Dernières séances: Vice – Une intime conviction

Vice : Affiche

de Adam Mckay

Christian Bale, Sam Rockwell, Amy Adams, Steve Carell

4/5

L’entrée de Dick Chesney dans le monde de la politique américaine au début des années 60 jusqu’à sa nomination au poste de vice président des États Unis. Ou comment un homme qui n’avait pas d’ambition ou d’idéaux particuliers est devenu l’un des hommes les plus puissants de la planète.

Vice : Photo Christian Bale

De Adam Mckay, j’avais déjà vu the big short, dans lequel il s’efforçait d’expliquer les dessous du monde des finances et la crise immobilière des années 2000. La mise en scène manquait de subtilité mais on sentait surtout l’envie du réalisateur de bien faire comprendre aux spectateurs le sujet compliqué de la finance et de la crise boursière, tout en restant un minimum rigolo dans sa façon d’expliquer. Sur le même sujet j’avais préféré Margin call.

Vice : Photo Sam Rockwell

Ici c’est un peu la même manière de raconter, mais les effets un peu trop lourd utilisé sur the big short apparaissent plus léger dans Vice. Mckay se lance dans des explications complexes avec de moins gros sabots que dans the big short, il faut dire que le sujet est un peu moins technique que la finance.

J’ai beaucoup aimé Vice. Évidemment Christian Bale est excellent dans ce rôle d’homme politique parti de rien et arrivant au sommet. Il découvre la politique, il comprend vite qu’il ne s’agit pas ici d’idéaux, de convictions ou de principes moraux, mais uniquement trouver la réponse à la question suivante: comment obtenir plus de pouvoir? aucun principe, aucune limite pour arriver à cette fin. Physiquement c’est bluffant aussi, mais pas surprenant, Bale est un habitué des transformations physiques comme pour son rôle dans the machinist…

Vice : Photo Amy Adams, Christian Bale

A travers le portrait d’un homme qui gravit les échelons vite et bien, Mckay en profite pour nous expliquer certaines méthodes de la politique américaine, comment les états unis ont embrouillé le monde pour envahir l’Irak, comment le 11 septembre ne fut pas une tragédie pour Chesney mais “une opportunité”. On revisite une décennie de la politique américaine avec l’Irak, Halliburton, le fric, le pouvoir. Comment Chesney est devenu un homme riche et puissant, comment il a manipuler Bush pour en faire sa marionnette, interprété par l’excellent Sam Rockwell, comment il a décidé de tout alors qu’il n’était que vice président, un poste sensé être symbolique plus qu’autre chose.

C’est clair et bien expliqué, c’est rythmée et fluide. Amy Adams est très bien aussi dans le rôle de la femme de l’ombre. Sans elle Chesney n’aurait probablement rien fait de sa vie. Un film à ne pas rater.

Une intime conviction : Affiche

de Antoine Raimbault

Olivier Gourmet, Marina Fois

3.5/5

Nora, cuisinière dans un restaurant et élevant seule son fils, a participer au jury lors du premier procès de monsieur Viguier, accusé d’avoir assassiné sa femme. Acquitté lors du premier procès, Nora s’est rapprochée de la famille, notamment par le biais de la fille ainée de monsieur Viguier qui aide son fils dans ses devoirs scolaires. Alors que le procès en appel va bientôt commencer, Nora fait appel au célèbre avocat Eric Dupont-Moretti. Elle essaye de le convaincre de prendre l’affaire en main, persuadée de l’innocence de monsieur Viguier.

J’étais très curieuse de voir ce film, pas pour l’histoire de meurtre, je ne connaissais pas cette affaire du tout, mais surtout pour voir ces deux acteurs que j’aime beaucoup, Olivier Gourmet et Marina Fois. Je suis aussi admirative de Dupont-Moretti et voir un acteur jouer son rôle m’intéressait. Le film est assez particulier, car tout est toujours en retrait. La disparition de madame Viguier remonte à plusieurs années, monsieur Viguier élève seul ses trois enfants tous presque adulte aujourd’hui. On ne voit ni flash back, ni éléments directement liés à l’affaire.

Une intime conviction : Photo Marina Foïs, Olivier Gourmet

On suit Nora et son point de vue sur l’affaire. Elle élève seule son fils, travaille dure et s’investit corps et âme dans ce nouveau procès, oubliant sa famille, son travail, ses obligations. Rien ne passe avant l’affaire, le procès. Sur la demande de Dupont-Moretti, Nora doit écouter, analyser, trier des centaines d’heures d’écoute téléphonique.

Une intime conviction : Photo Marina Foïs

Le film ne prend jamais parti, est-ce que le mari a commis un meurtre? est-ce que l’amant est coupable? y a-t-il eut meurtre prémédité, disparition volontaire, mauvaise rencontre sur la route? Aucun élément de réponse suffisamment convaincant permet de soutenir une hypothèse plus qu’une autre. Le film rappel l’enjeu juridique, il ne faut condamner une personne que si on a une intime conviction qui repose sur des faits tangibles. Peu importe ce que croit Nora, Dupont-Moretti ou les jurés, si il n’y a pas de faits tangibles, on ne peut pas condamner monsieur Viguier.

Une intime conviction : Photo Marina Foïs

J’ai beaucoup aimé la leçon que Dupont-Moretti donne à Nora lorsque cette dernière lui dit être persuadé de la culpabilité de l’amant, sans qu’elle n’ait de preuves. La vindicte populaire, les rumeurs, le poids de la presse, l’influence du plus grand nombre. La scène du plaidoyer finale est très tendue, prenante, tellement efficace, cette scène seule vaut le coup de voir le film.

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Le temps des aveux

Le Temps des aveux : Affiche

de Régis Wargnier

Raphael Personnaz, Olivier Gourmet, Kompheak Phoeung

3/5

Au début des années 70, François Bizot s’intéresse beaucoup dans le cadre de son travail à l’histoire du Cambodge, et visite des temples bouddhiques. Marié à une cambodgienne et père d’une petite fille, il est complètement intégré aux villageois de son village. Il se fait arrêté sur la route en compagnie de deux assistants, par les khmers rouges, et emprisonné de manière arbitraire dans un camp. Plusieurs mois passent durant lesquels François Bizot sera détenu dans des conditions extrêmes jusqu’à ce que le directeur du camp, Douch, convaincu par son innocence, convaincra les autorité à le remettre en liberté.

Le Temps des aveux : Photo Raphaël Personnaz

C’est d’abord le sujet qui m’a donné envie de voir le film, qui m’a rappelé un film sur le même sujet, coup de cœur que j’avais plus qu’adoré, La déchirure de Roland Joffé, un film poignant, fort, admirablement joué et tiré d’une histoire vraie. Le temps des aveux est hélas à des milliers de kilomètres de La déchirure.

Le Temps des aveux : Photo Raphaël Personnaz

L’histoire aurait pu être intéressante, ça aurait pu être une fresque romanesque, qui aurait emporté le spectateur dans d’autres sphères, il y avait tout les ingrédients pour cela, une histoire dramatique, un face à face tendu et ambigu entre le tortionnaire et son prisonnier, une histoire d’amour (voir deux) contrariée, un pays dans la déchéance, des paysages époustouflants, et j’en passe.

Le Temps des aveux : Photo

Mais ici rien, le gros défaut du film, c’est une froideur indifférente. On passe en quelques secondes sur la vie d’avant son arrestation du héros de l’histoire, il est impliqué dans la société cambodgienne, il se marie avec une fille du coin, il a une fille, il parcourt les sites historiques de la campagne cambodgienne, bref, on ne se rend pas compte de sa vie, de son quotidien, de sa personnalité. Qui est François Bizot, quelle est sa vie, quel est son caractère, quel est son quotidien? on n’en sait rien, le réalisateur s’en fout, et nous spectateur, on n’a pas du tout le temps ou les éléments pour s’attacher à lui, sa femme ou sa fille, avant qu’il ne se fasse arrêter et conduit dans un camp de prisonnier tenu par les khmers rouges.

Cette erreur de début de film ne permettra jamais aux spectateurs de ressentir quoique ce soit durant le film. C’est froid, aseptisé, on ne ressent rien, on se fout complétement de ce qu’il va arriver aux personnages, surtout que les premières minutes du film se passe 20 ans plus tard, et on voit que la petite famille Bizot est bien vivante. Le face à face avec le tortionnaire Douch est peu intéressant aussi. Raphael Personnaz joue froidement, est ce du aux directives du réalisateur je ne sais pas…son jeu est sans émotion ce qui renforce ce sentiment. Finalement, on a presque plus d’empathie pour Douch, mieux interprété.

Le seul personnage vraiment intéressant, c’est celui tenu par Olivier Gourmet, décidément un grand acteur. Même dans un film dénué de toute émotion et de toute empathie, il arrive à donné de l’intérêt à son personnage, celui du consul de France. Son rôle est secondaire, mais les scènes où il apparait sont justes et intéressantes, son personnage est finalement plus passionné et humain que celui de Bizot. Seule la scène du passage de la frontière thaïlandaise nous donne quelques sueurs froides.

La fin du film est à l’image de tout le reste. On repart 20 ans après les évènements, là où le film avait commencé, on ne sait pas vraiment ce qu’est devenu la femme de Bizot, leur relation après leur séparation, leurs vies entre la France et le Cambodge. On ne sait pas non plus ce que devient la jeune paysanne cambodgienne qui accompagnait la famille Bizot, même si on sait qu’elle survit à la guerre. Tout ça confirme le manque d’intérêt flagrant du réalisateur pour ses personnages. L’esthétique du film (sans parler le maquillage raté pour vieillir Personnaz, digne d’une série de seconde zone), la mise en scène, le jeu du héros, le manque d’empathie, tout ça me donne le sentiment d’avoir vu sur grand écran le genre de téléfilm que France 3 peut passer parfois le samedi soir. C ‘est dommage, car le sujet aurait pu donner un très beau flm. Si vous voulez voir un bon film qui parle de cette horrible période, mieux vaut voir ou revoir le magnifique film de Joffé, La déchirure.