme entame alors une conversation déterminante avec le professeur. Enfin, une femme se rend à la réunion d’anciens élèves de son lycée dans l’espoir de rencontrer une ancienne camarade de classe mais qui fera à la place une autre rencontre.

En allant voir le dernier film de Senses et de Drive my car, j’avais un peu peur de m’ennuyer, car la première scène de la première histoire donnait le ton, deux femmes qui ont une conversation des plus banales dans un taxi. Au bout de quelques minutes on se rend compte que la conversation est filmée en temps réel, tout comme la scène suivante, quand l’une des deux femmes part discuter avec un homme, la conversation assez banale est filmée en temps réel et dure plusieurs minutes. Mais on ne s’ennuie absolument pas, je me suis sentie emportée par leurs conversations.

Au fil des minutes on apprend à connaître tous ces personnages, leurs passés, leurs présents, leurs relations les uns aux autres. J’ai aimé les trois histoires, avec une préférence pour les deux dernières. Il n’y a pas vraiment de conclusion aux histoires mais sans pour autant frustrer le spectateur, il faut dire qu’il n’y pas non plus de rebondissements ou de suspense particulier.

J’ai beaucoup aimé me plonger dans ces trois histoires, dans la vie de ces personnages, me balader avec eux en taxi, dans les cafés, dans leurs maisons. Le film est apaisant sans ennuyer sans lasser, avec une légèreté apportée par certains détails qui est très appréciable. J’ai beaucoup aimé.

Dernière séance: Belfast de Kenneth Branagh

de Kenneth Branagh

Jamie Dornan, Caitriona Balfe, Ciaran Hinds, Judy Dench, Jude Hill

4/5

1969, Buddy profite de son enfance dans un quartier populaire de Belfast, auprès de ses parents, son frère aîné et ses grands parents paternels. La tranquillité de son quotidien est perturbé par des émeutes et actes de violences qui opposent catholiques et protestants. Dans la petite rue de Buddy, des protestants attaquent les maisons et les voitures des habitants, souhaitant pousser les catholiques vers la sortie. Buddy a du mal à comprendre ce qu’il se passe, d’autant que lui même est protestant et est entouré de voisins aussi bien catholiques que protestants et tout le monde s’entend bien.

Je n’étais pas plus motivée que ça pour aller voir Belfast. La bande annonce m’avait assez plut, les critiques assez mitigées, mais surtout c’est le fait que je n’ai jamais été vraiment emballée par les films de Branagh. Finalement, j’ai beaucoup aimé Belfast (qui serait en partie inspiré de l’enfance de Branagh), ce n’est pas le film de l’année, mais j’ai passé un moment sympathique en compagnie de Buddy et de sa famille attachante.

Le film est presque entièrement filmé en noir et blanc et les évènements violents et politiques sont vus en grande majorité du point de vue de Buddy. Âgé de 9 ans, Buddy vit une enfance heureuse, ses parents, son frère aîné, ses grands parents dont il est très proche, ses jeux d’enfant dans la rue près de chez lui, son quartier dans lequel il connaît tous le monde, les commerçants, les voisins, sa petite amourette avec la meilleure élève de la classe. C’est à travers ses yeux que l’on découvre la vie du quartier, les actes de violences, les problèmes financiers et personnels de ses parents, les menaces de certains profiteurs de guerre…

Il y a des moments de grâce dans le film, notamment les scènes entre le père et la mère de Buddy et des moments très touchants autour des grands parents de Buddy et leur relation avec leur petit fils. Belfast aborde un peu le thème des conflits entre catholique et protestant, mais surtout le thème de l’exil, du départ, de la séparation.

J’avais un peu peur que le film prenne une tourne mélodramatique ou misérabiliste mais pas du tout même si la fin du film est émouvante. Une histoire d’enfance, joliment mise en scène mais surtout parfaitement interprété. Je crois que le casting est vraiment le point fort du film. Judy Dench est incroyable dans le rôle de cette grand mère attachante et triste, tout comme Ciaran Hinds. J’ai aussi adoré Jamie Dornan et Caitriona Balfe dans le rôle des parents, et puis bien sur ce petit garçon Jude Hill, excellent dans le rôle de Buddy et bluffant notamment dans la scène de noël, dans laquelle ses parents lui annoncent leur probable projet de quitter Belfast.

Dernière séance: Maigret de Patrice Leconte

De Patrice Leconte

Gérard Depardieu, Jade Labeste, Mélanie Bernier, Anne Loiret, Clara Antoons

3,5/5

Au début des années 50 à Paris, une jeune femme frêle est retrouvée morte assassinée dans une belle robe de soirée. Rien ne permet à la police de l’identifier et personne ne semble rechercher une jeune femme disparue. Maigret, dans un état mélancolique, commence son enquête.

Comme dit dans un article précédent, la programmation depuis quelques mois est vraiment faiblarde et quasiment que des films français dont la diversité de style est bien morne. Dans ce désert cinématographique j’ai quand même trouvé un film qui me tentait bien, la dernière version de Maigret avec Depardieu.

Le film très court (1h28) nous plonge dans le Paris des années 50. Une jeune fille fragile et triste qui semble dans une solitude effroyable, dont on ne sait absolument rien, est retrouvée morte dans une belle robe de soirée ensanglantée. Maigret, touché par la destinée violente de cette toute jeune fille, enquête, interroge. C’est un Maigret vieillissant et mélancolique que nous propose Leconte, le poids des ans et des drames commencent à peser fortement sur les épaules de Maigret qui ne se sent plus vraiment vivant.

J’ai bien aimé le film, l’ambiance, l’atmosphère, les costumes, le Paris des années 50. J’ai aimé suivre dans sa vie comme dans son travail, un Maigret déprimé mais qui ne lâche pas pour autant son enquête. Juste un peu déçu par la banalité qui se cachait derrière le mystère de départ, l’enquête policière semble être un prétexte à Leconte pour se pencher sur la psychologie de Maigret.