Dernières séances: Gagarine et Médecin de nuit

Gagarine

de Fanny Liatard et Jeremy Trouilh

Alseni Bathily, Jamil McCraven, Lyna Khoudri, Finnegan Oldfield

4/5

Youri, 16 ans, passioné par l’astronomie vit à la cité Gagarine à Ivry. Très attaché au seul lieu qu’il n’a jamais connu, Youri est déterminé à sauver son bâtiment destiné à être démoli sur décision de la municipalité. Avec l’aide de ses amis Houssam et Diana, il fait tout son possible pour sauver la cité. Doué pour le bricolage, il répare tous ce qu’il peut, ascenseur, éclairages des parties communes, volets, mais rien n’y fait la décision est prise. Petit à petit les habitants déménagent, font leurs cartons et partent.

Gagarine: Jamil McCraven, Lyna Khoudri, Alséni Bathily

La cité Youri Gagarine a été construite au début des années 60 et comme beaucoup d’immeubles de cet époque, les bâtiments ont été construits à la va vite, avec des matériaux médiocres et en suivant des procédures de constructions obsolètes. Entre mauvais entretien et détérioration inévitable, la cité est destinée à être démolie pour faire place à de nouveaux projets aux normes énergétiques. A l’époque, la cité avait même reçu la visite de Youri Gagarine en personne.

Gagarine: Alséni Bathily

Le Youri du film, lui, est passionné d’astronomie et rêve de devenir astronaute mais en attendant il rêve surtout de sauver la cité. Les habitants entretiennent une relation amour/haine avec leur cité. Tous le monde se connait, les habitants y vivent depuis des décennies, chacun ont leurs habitudes. Mais en même temps, si tout le monde est attaché à leurs liens sociales, ils savent aussi que leurs logements sont devenus insalubres, inadaptés et difficiles à vivre au quotidien (problème de plomberie, ascenseur en panne un jour sur deux…).

Gagarine: Finnegan Oldfield

J’ai adoré le film. Il y a une atmosphère très particulière, on se sent emporté par l’histoire dès les premières minutes, envouté par Youri, sa passion, sa détermination, on explore avec lui les couloirs de sa cité. En découvrant la situation familiale de Youri, on comprend que quitter la cité Gagarine est plus dure pour lui que pour n’importe qui d’autre. Le film arrive à faire comprendre à quel point ça peut être douloureux de devoir quitter un foyer qu’on a toujours connu même si celui ci n’est pas en bon état, à quel point ça peut être un choc de voir démolir le lieu dans lequel on a longtemps vécu.

Gagarine: Lyna Khoudri

Les habitants qui quittent progressivement la cité, la vie que Youri se créee dans la cité fantôme, construisant un cocon basé sur les modules de la station spatiale internationale, l’amitié avec Diana et Dali le dealer de cannabis locale, j’ai adoré chaque moment du film, parfois drôle, parfois touchant, voir dramatique. J’ai adoré aussi l’esthétisme du film, c’est envoutant, ça vous emporte dans un autre monde. Une belle mise en scène, le tout porté par un très bon casting, tous excellents dans leurs rôles respectifs, seul bémol une fin un peu frustrante (les films français on souvent du mal à conclure leurs histoires); bien que compréhensible, on aurait aimé savoir ce que deviennent Diana, Youri et Dali.

Médecin de nuit

de Elie Wajeman

Vincent Macaigne, Pio Marmai, Sarah Giraudeau, Sarah Le Picard

3,5/5

Mickael est médecin de nuit. Il soigne les gens des quartiers populaires parisiens en fonction des appels que le dispatcheur reçoit. Il aide également régulièrement les toxicomanes en leur faisant des ordonnances du subutex. Mais en parallèle, il fournit certains dealers en fausse prescription de subutex pour aider son cousin Dimitri, pharmacien, qui est criblé de dettes. Mais un soir, Mickael remet tout en question. Après un ultimatum lancé par sa femme, Mickael décide d’arrêter les combines et de recommencer à zéro.

Médecin de nuit: Vincent Macaigne, Pio Marmai
Médecin de nuit: Vincent Macaigne

Décidément, en ce moment bonne pioche dans les films français. Après Gagarine que j’ai beaucoup aimé, voici Médecin de nuit. Le film se déroule sur l’espace d’une soirée et d’une nuit. Le film est court, le rythme bien soutenu, on fait connaissance avec Mickael, son quotidien de médecin de nuit, père de deux enfants, on est surpris par la violence physique qui sommeille derrière la bienveillance du docteur. On sent que le personnage est à un tournant de sa vie, et chacune de ses décisions le mèneront sur la bonne ou mauvaise voie. L’histoire est assez classique, je me suis laissée surprise par la fin, c’est sombre sans être pour autant déprimant, et malgré les gros défauts du personnage principal, on ne peut s’empêcher de le trouver sympathique et attachant. A voir surtout pour la performance de Vincent Macaigne dans le rôle de Mickael, excellent.

Dernière séance: Nomadland

Nomadland

de Chloé Zhao

Frances McDormand, David Straithairn, Linda May, Charlene Swankie, Bob Wells

4/5

Dans la petite ville de Empire, en 2011, la crise économique a entrainé la fermeture de l’usine de plâtre qui fait vivre la ville et ses habitants. Fern, déjà endeuillée par la mort de son mari, perd tous ce qui fait sa vie, sa ville, sa maison, les habitants, ses amis. La ville étant devenue vide de vie, Fern n’a plus d’autre choix que de partir. Ne sachant où aller elle s’installe dans sa camionette aménagée en camping. Après avoir travaillée comme saisonnière pour amazon le temps des fêtes de fin d’année, Fern décide de suivre une amie dans un camp installé dans le désert, dans lequel se réunit ceux qui vivent de manière ambulante, dans des camping car, van, camionette et qui parcourt le pays. Elle y récolte conseils et astuces. Ainsi Fern entame une nouvelle vie de nomade, parcourant le pays au gré des boulots saisonniers qui lui permettent de vivre

Nomadland

Dès les premières minutes du film on est touché par la violence discrète que renferme certaines scènes. Apprendre qu’une ville entière peut être définitivement rayée d’un pays suite à une crise financière, avec annulation d’un code postal, c’est violent. Fern déjà veuve, perd tous ce qui l’a rattachait à son passé heureux. Sa maison, sa ville devenue ville fantôme et les habitants qu’elle connaissait bien. Une maison qui ne vaut rien dans une ville qui n’est plus, quelques cartons enfermés dans un box et sa vielle camionette dans laquelle Fern décide de vivre.

Nomadland

Fern devenue nomade, parcours le pays dans sa camionette. Elle fait des rencontres, parfois éphémères, parfois plus longues, mais toujours prodondes. Les parcs nationaux en été où elle travaille comme agent d’entretien ou d’accueil, le Nebraska en automne pour le ramassage des betteraves, amazon à noel. On découvre un mode de vie qui rejette le traditionnel maison, voiture, enfants, métro, boulot, dodo. Certains n’ont pas vraiment le choix comme Linda May qui après avoir élevé deux enfants et avoir travaillé depuis l’âge de 12 ans, ne se voit proposer que 500 dollars de retraite, David lui fuit ses erreurs passées, Swankie cherche à vivre de jolies choses avant de rendre les armes, certains sont en quête de liberté en prenant la route, d’autres refusent d’attendre la retraite pour vivre de belles choses. Certains veulent changer de vie, d’autres veulent retrouver une liberté perdue, d’autres veulent fuir des drames personnels, ou se détacher de biens matériels. J’ai apprécié qu’il n’y ait ni drame exceptionnel, ni rebondissements mélodramatiques. Des touches d’humour, des liens qui se font ou se défont, de jolies moments, d’autres plus difficiles, l’occasion de voir de belles images.

Nomadland: Frances McDormand, David Strathairn

Contrairement à ce que je pensais Nomadland ne parle pas vraiment des effets de la crise économique; le film est plutot une critique du mode de vie des pays occidentaux qui aurait perdu tout sens. Le film aborde un peu les effets de la crise économique mais parle également de crise sociale, du mal être. Nomadland parle également de deuil sous différentes formes. Fern et beaucoup d’autre personnes qu’elle rencontre ne se remettent pas ou difficilement de la perte d’un être cher.

Nomadland

Chloé Zhao nous filme une amérique loin des sentiers battus, des paysages grandioses mais aussi des moments plus difficiles. Elle ne fait pas la publicité de cette vie nomade qui aurait pu être montrée de manière idéalisée. Ici la réalisatrice nous montre les bons côtés de cette vie atypique mais également les difficultés, le manque de confort, l’incertitude. Mais le plus gros point fort reste bien sur la présence de Frances McDormand. Toujours aussi excellente, elle nous emmène dans ce voyage, dans la découverte de qui elle est vraiment. Frances McDormand crève l’écran, elle sait faire passer des émotions avec peu ou pas de mots, elle est lumineuse. A voir.

Dernière séance: Nobody

Nobody

de ilya Naishuller

Bob Odenkirk, Christopher LLyod, Connie Nielsen, RZA

4/5

Enfin les cinémas ont réouverts. J’ai laissé passer les premiers jours et je suis enfin retournée dans les salles obscures. L’ambiance n’est bien sur pas la même, pas mon habituel expresso d’avant film au bar du ciné, pas l’odeur du pop corn, pratiquement personne dans les couloirs, on se croirait presque dans un cinéma à l’abandon, mais une fois dans la salle, l’essentiel est la, un siège, l’obscurité, un grand écran, un film.

Pour ce retour, je voulais voir Promising young woman mais les horaires ne me convenaient pas, alors second choix, Nobody. Pourquoi? parce que en tant que fan de Better call saul j’adore l’acteur principal, Bob Odenkirk. En bonus Connie Nielsen (qui a pris un petit coup de vieux depuis Gladiateur) et surtout Christopher Lloyd (doc de retour vers le futur).

Nobody: Christopher Lloyd

Hutch Mansell est un type ordinaire. Une femme, deux enfants, une maison, des factures, un boulot plan plan. Sa vie ainsi que celle de sa famille semble très routinière. Un soir, la famille est victime de deux cambrioleurs amateurs. Alors que le fils ado de Hutch décide d’agir et neutralise l’un des cambrioleurs, Hutch lui demande de le relâcher et de les laisser partir. Hutch sent bien le jugement des autres, le voisin qui aurait fait mieux, son fils qui est déçu de la réaction de son père, son beau frère…Mais cet épisode réveil chez Hutch des instincts qu’il pensait avoir oublié et un passé ultra violent qu’il pensait avoir enterré,

Nobody: Bob Odenkirk

L’histoire de Nobody n’a rien de bien original, un homme rangé dont un évènement traumatisant va déclencher chez lui une spirale de violence. On comprend vite que Hutch n’a pas toujours été un homme ordinaire. Un passé trouble, violent, une carrière professionnelle hors norme. Si au départ Hutch agit pour venger sa petite fille qui a perdu son bracelet préféré, Hutch ne se mentira pas longtemps à lui même: le bracelet de sa fille n’est qu’un prétexte pour faire ce qu’il crève d’envie de faire depuis longtemps, laisser parler sa violence. Si les cambrioleurs s’avèrent en réalité de pauvres gens désespérés qui n’ont rien de méchant, Hutch ne tardera pas à aller titiller d’autres cibles plus violentes et plus difficiles à abattre pour se défouler et laisser s’exprimer toute la frustration cumulée ces dernières années.

Nobody: Bob Odenkirk, Christopher Lloyd, Robert Fitzgerald Diggs

Le film est court, on ne s’ennuit pas et j’ai apprécié les touches d’humour, notamment cette manière que Hutch a à raconter son passé et le pourquoi de toute la violence qui l’habite aux personnes qu’il fracasse de ses poings, mais qui finissent toujours par mourir avant qu’il ait terminé son histoire, une façon facile et drôle de faire comprendre les motivations du personnage aux spectateurs sans en avoir l’air.

Nobody: Bob Odenkirk

Bob Odenkirk est très bien dans le rôle de cet ancien nettoyeur qui a voulu tester la vie de famille rangée et qui voit sa nature profonde refaire surface. J’ai adoré voir Christopher Lloyd en papi qui semble inoffensif. Le film et les scènes d’action sont jouissifs, parfois presque absurdes (la scène finale) mais en réalité juste un plaisir coupable. Un petit plaisir aussi que de voir qu’au générique Micheal Ironside fait partie du casting, un acteur que j’aime beaucoup et qui est hélas trop peu présent dans les films et trop peu présent dans Nobody. Un bon divertissement avec une chouette soundtrack, qui possède une profondeur et une complexité dans les personnalités, sans en avoir l’air.