Dernières lectures: Les délices de Tokyo et Kayla Marchal l’exil

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De Durian Sukegawa

4/5

Sentaro est gérant d’un petit boui boui qui vend des dorayakis, des petites crêpes japonaises fourrées à la pâte de haricot confit. Il gère les lieux pour le compte d’un patron envers qui il a une dette. Un jour, une vieille dame, Tokue, se présente et se propose pour être engagée comme aide aux cuisines. Au début, Sentaro ne l’engage pas, la dame est vieille et n’a pas l’air bien solide, et ses mains toutes recroquevillées ne plaident pas en sa faveur. Mais après qu’elle lui ai fait gouter à sa pâte de haricots confits qu’elle confectionne elle même, Sentaro est convaincu: Tokue est engagée et viendra un matin sur deux pour lui apprendre et l’aider à faire les haricots confits, processus qui prend plusieurs heures. Dès lors, les ventes explosent et la clientèle augmente.

J’avais vu le film il y a quelques semaines, et j’avais adoré, alors quand j’ai vu que c’était adapté d’un roman, j’ai pas hésité. Le roman reprend donc la trame du film, Sentaro qui vend des dorayakis pour le compte d’un patron envers qui il a une dette. Il rencontre Tokue, vieille dame qui sait confectionner de la pâte de haricot confit comme personne et qui va transmettre son savoir à Sentaro. Au fil des pages, on découvre de Tokue a souffert dans sa jeunesse de la lèpre et à travers son personnage et son histoire, on découvre comment la lèpre a touché le Japon après la seconde guerre mondiale, et comment les malades étaient traités. Emmener dans des sanatoriums, on traitait les malades comme de vrais prisonnier. Ils avaient interdiction de sortir du camp, coupaient tout les ponts avec leurs familles pour qui ils étaient une honte, les malades se voyaient attribués de nouveaux noms et prénoms et toutes leurs affaires étaient brûlés à leur arrivée. Tokue raconte son histoire, son arrivée au sanatorium à l’âge de 14 ans, son mariage avec un autre malade qui sera stérilisé pour qu’il n’y ait pas d’enfant, son absence totale de contact avec sa mère, qui l’accompagna en pleure sur le quai qui l’emmenait au sanatorium de Tokyo.

J’ai adoré le roman, qui se concentre plus que le film sur la destinée des malades de la lèpre au Japon, ceux qui étaient touchés que légèrement, ceux qui conservaient de graves séquelles, la joie que les ex malades, guéri depuis longtemps, ont ressenti lorsqu’en 1996, la loi de confinement des anciens malades a été abrogée, et leur tristesse quand ils se sont rendus compte qu’à leur âge, ils ne pouvaient plus espérer ni reprendre contact avec leurs familles, ni refaire une vie en dehors du sanatorium.

L’apprentissage des haricots confits ne représente qu’une petite partie du roman, c’est plus une métaphore d’apprentissage de la vie. Tokue essaye de transmettre à Sentaro qui pourrait être son fils et à Wakana qui pourrait être sa petite fille, les leçons de vie qu’elle a apprise dans sa dure existence. C’est d’ailleurs dommage que dans le roman, la relation entre Tokue et Wakana ne soit pas plus développé, elle l’est est peu plus dans le film, car dans le roman, c’est surtout le point de vue de Sentaro qui est mis en avant, du coup on approfondie pas le personnage de Wakana suffisamment.

La première moitié du roman est parfois un peu étrange dans sa construction, dans les mots choisis, comme si la traduction du japonais au français nous fait perdre un peu de la poésie ou de la qualité d’écriture. La seconde moitié est mieux écrite, et la fin poignante, avec les déclarations de Tokue, les visites de Sentaro et Wakana au sanatorium, et les dernières pages sont très touchantes, pleines de poésie et de douceurs. Un jolie roman.

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de Estelle Vagnier

3.5/5

Kayla Marchal est une jeune morph, c’est-à-dire une humaine capable de se changer en animal et dans son cas, en loup. Les morph vivent répartis en clans et meutes, chaque clan vivant selon leurs propres règles. Kayla n’a pas connu sa mère, morte assassinée quand elle avait un an, et a été élevée par son grand père, le chef de meute, l’alpha. En tant que futur alpha, Kayla a été élevée durement par son grand père. Mais alors que tous les autres membres de la meute se sont transformés en loup pour la première fois dès la puberté, Kayla à 18 ans n’a toujours pas réussi. Depuis l’entrée dans l’adolescence, elle est devenue un paria, au mieux ignorée, au pire humiliée et battue sans cesse par ceux qui étaient, il n’y a pas si longtemps, ses amis. Peu de temps après son 18e anniversaire, Kayla est mise à la porte par son grand père, qui décide qu’elle ne peut plus vivre parmi eux tant qu’elle n’aura pas réussi à se métamorphosée en loup. Se sentant trahie par sa seule famille, Kayla n’a pas d’autre choix que de prendre la route. En s’arrêtant en ville, elle fait la connaissance de Ian, un loup appartenant à une autre meute. Kayla se présente à l’alpha de la meute, comme le veut le protocole, le père de Ian, qui décide d’accueillir Kayla parmi eux, en souvenir de sa défunte mère que lui et sa femme ont très bien connu dans le passé. Kayla accepte en espérant apprendre tout ce qu’elle souhaite concernant sa mère. Mis à part Ian le fils de l’alpha, Kayla fait la connaissance de Julie, Jeremiah et Max. Mais si Kayla n’a besoin de personne pour se défendre physiquement, elle manque cruellement d’expérience pour lire le cœur des gens, n’ayant pas eu beaucoup d’occasion de sortir de sa meute.

J’ai découvert ce titre d’urban fantasy sur amazon, et après avoir lu quelques avis positifs, je me suis lancée. C’est écrit par une française, et j’aime bien donnée une chance aux écrivains français dans le domaine de l’urban fantasy ou du fantastique, on a parfois de bonnes surprises.

Ici au départ, on ne sort pas trop des sentiers battus, un monde de morph (ou changeforme), des clans, des meutes, une héroïne jeune et jolie un peu naïve et un triangle amoureux en apparence.

Mais pas d’inquiétude, finalement je ne trouve pas que l’auteur soit tombé dans le piège du triangle amoureux et c’est tant mieux. Car même si les trois héros masculins sont décrits comme de vrais apollons, Kayla ne ressent rien pour deux d’entre eux, et c’est assez vite que le lecteur s’en rends compte.

J’ai beaucoup aimé finalement. L’univers est bien décrit, bien maitrisé par l’auteur, les clans, les meutes, la mythologie et l’histoire de ce peuple qui vit parmi les humains ou pas, sans pour autant se mélanger. Ce premier tome présente cet univers et ces caractéristiques, son passé et ses conflits intérieurs. Il présente aussi les personnages et si j’ai adhéré dès les premières pages à ce roman, c’est surtout pour son héroïne, Kayla, qui m’a plut. Elle n’est pas une pauvre jeune fille sans défense qui doit toujours être sauvée in extremis par de beaux mâles en puissance, en tant que morph elle a une force supérieur à la majorité et en tant que futur Alpha, elle a une puissance souvent supérieur aux communs des morph et a l’habitude de se battre avec tous les autres morph qui l’a passe à tabac au quotidien dans son clan. Donc de ce coté là, ce n’est pas la jeune fille en détresse. C’est elle qui raconte l’histoire, elle a de l’humour, de la répartie, mais n’est pas sans défauts, car la belle Kayla n’est quasiment pas sortie de son clan, durant ces 18 premières années, et coté relationnel elle n’est pas très douée.

Alors évidemment elle n’est pas très douée pour communiquer avec les garçons, elle perd souvent tous ces moyens. Mais j’ai justement aussi beaucoup aimé sa fraicheur, son naturel, son manque d’assurance, ses maladresses, après tout elle a 18 ans tout justes et ne connait pas grand-chose du monde extérieur.

C’est un roman qui se lit facilement, l’auteur ne s’embête pas de descriptions lourdes, juste ce qu’il faut, il y a de nombreux rebondissements plus ou moins importants, souvent de l’action, toujours bien écrit, et les dialogues sont souvent drôles. Bref, je l’ai lu en une nuit et une matinée, je l’ai commencé  à 00h30 je me suis arrêté à contre cœur à 5h du matin et heureusement pour moi on était vendredi soir, donc après une grasse matinée je me suis remise à la lecture pour terminer ce roman assez vite.

Ce n’est pas souvent que je tombe sur un roman qui me tient en otage comme ça, pour qui je n’arrive pas à reposer le livre, avec les pages qui tournaient presque toutes seules. Bon après ce n’est pas le roman du siècle, mais c’est une histoire qui m’a beaucoup divertis, qui m’a bien changé les idées, et ce sont des personnages pour qui je me suis tout de suite attachée et que j’ai eu un peu de mal à quitter. La fin du roman nous fait bien comprendre que l’ont vient de voir seulement le haut de l’iceberg concernant le monde des morphs et des clans, et que toute une histoire bien plus importante se joue. J’ai vraiment hâte de lire la suite et de retrouver cet univers, en espérant que l’auteur garde la même fraicheur, et ne noircisse pas trop l’univers et la destinée des personnages comme c’est souvent le cas dans la fantasy que j’ai pu lire jusqu’ici. Le roman n’est paru que début avril, donc je me doute que je ne lirais pas la suite dans les semaines à venir, en espérant que l’auteur à déjà écrit le second tome, à suivre…

 

Tokyo électrique

Recueil de nouvelles

3/5

Yumeko de Muramatsu Tomomi: l’histoire de cinq amis qui se retrouvent dans leur bar habituel et s’interroge sur la vie de leur quartier Fukugawa.

Les fruits de Shinjuku de Morito Ryuji:  La journée de deux étudiants qui passent leur temps à se shooter avec tout et n’importe quoi. Ils rencontrent la jeune et jolie Maria, prostituée qui intrigue beaucoup l’un des deux étudiants.

Amants pour un an de Hayashi Mariko: Une jeune femme est séduite par un homme qui a une bonne situation. Hélas, le monsieur est déjà fiancée à une femme partit pour un an aux États Unis. La jeune femme lui propose alors de devenir sa petite amie le temps que sa fiancée officielle revienne.

La tente jaune sur le toit de Shiina Makoto: L’histoire d’un homme dont l’appartement vient de bruler. Ne sachant pas où loger le soir même, il décide de planter sa tente sur la terrasse de l’immeuble où il travaille, en toute discrétion. Ce qui ne devait durer qu’une nuit se transforme en semaines.

Une ménagère au poste de police de Fujino Chiya: Une jeune mère est intriguée par une question posée par sa fille “y a t-il des femmes dans les postes de police?”. Elle se met alors à surveiller les postes de police de son quartier.

Je suis tombée sur ce roman en parcourant le rayon littérature asiatique à la fnac. J’avais envie d’un roman qui me replonge dans le Tokyo que j’avais visité l’année dernière, quelque chose de familier. Tokyo électrique est un recueil de nouvelles se déroulant toutes dans la capitale japonaise.

Les nouvelles sont inégales comme souvent, et ne m’ont pas particulièrement plut. Il se dégage de certaines nouvelles, une atmosphère, une ambiance particulière qui fait qu’on continue de tourner les pages. La première nouvelle, Yumeko m’a un peu ennuyer au début et m’a finalement plut, quelque chose de particulier se dégage de la réflexion de ces hommes dans leur bar favoris, durant les heures de fermetures, en milieu d’après midi. On apprend pas mal de chose sur l’appartenance à un quartier, la loyauté de ses habitants, les différences entre la basse ville et les quartiers plus aristocratiques.

La seconde nouvelle se passe dans le quartier de Shinjuku, quartier que j’ai souvent arpenté durant mon court séjour, et du coup j’en attendais beaucoup. J’ai finalement été déçu par cette nouvelle, dans laquelle deux étudiants passent leur temps à se shooter avec n’importe quoi, à se faire payer le moindre repas par qui voudra bien, qui ne font rien d’autre que se laisser aller, comme deux collégiens de 12 ans. J’ai trouvé l’histoire sans grand intérêt, soulignant la lâcheté finalement compréhensive du héros à la fin de la nouvelle .

La 3e nouvelle m’a plut surtout au début, celle d’un homme dont l’appartement à brulé et qui décide de planter sa tente sur le toit de l’immeuble où il travaille. Les jours passent et il se rend compte qu’il aime vivre sous la tente, sur le toit, sous le ciel. Il adore pouvoir observer les lumières du quartier de ginza, pouvoir dormir dans son sac de couchage en regardant les étoiles juste au dessus de lui et découvre que finalement il se contente de peu, un duvet chaud, un réchaud pour les repas lyophilisés, une prise électrique pour un peu de lumière la nuit. J’ai beaucoup aimé les débuts, le voir prendre ses habitudes, se faufiler discrètement le soir sur le toit, redescendre travailler le matin. Mais je n’ai pas compris la fin, il n’y a pas de chute ni de conclusion, rien comme si l’auteur avait commencer un roman mais n’avait pas finit, laissant en suspens tout ce qu’il venait de créer, c’est bien dommage.

La dernière histoire comporte le même problème, une mère intriguée par la question posée par sa fillette, y’a t-il des femmes agents dans les postes de police? la mère un peu désœuvré en journée, se met à arpenter les rues de son quartier et à observer les habitudes des agents des postes de police. On s’attache doucement à la mère, à sa voisine, à sa fille, on apprend les difficultés de la mère quant à une claustrophobie, une peur des transports en commun, de la foule, qui l’empêche de faire tout ce qu’elle pourrait faire. La nouvelle aborde subtilement le problème de la discrimination sexuelle avec la question de savoir s’il y a des agents de police femme, et apparemment, ce n’est pas le cas, même si la question soulever par la fille ne trouve pas de réponse, la seule agent de police femme que l’on croise n’est qu’une guide qui fait visiter aux personnages la préfecture de police. La aussi il n’y a pas de chute, pas de conclusion.

En bref, un recueil de nouvelles plus ou moins intéressantes qui introduit certains aspects de la société japonaise, la place des femmes dans le monde professionnelle, les relations amoureuses hommes femmes, la place du travail dans le quotidien des japonais, les marginaux de la capitale. On a l’impression de voir des instantanées de la société japonaise dans la ville de Tokyo, mais au détriment des histoires, puisque les nouvelles nous laisse une impression d’inachevée.

Monsieur Han

de Hwang Sok Yong

3.5/5

Monsieur Han, un misérable vieil homme, se meurt seul dans une chambre louée, en Corée du sud. Ses voisins qui ne connaissent rien à sa personne, arrivent à retrouver certains membres de la famille. Mais qui était ce mystérieux Monsieur Han qui ne recevait jamais de visite? Quelques années en arrière, durant la guerre entre le nord et le sud, monsieur Han était appelé Docteur Han et était un professeur en gynécologie très doué, enseignant dans une bonne université. Marié, père de famille, Han est victime de la guerre entre le nord et le sud. Au nord, il n’est pas assez communiste au gout des autorités, ne s’intéressant qu’à la médecine, et quand il passera au sud, il est vite catalogué comme communiste, agent à la solde du nord.

Dans le cadre du challenge Printemps coréen organisé par Coccinelle, voilà le premier roman que je lis. Monsieur Han est dans ma PAL depuis une éternité. Je l’avais acheté à défaut de pouvoir m’acheter Le vieux jardin, un autre roman de Hwang, qui a été adapté au cinéma, excellent film.

Monsieur Han est un court roman, plus une chronique qui permet de voir la réalité au nord comme au sud durant la guerre qui opposait les deux régions. Han est médecin avant tout, avant d’être un homme, avant d’être un mari ou un père. C’est un homme qui en plus d’avoir vécut durant une période très difficile est un homme qui n’a pas de chance, tout bêtement.

Au nord, Han est envoyé pour servir l’hôpital populaire. Les autorités accaparent tous les médecins pour soigner les membres du parti et leurs familles, laissant les gens du peuple mourir de leurs blessure, indifférents à leur sort, un comble pour un état communiste, qui prône l’égalité entre toutes personnes, mais qui ici fait des énormes différences entre les gens du peuple et les membres privilégiés du parti. L’exemple de la petite fille que Monsieur Han opère dans l’indifférence totale est flagrant, obligé d’aller voler des instruments chirurgicaux, réservés aux privilégiés.

Au sud, Monsieur Han perd tout, il n’a plus sa famille restée au nord, et n’est plus considéré comme médecin, ne devant son salut qu’à sa sœur, qui l’accueil sans hésiter. Il sera confronter à la jalousie, la médisance, et la plus pure méchanceté. Victime de faux témoignages, dénonciation, accusation infondée, Monsieur Han se verra emprisonner et torturer, accuser à tort d’être un espion du nord, lui qui a souffert du régime.

A travers Monsieur Han , on nous montre une triste réalité, une folie hypocrite au nord, une réalité malsaine et suspicieuse au sud. Si monsieur Han vivra l’enfer au nord comme au sud par malchance, c’est aussi en grande partie parce qu’il a des principes moraux un peu naïfs auxquels il ne déroge jamais, autant que dans le cadre de son travail de médecin, que dans la vie de tout les jours, où sa franchise enfantine lui attirera d’énormes ennuis, contrairement à son meilleur ami le docteur So, qui a vécut un peu près les même épreuves que Han mais qui a su échapper aux pires conséquences en agissant de manière plus réfléchi et moins naïf.

Monsieur Han nous conte donc la vie des coréens complètement chamboulées par une guerre terrible. Les familles séparées, les conjoints disparus, ces hommes et ces femmes qui se remarient parce que leur conjoint est soi mort, soi emprisonné soit sont restés de l’autre coté de la nouvelle frontière. Ainsi c’est étonnant de voir Monsieur Han ou le docteur So, se remarier dans le sud et même fonder une nouvelle famille, alors que leurs femmes respectives sont toujours vivantes, mais coincées au nord.

Roman très court, et dénué de tout sentiments, on est quand même touché par le destin si tragique et si sombre de ce pauvre docteur Han.

Lu dans le cadre du challenge printemps coréen.

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