Dernières séances: La nuit du 12 – L’année du requin – Nope

de Dominik Moll

Bouli Lanners, Bastien Bouillon, Annouck Grimberg

4/5

Dans un petit village près de Grenoble, une jeune femme de 21 ans, Clara, est retrouvée morte, assassinée brûlée vive en pleine nuit. La PJ de Grenoble est dépêchée sur les lieux. Les suspects s’accumulent mais aucune preuve ne permet de conclure quoique ce soit. Alors que les inspecteurs ne peuvent se sortir de la tête cette mort brutale et absurde, l’enquête piétine…

La bande annonce m’avait beaucoup plut et j’aime beaucoup Bouli Lanners. Le film est prenant dès la première minute, on suit la jeune Clara, on assiste à son horrible mort qui semble absurde, et bien sur on suit l’enquête des inspecteurs de la PJ, de la découverte du corps aux interrogatoires en passant par l’annonce de la triste nouvelle à la famille, l’autopsie, la vérification des alibis, des mobiles, la découverte de la vie privée de la victime.

Dominik Moll nous présente un film noir bien mené, qui ne dérive jamais dans l’excès ou le spectaculaire, le tout servi par un casting parfait, Bouli Lanners en policier fatigué, Bastien Bouillon en responsable de l’enquête, excellent, et Anouck Grimberg parfaite dans le rôle de la juge d’instruction. L’intrigue, l’enquête, les moyens de la police, la psychologie des personnages, la lenteur de l’enquête, la gestion de l’horreur par les enquêteurs, tout est sobre et surtout réaliste et sans fioriture, on est loin des films policiers à l’américaine et c’est appréciable. A travers l’enquête policière le film parle de violence faite aux femmes, des préjugés les concernant, du jugement constant et de cette image archaïque qui perdure quelque soit l’époque. Un film à voir.

de Ludovic et Zoran Boukherma

Marina Fois, Kad Merad, Jean Pascal Zadi

3,5/5

Dans un petit village côtier des Landes, la maréchal des logis chef Maja ne supporte pas trop l’idée de devoir prendre sa retraite de son poste à la gendarmerie. En effet ayant comptabilisé tout les semestres d’activité, la gendarme n’a pas le choix de se retirer de la gendarmerie malgré qu’elle n’ait que 49 ans. Son mari lui n’attend que ça, avoir son épouse enfin que pour lui toute la journée. Mais Maja négocie une prolongation d’une semaine lorsqu’un requin tueur se met à attaquer les vacanciers. Elle met un point d’honneur de régler cette affaire avant de quitter définitivement son poste.

Dès les premières secondes, on sent qu’il s’agit d’une comédie un peu barrée. La voix off un peu étrange qui nous raconte l’histoire du requin tueur, le personnage de Maja, gendarme un peu trop dévouée et obsédée par son travail…la première moitié du film est d’ailleurs très réussie, j’ai beaucoup aimé l’humour subtile, on ne s’ennuie pas en suivant Marina Fois dans sa chasse au requin. Bien sur les références au film Les dents de la mer sont nombreuses, une ville côtière tranquille en pleine saison touristique, une figure d’autorité qui doit prendre la lourde responsabilité d’interdire la baignade aux vacanciers, convaincre de la présence du requin tueur dans les eaux, la pression des notables et des élus qui souhaitent que l’activité puisse reprendre rapidement…

Mais passé la première moitié du film, le ton change complètement, on tombe dans le dramatique et l’ambiance devient plus sombre. J’ai eu du mal à comprendre ce changement d’atmosphère et j’ai trouvé ça un peu dommage, j’aurais préféré que ça reste un film à l’humour décalé, un hommage comique aux dents de la mer. Mais j’ai tout de même trouvé le film original, intéressant et prenant et le casting n’est pas sans intérêt. Marina Fois est toujours excellente, j’ai bien aimé Kad Merad dans le rôle de ce mari un peu trop dévoué et Jean Pascal Zadi et Christine Gautier occupent des rôles secondaires intéressants. Même si le mélange des genres n’est pas très réussi et donne plus l’impression que les réalisateurs ne savent pas ce qu’ils veulent, on passe quand même un bon moment de cinéma et l’année du requin a l’avantage d’avoir un ton décalé et original.

de Jordan Peele

Daniel Kaluuya, Keke Palmer, Steven Yeun, Brandon Perea, Micheal Wincott

4/5

OJ et Emerald Haywood sont frères et sœurs et s’occupent d’un ranch de chevaux dans une vallée déserte de Californie. Depuis la mort brutale et étrange de leur père, ils ont hérité de l’affaire familiale, qui consiste à louer des chevaux à des studios hollywoodiens pour pub, cinéma et télévision. Mais depuis quelques temps des phénomènes étranges se multiplient dans leur région. Persuadé de la présence d’un extraterrestre, le frère et la sœur, aidé d’un technicien, décident d’installer des caméras de surveillance dans l’espoir de vendre la preuve d’un ovni et d’obtenir gloire et célébrité.

Comme tout le monde, j’ai découvert le cinéma de Jordan Peele avec son film Get out que j’avais trouvé excellent, un film comme on en fait plus beaucoup de nos jours. Par contre, si cinématographiquement j’avais trouvé Us, son 2e film, intéressant, j’avais pas trop adhéré l’histoire n’étant pas aboutie.

J’ai lu pas mal de critiques indiquant que ce nouvel opus, Nope, était le meilleur film de Peele. Je ne suis pas d’accord, pour ma part Get out reste son meilleur, mais Nope n’est pas loin derrière. OJ a toujours vécu dans le ranch de son père, qui en a fait une affaire montante dans l’univers de Hollywood. Mais avec son père disparut, OJ a du mal à émerger, à se remettre de la disparition de son père et tout simplement a du mal à prendre la relève. Il a toujours vécut dans l’ombre de son père et manque d’assurance, ce qui n’est pas le cas de sa petite sœur Em, qui elle n’a jamais été poussée vers l’avant par son père, qui a toujours privilégié son fils aîné dans le business du cheval. Et pourtant Em a toute l’assurance que son frère n’a pas forcément devant les clients. Elle sait vendre son image, mais à part ça, elle n’a pas les connaissances ou le sens du travail de son frère.

Derrière le côté SF du film, avec la présence d’un ovni prédateur, le film parle de courage, de ténacité, de volonté, de détermination qu’il faut avoir dans la vie pour s’en sortir. Les épreuves vont révéler le courage d’OJ, il va enfin pouvoir mettre à profit ses qualités. Nope c’est aussi un hommage au film de cow boy avec OJ qui se bat à dos de cheval.

Nope c’est aussi une critique de la société des médias, la loi du buzz, l’envie d’obtenir l’attention du public et l’argent qui va avec en très peu de temps et avec un minimum d’effort. OJ et Em, en découvrant la présence d’un extraterrestre qui se comporte comme un animal prédateur qui marque son territoire et s’en prend à tous ce qui est vivant, n’ont qu’un seul réflexe: comment tirer profit de cette découverte et comment avoir ce qu’il faut pour pouvoir passer chez Oprah, le graal de tous les graals. Ou encore le fanatique de la caméra à la recherche du dernier scoop pour TMZ et qui même en se rendant compte du danger et de la menace qui pèse sur sa vie, ne pense qu’à une chose, filmer pour obtenir une preuve exploitable dans les médias.

Le film est donc très riche. Riche sur le plan des sujets abordés, riche visuellement, riche concernant la mise en scène. Jordan Peele a l’audace de nous présenter son ovni, il a pris le temps de créer un ovni, de ne pas le cacher ou de céder à la facilité de s’en remettre à l’imagination des spectateurs, j’ai trouvé ça courageux et bien réalisé.

Il y aurait beaucoup à dire sur Nope. Un film bien rythmé, une histoire bien menée, des personnages intéressants qu’on a envie de connaître et comprendre, un suspense bien tenu. Le film ne fait absolument pas peur, il faut le savoir, j’ai plus frissonné sur les deux premiers films de Peele. Ici c’est plus le suspense et la surprise, le film distille les petites révélations. Quelques touches d’humour bienvenu comme le réalisateur le fait souvent, et de très bons acteurs en particulier Kaluuya.

Dernières séances: Vice – Une intime conviction

Vice : Affiche

de Adam Mckay

Christian Bale, Sam Rockwell, Amy Adams, Steve Carell

4/5

L’entrée de Dick Chesney dans le monde de la politique américaine au début des années 60 jusqu’à sa nomination au poste de vice président des États Unis. Ou comment un homme qui n’avait pas d’ambition ou d’idéaux particuliers est devenu l’un des hommes les plus puissants de la planète.

Vice : Photo Christian Bale

De Adam Mckay, j’avais déjà vu the big short, dans lequel il s’efforçait d’expliquer les dessous du monde des finances et la crise immobilière des années 2000. La mise en scène manquait de subtilité mais on sentait surtout l’envie du réalisateur de bien faire comprendre aux spectateurs le sujet compliqué de la finance et de la crise boursière, tout en restant un minimum rigolo dans sa façon d’expliquer. Sur le même sujet j’avais préféré Margin call.

Vice : Photo Sam Rockwell

Ici c’est un peu la même manière de raconter, mais les effets un peu trop lourd utilisé sur the big short apparaissent plus léger dans Vice. Mckay se lance dans des explications complexes avec de moins gros sabots que dans the big short, il faut dire que le sujet est un peu moins technique que la finance.

J’ai beaucoup aimé Vice. Évidemment Christian Bale est excellent dans ce rôle d’homme politique parti de rien et arrivant au sommet. Il découvre la politique, il comprend vite qu’il ne s’agit pas ici d’idéaux, de convictions ou de principes moraux, mais uniquement trouver la réponse à la question suivante: comment obtenir plus de pouvoir? aucun principe, aucune limite pour arriver à cette fin. Physiquement c’est bluffant aussi, mais pas surprenant, Bale est un habitué des transformations physiques comme pour son rôle dans the machinist…

Vice : Photo Amy Adams, Christian Bale

A travers le portrait d’un homme qui gravit les échelons vite et bien, Mckay en profite pour nous expliquer certaines méthodes de la politique américaine, comment les états unis ont embrouillé le monde pour envahir l’Irak, comment le 11 septembre ne fut pas une tragédie pour Chesney mais « une opportunité ». On revisite une décennie de la politique américaine avec l’Irak, Halliburton, le fric, le pouvoir. Comment Chesney est devenu un homme riche et puissant, comment il a manipuler Bush pour en faire sa marionnette, interprété par l’excellent Sam Rockwell, comment il a décidé de tout alors qu’il n’était que vice président, un poste sensé être symbolique plus qu’autre chose.

C’est clair et bien expliqué, c’est rythmée et fluide. Amy Adams est très bien aussi dans le rôle de la femme de l’ombre. Sans elle Chesney n’aurait probablement rien fait de sa vie. Un film à ne pas rater.

Une intime conviction : Affiche

de Antoine Raimbault

Olivier Gourmet, Marina Fois

3.5/5

Nora, cuisinière dans un restaurant et élevant seule son fils, a participer au jury lors du premier procès de monsieur Viguier, accusé d’avoir assassiné sa femme. Acquitté lors du premier procès, Nora s’est rapprochée de la famille, notamment par le biais de la fille ainée de monsieur Viguier qui aide son fils dans ses devoirs scolaires. Alors que le procès en appel va bientôt commencer, Nora fait appel au célèbre avocat Eric Dupont-Moretti. Elle essaye de le convaincre de prendre l’affaire en main, persuadée de l’innocence de monsieur Viguier.

J’étais très curieuse de voir ce film, pas pour l’histoire de meurtre, je ne connaissais pas cette affaire du tout, mais surtout pour voir ces deux acteurs que j’aime beaucoup, Olivier Gourmet et Marina Fois. Je suis aussi admirative de Dupont-Moretti et voir un acteur jouer son rôle m’intéressait. Le film est assez particulier, car tout est toujours en retrait. La disparition de madame Viguier remonte à plusieurs années, monsieur Viguier élève seul ses trois enfants tous presque adulte aujourd’hui. On ne voit ni flash back, ni éléments directement liés à l’affaire.

Une intime conviction : Photo Marina Foïs, Olivier Gourmet

On suit Nora et son point de vue sur l’affaire. Elle élève seule son fils, travaille dure et s’investit corps et âme dans ce nouveau procès, oubliant sa famille, son travail, ses obligations. Rien ne passe avant l’affaire, le procès. Sur la demande de Dupont-Moretti, Nora doit écouter, analyser, trier des centaines d’heures d’écoute téléphonique.

Une intime conviction : Photo Marina Foïs

Le film ne prend jamais parti, est-ce que le mari a commis un meurtre? est-ce que l’amant est coupable? y a-t-il eut meurtre prémédité, disparition volontaire, mauvaise rencontre sur la route? Aucun élément de réponse suffisamment convaincant permet de soutenir une hypothèse plus qu’une autre. Le film rappel l’enjeu juridique, il ne faut condamner une personne que si on a une intime conviction qui repose sur des faits tangibles. Peu importe ce que croit Nora, Dupont-Moretti ou les jurés, si il n’y a pas de faits tangibles, on ne peut pas condamner monsieur Viguier.

Une intime conviction : Photo Marina Foïs

J’ai beaucoup aimé la leçon que Dupont-Moretti donne à Nora lorsque cette dernière lui dit être persuadé de la culpabilité de l’amant, sans qu’elle n’ait de preuves. La vindicte populaire, les rumeurs, le poids de la presse, l’influence du plus grand nombre. La scène du plaidoyer finale est très tendue, prenante, tellement efficace, cette scène seule vaut le coup de voir le film.

Dernière séance: Le grand bain

Le Grand Bain : Affiche

de Gilles Lellouche

Mathieu Amalric, Benoit Poelvoorde, Jean Hugues Anglade, Philipe Katherine, Marina Fois, Leila Bekti, Virginie Effira, Guillaume Canet

4/5

Bertrand, la quarantaine, est marié et père de deux enfants. Dépressif depuis deux ans, Bertrand n’arrive plus à se sortir du cercle chômage, antidépresseurs, errance. Un jour après quelques longueurs à la piscine municipale il tombe sur annonce. L’équipe de natation synchronisée masculine cherche  un membre supplémentaire à leur équipe. Bertrand s’inscrit. Il découvre une coach ancienne championne, qui entraine une bande d’hommes qui ressemble beaucoup à Bertrand. Les entrainements sont légers et restent un prétexte pour la séance de sauna qui suit et durant laquelle les hommes, qui ont tous des problèmes, prennent le temps d’échanger et de discuter de leurs ennuis respectifs.

Le Grand Bain : Photo Balasingham Thamilchelvan, Félix Moati, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine

La bande annonce m’avait beaucoup plut, elle était très drôle. En réalité Le grand bain n’est pas vraiment une pure comédie. Bertrand joué par Amalric, est un homme à la moitié de sa vie, qui ne travaile plus depuis deux ans, qui se nourrit d’antidépresseur. Avec ces entrainements de natation synchronisée il sympathise avec les autres nageurs, tous des « losers » déprimés comme lui. Laurent à des difficultés relationnelles avec son fils ado qui a des troubles de prononciation et une mère aux problèmes psychiatriques, Simon réalise difficilement qu’il ne deviendra jamais la rock star qu’il a toujours voulu être, Marcus voit son entreprise de vente de piscine prendre le chemin de la liquidation judiciaire, ou encore Thierry gérant de la piscine, qui peine a trouver une compagne et qui voit l’informatique lui voler son boulot.

Le Grand Bain : Photo Alban Ivanov, Balasingham Thamilchelvan, Benoît Poelvoorde, Félix Moati, Guillaume Canet

La première moitié nous montre la vie de toutes ces personnes qui n’ont pas la vie dont ils ont rêvé, qui sont déprimés, acculés, perdus. Les entrainements, la coach qui passe sont temps à les encourager et à leur lire des romans. Et puis tout change quand ils décident de s’inscrire aux championnats du monde quand ils découvrent qu’il n’y a pas d’équipe française de natation synchronisée masculine. Entre en scène la coach numéro 2 jouée par Leila Bekti.

Le Grand Bain : Photo Virginie Efira

Tous les personnages ont un passif, une complexité, des douleurs, des blessures. Le film oscille entre humour, certaines scènes sont très drôles et toutes ne sont pas dans la bande annonce, et entre drame, avec les désillusions des personnages, des blessures.

Le Grand Bain : Photo Leïla Bekhti, Philippe Katerine

Le Grand Bain : Photo Alban Ivanov, Balasingham Thamilchelvan, Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet, Jean-Hugues Anglade

On ne s’ennuie pas, on prend plaisir à passer du temps même si le film a un coté déprimant parfois, mais certaines scènes très drôles viennent compenser. Et puis chaque acteur joue parfaitement bien dans Le grand bain. Leila Bekti est surprenante dans le rôle de la coach style sergent instructeur de full metal jacket, Amalric est touchant dans sa dépression, Poelvoorde fidèle à lui même; J’aime toujours autant Marina Fois qui est excellente comme d’habitude. Mais je retiens surtout Philippe Katherine qui confirme de plus en plus son talent d’acteur dans des rôles toujours décalés et intéressant. J’ai beaucoup aimé son personnage et sa façon de le jouer. Et je retiens Virginie Effira qui a bien fait de laisser les plateaux de télé pour faire carrière au cinéma, je l’ai trouvé très bonne dans le rôle de cette coach qui frôle la folie. Une comédie douce amère dont la fin est peut être le point faible du film (un peu trop absurde).