N ou M

d’Agatha Christie

3.5/5

Les Beresford se font vieux, en tout cas c’est que leur dit les services secrets alors que la seconde guerre mondiale vient d’éclater et qu’ils aimeraient bien servir leur pays comme ils l’avaient servi durant la première guerre mondiale. Mais tout le monde estiment que des vieux de leur ages feraient mieux de rester à l’abri chez eux, que ce soit les dirigeants des services secrets auxquels ils ont appartenu ou leurs enfants devenus grands. Finalement, alors qu’ils dépriment et se demandent s’ils sont vraiment si vieux que ça, on fait appel à eux. Envoyés sous une fausse identité dans un tout petit village côtier, dans une pension, les Beresford sont sensé démasquer des agents doubles cachées parmi les pensionnaires et qui espionneraient pour le compte des allemands. Les Beresford vont donc rencontrer la propriétaire et sa fille, un allemand réfugié, une jeune femme et son bébé, un vieux couple, une vieille dame veuve, un colonel à la retraite…

Je n’avais jamais lu de roman mettant en scène les Beresford, et j’ai plutôt aimé ma lecture. L’intrigue est assez classique, démasqué un traitre qui se cache dans une pension au milieux de gens tout à fait ordinaires. L’intrigue et les rebondissements sont intéressants mais un peu évidents et sans grande surprise.

Ce qui m’a beaucoup par contre, dans ce roman, c’est les Beresford. Le couple est très attachant, très drôle, l’humour anglais est partout, les dialogues et les petits pics qu’ils s’envoient m’ont fait souvent rire, rien que pour ça, je lirais bien d’autre romans mettant en scène le couple d’espions!

Cette sacrée vertu

de Winifred Watson

3.5/5

Miss Pettigrew, la quarantaine, est une gouvernante qui se présente un matin auprès de Miss Lafosse. Pour miss Pettigrew, c’est l’emploi de la dernière chance, avant que sa logeuse ne la mette à la porte. Mais dès que miss Pettigrew franchit la porte de l’appartement de Miss Lafosse, tout n’est que voltige, folie douce, aventure, rebondissements, amants mécontents, frivolité. Miss Pettigrew se prend tout de suite d’amitié pour la sublime et sympathique Miss Lafosse.

C’est le dernier jour pour le mois anglais et il me reste encore quelques heures pour parler du roman que j’ai finis de lire aujourd’hui. Le roman se déroule sur une journée ou presque, dans laquelle Miss Pettigrew va pour la première fois dans sa vie, se laisser vivre et mettre de coté sa vertue et son éducation rigide. Il faut dire que ces habitudes morales seront écartées assez facilement au final. Miss Pettigrew se laisse vite emporté par la vie trépidante de Miss Lafosse, qui possède trois amants, qui ne sait pas choisir, qui passe la moitié de sa journée à se préparer, se maquiller, se coiffer et s’habiller, entre deux visites impromptues, pour aller chanter dans un cabaret le soir, en attendant que sa carrière d’actrice décolle. Femme entretenue, frivole, aux moeurs légères, Miss Pettigrew s’adapte pourtant très vite, et s’attache rapidement à Miss Lafosse, tellement gentille, accueillante et surtout ayant désespérément besoin d’aide et d’assistance, pour se débarrasser d’un amant trop malhônnete, ou pour l’aider à choisir lequel parmi ses prétendants fera un bon mari, sans pour autant enfermer la pétillante Miss Lafosse dans une vie trop bourgeoise et ennuyeuse, ce qui ne lui conviendrait absolument pas.

C’est sur, c’est une lecture agréable, légère, rapide, les pages tournent sans temps morts, et les chapitres découpés en fonction des horaires et de l’emploi du temps chargé de Miss Lafosse, grasse matinée, amie déprimée à consoler, amants à éconduire, cocktails, diner, soirée, Miss Pettigrew se sent utile et quelques verres de sherry, lui donnera l’audace nécessaire pour se révéler particulièrement efficace et ingénieuse pour sauver Miss Lafosse et son amie de situation désespérées.

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En bref, une gentille comédie vaudeville, aux personnages sympathiques, même si la transformation rapide de Miss Pettigrew est un peu rapide et radicale en une petite journée!

Lu dans le cadre du mois anglais organisé par Lou et Titine

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La bienfaitrice

de Élisabeth Von Arnim

2,5/5

Anna vient d’avoir 25 ans et n’est toujours pas mariée, ce qui n’est pas acceptable aux yeux de la société anglaise de ce début du 20e siècle, ni pour sa belle sœur Susie, la femme de son frère, qui aimerait bien enfin se décharger d’Anna auprès d’un mari bien nanti. Tout change pour Anna lorsqu’elle reçoit en héritage de la part de son oncle Joaquim, une maison au milieu de nulle part en pleine Poméranie, en Allemagne, propriété qui permettrait à Anna de toucher 200 £ par an. Elle part donc en Allemagne pour voir en quoi consiste son héritage, en compagnie de Susie, Letty sa nièce et Melle Leech, la préceptrice de Letty. En arrivant dans sa nouvelle demeure, elle se sent enfin libre et indépendante, n’ayant plus besoin de personne pour subvenir à ses besoins et lui acheté la moindre chose. Elle est tellement heureuse, qu’elle décide d’ouvrir sa grande maison à douze dames de bonne famille qui aurait tout perdu, pour qu’elles soient enfin heureuses.

J’avais trouvé Avril enchanté plutôt sympathique et le résumé de ce roman en plus des bonnes critiques que j’ai lu sur plusieurs blogs, m’a donné envie de le lire.

On suit Anna, une jeune anglaise en terre allemande qui est plus qu’heureuse d’être libre, financièrement indépendante, sans avoir besoin de se chercher un mari. Elle décident d’accueillir douze femmes qui n’ont pas été heureuse et qui ne demandent qu’à vivre en paix. Anna est un personnage sincère, naïf, idéaliste, utopiste, rêveuse. J’ai bien aimé la voir partir sans trop réfléchir, prendre possession de son bien, et s’installer avec Letty et Melle Leech, la voir accueillir trois femmes plus une princesse désargentée qui accepte de devenir la gouvernante de la maison.

J’ai aimé la spontanéité de Letty, pour le meilleur et pour le pire, je l’ai trouvé attachante malgré ces bêtises. J’ai adoré lire les mesquineries de Madame von Treumann et la baronne, leur manière de dénigrer certaine personnes, la manière de critiquer Anna qui est pourtant celle qui subvient à tous les besoins financiers de ces dames qui vivent à ces crochets sans se rendre le moins du monde utiles.

Lire la cohabitation avec ces dames ingrates était intéressant. Là où Anna espérait gagner des amies, et vivre en harmonie et dans le bonheur avec elles, elle n’a gagner que deux sangsues qui ne seront jamais heureuses nulle part, trop aigries pour ça, entre une baronne tout le temps grincheuse, et une von Treumann qui tente désespérément à  marier son fils à Anna.

J’ai surtout adoré lire les conversations avec la princesse Ludwig, intelligente et pleine de bon sens, notamment la longue conversation qu’elle entretient dans le salon, avec les invités d’Anna, et les phrases à double sens, ou encore sa manière subtile pour éviter à Anna de se retrouver en tête à tête avec Karlchen, le fils opportuniste de Von Treumann.

On retrouve le style d’écriture de Von Arnim, son amour des descriptions de la nature, des jardins, et la cohabitation entre Anna, la princesse Ludwig, Von Treumann, la baronne et Kurhauber m’a un peu rappelé les vacances en commun des héroines de Avril enchainé.

Ce roman est donc très plaisant à lire et l’humour subtile de Von Arnim est toujours agréable à lire. Cependant, je n’ai pas réussi à m’attacher à Anna, que je trouve enfantin dans son comportement, qui a des réactions que j’ai du mal à saisir parfois, et qui a trop tendance à pardonner tout et n’importe quoi. Et puis surtout, ce qui m’a dérangé dans cette lecture simple, c’est la présence constante du mariage. Aucune femme ne peut rester célibataire, c’est un concept qui est inenvisageable pour tous les personnages, femme ou homme. Encore plus inenvisagable si la célibataire en question est jeune et jolie, si encore elle était laide, ça passerait peut être mieux, mais dans le cas de la jolie Anna, personne dans son entourage ne l’imagine restée célibataire, au point qu’on parle toujours d’elle comme une futur madame.

On sent cette pression de devoir absolument trouver un mari. La princesse Ludwig expliquera même à Anna, que le mariage n’est pas seulement fait pour avoir des enfants, et se mettre à l’abri du besoin, mais surtout parce qu’une femme seule est forcément perdue, incomplète, sans guide pour l’aider et donc vulnérable. Cette théorie on l’a lit tout au long du roman, jusqu’à en devenir lassant. Le roman finit par nous expliquer que l’idée de départ d’Anna, de vivre enfin libre et indépendante, sans avoir l’obligation de se trouver un mari pour la mettre financièrement en sécurité, était purement infantile, un rêve éveillé qui ne peut être que celui d’une petite fille qui ne vit pas dans la réalité mais dans le rêve. On comprend qu’à force d’entendre ces idées de tout cotés, Anna finisse par épouser son Von Lohm, à qui elle avait pourtant dit non une première fois, ne le considérant que comme un bon ami. L’auteur  nous montre donc que l’envie d’Anna d’être libre de toute contrainte, et libre sans avoir à rendre compte à un mari, est un échec, le bonheur ne se trouve pas totalement sans un mari.

En bref, une lecture agréable, une jolie plume, quelques moments de pure humour british, des rebondissements qui rendent le roman intéressant et jamais ennuyant, mais des idées sur la condition féminine et sur le mariage un peu étranges et trop dépassées pour me rendre les personnages attachants.

Lu dans le cadre du mois anglais organisé par Lou et Titine.

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