Black swan green de David Mitchell

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4,5/5

Jason Taylor, 13 ans, poète clandestin à ses heures perdues, vit dans une toute petite ville du Worcestershire avec ses parents et sa sœur qui vit sa dernière année de lycéenne avant d’intégrer l’université d’Edimbourg. Nous sommes en janvier 1982, c’est l’Angleterre de Thatcher, c’est la guerre des iles malouines, et pour Jason Taylor, c’est l’année de tous les changements, c’est l’entrée dans l’adolescence, c’est les adieux conscients ou non à l’enfance, à l’innocence. On suit Jason pendant une année, de Janvier à Janvier, à vivre une crise familiale avec le départ de sa sœur ainée, avec le déchirement de ses parents, on suit Jason dans ses problèmes de bégaiement qu’il s’acharne à cacher, on le suit à l’école, entre petit exploit qui le rendent plus populaire, et grosses bourdes qui le transforme en loser et punchingball vivant, le garçon à abattre pour les petites frappes, le garçon à éviter pour les autres.

Si vous suivez un peu ce blog, vous devez savoir que je suis une grande fan de cet auteur, David Mitchell, et que tous les romans que j’ai lu jusqu’ici, ont été des coups de cœur. Cloud atlas, les 1000 automnes de Jacob de Zoet, Écrits fantômes, Number9dream.

Ce roman est assez différent de ces précédents écrits. Il nous raconte les états d’âme d’un jeune garçon de 13 ans, qui glisse de l’enfance vers l’adolescence. Pour être honnête, j’ai mis un temps fou à le finir, je me suis arrêtée plusieurs fois pour lire d’autre romans, j’ai fait des pauses. C’est probablement dû au fait que ce n’est pas une histoire pleine et entière avec un début un milieu et une fin. Le roman est découpé en plusieurs chapitres, chacun relatant une histoire plus ou moins marquante de l’année que vit Jason. Une cheville foulée, une réunion d’information municipale pour faire expulser un camp de gitan qui s’est établie dans la forêt, la rencontre de Jason avec une certaine Mme Crommelynck (déjà croisée dans sa jeunesse dans le roman cloud atlas) qui lui apprendra un peu le français, Jason qui joue à cache-cache dans la forêt pour échapper à ses petits tortionnaires, un weekend entre père et fils, un cours de sport en plein air qui tourne mal, un rite de passage qui finit mal…Une façon de raconter ces anecdotes assez originale, puisque souvent l’histoire s’arrête sans final, sans conclusion, on passe à la journée suivante, l’histoire racontée n’a pas forcément des conséquences ou des suites, comme dans la vie tout compte fait.

Du coup pas de fil qui nous tient en haleine et qui nous pousse à tourner la page suivante. Mais petit à petit je me suis attachée à Jason. Beaucoup de gens peuvent se reconnaitre facilement en Jason, même si je n’ai pas du tout vécu la même vie que lui. Ses doutes, ses interrogations, ses moments de mélancolie, sa sensibilité.

J’ai adoré suivre les tribulations de Jason Taylor, que ce soit des aventures importantes, comme sa façon de supporter certains camarades de classe qui l’ont pris en grippe, ses discussions philosophiques avec Mme Crommelynck, sa relation avec son père, ou que ce soit des petites aventures, comme Jason qui observe malgré lui un couple dans la forêt, ou qui se perd dans les bois, ou encore sa journée à la fête foraine. J’ai adoré lire les moments de famille, la mère qui tente de s’émanciper en prenant un boulot qui lui fait envie, son père qui tente de la culpabiliser et qui joue les patriarches d’un autre temps, sa sœur qui sait tenir tête à son père et que Jason admire secrètement de pouvoir dire à voix haute ce qu’elle pense de ses parents.  J’ai beaucoup aimé la relation qu’il a avec sa grande sœur. Le tout sur fond de guerre des Malouines et de crise économique.

La raison pour laquelle j’ai pris le temps pour finir ce roman, c’est aussi je pense, parce que je n’avais pas envie de quitter Jason, son point de vue sur le monde, sur sa famille, sur son petit village, sur lui-même. Il nous permet de nous repencher sur cette période de nos vies dans laquelle on est plus dans l’innocence et l’insouciance de l’enfance, mais pas encore dans les méandres de l’adolescence.

Si ce n’est à aucun moment larmoyant ou tragique (malgré certains rebondissements qui le sont), c’est avec beaucoup de mélancolie que je referme le livre, avec un Jason qui, dans les dernières pages, s’est trouvé, s’est révélé, s’est affirmé et est rentré définitivement dans l’adolescence. Toujours une belle écriture, toujours un talent pour raconter des histoires et installer une atmosphère bien particulière et un roman qui pourrait faire une belle adaptation en mini série…

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Jane Austen – Les Watson et Sanditon

de Jane Austen

4/5

J’ai continué le mois anglais, avec Jane Austen et ses deux romans inachevés.

Les watsons

Emma Watson n’a que peu connu sa famille, puisqu’elle a été confié quand elle était petite à sa tante riche et veuve, afin qu’elle en fasse son héritière. Mais voilà, la tante se remarie avec un colonel irlandais et là voilà qui part avec son argent en Irlande.  Emma retourne donc dans une famille qu’elle connait à peine, entre un père malade, une grande sœur bienveillante et une tripotée de frères et sœurs parfois dérangeant. Lors d’un bal, elle fait la connaissance des Osbornes, une famille de notables qui sont socialement supérieurs à la famille d’Emma. Les Osbornes et en particulier l’ainé de la famille, sont un peu sous le charme de la jeune et jolie Emma, surtout que la nouveauté dans la région n’est pas si fréquente. Elle rencontre aussi Tom Musgrave, un très bon ami des Osbornes, qui a briser pas mal de cœur selon les rumeurs. Lui aussi aime la nouveauté, un nouveau cœur à conquérir, et peut être à briser, mais il est aussi convoité par l’une des sœurs d’Emma, persuadé qu’il est amoureux d’elle. Mais Emma n’a que d’intérêt pour M. Howard, un homme proche des Osborne, calme et discret.

J’ai beaucoup aimé les quelques pages des Watsons, en quelques chapitres court, Jane Austen a le temps de présenter les personnages, de les définir et de mettre en place le décor et le contexte, ce qui n’est pas rien. Emma est une jeune fille posée, calme, intelligente, on devine rapidement qu’elle a pu bénéficier d’une éducation supérieure à celle de ses sœurs, qu’elle a pu évoluer dans une société plus importante et plus riche aussi. De ce fait, elle ne peut s’empêcher de trouver certains membres de sa famille difficile à supporter, comme certaines de ces sœurs notamment.

C’est bien dommage que Jane Austen n’ait pas terminé ce roman, les personnages sont très prometteurs, et je suis restée sur ma faim. Avec qui finira Emma au final? Tom Musgrave? ou le calme et posé M. Howard? ou encore l’héritier des Osborne? Est ce que Tom Musgrave finira le cœur brisé à son tour?

Sanditon

Alors que les Parker sont à la recherche d’un médecin pour leur station balnéaire, un malencontreux accident de la route leur font rencontre la gentille famille Heywood. Ils confient à leurs bons soins leur fille Charlotte, pour qu’elle puisse voir un peu le monde. La petite troupe débarque à Sanditon, cette station balnéaire que les Parker s’acharnent à faire connaitre, pour la rendre aussi populaire que Bath ou Brighton. A Sanditon, il y a Lady Denham, une femme riche et veuve, Clara, une nièce qu’elle a prise sous son aile, Edward et Esther, ses neveux et nièces. Bientôt cette petite société est agrandi par l’arrivée des deux sœurs de Monsieur Parker, et de son jeune frère Sidney.

Tout comme Les Watsons, Sanditon a juste le temps de mettre en place la société de Sanditon et les personnages qui devaient évolué. Charlotte, la plus sensée, va faire connaissance avec Arthur le fils des Parker, qui ne pense qu’à manger, avec Diana, la soeur de Monsieur Parker, qui s’imagine tout le temps plein de symptômes et de maladie, mais qui s’avère très énergique quand on a besoin d’elle. Elle fait connaissance avec le jeune et séducteur Edward, qui semble intéressée par Charlotte, mais cette dernière est suffisamment clairvoyante pour comprendre qu’il n’a d’yeux que pour Clara. Et puis Charlotte discute aussi avec Lady Denham, cette femme veuve et riche que personne n’ose contredire.

A travers le regard de Charlotte, on devine tous les défauts de ces personnages, chacun ayant ses faiblesses. Quel dommage que le roman n’aille pas plus loin que cette mise en place. Le roman se termine avec l’arrivée en ville de Sidney, le frère espiègle de Monsieur Parker, qui semblait si prometteur et que nous ne verrons donc pas évoluer à Sanditon…

C’est assez frustrant au final, ces romans inachevés!

Du fond de mon cœur, lettres à ses nièces de Jane Austen

4/5

Ce petit livre regroupe des lettres écrites par Jane Austen à ses nièces favorites, Anna, Fanny et Caroline, durant les dernières années de sa vie. Elle parle de ses romans, de leurs succès en librairie, elle parle de Orgueils et préjugés, de Mansfield park, de Northanger Abbey, elle parle sans en cité le titre de son travail sur Persuasion.

Elle parle aussi beaucoup de la société qui l’entoure, des voisins, des nombreux oncles, tantes, nièces, neveux, qui leurs rendent visite à elle, Cassandra, et leur mère, Madame Austen, leur vie au cottage de Chawton. Elle encourage Anna dans ses propres travaux d’écriture, puis plus tard, la très jeune Caroline, qui s’est lancé dans l’écriture de petites histoires.

Au travers de ses lettres, elle parle parfois de choses simples, ordinaires, quotidiennes, et parfois de choses plus profondes comme le mariage, l’amour, les indécisions de sa nièce Fanny quant à ses différents prétendants. Elle conseille énormément Anna et Caroline sur les histoires qu’elles écrivent et qu’elles envoient à leur tante pour avoir son avis. Elle nous parle aussi de ces lectures, de son admiration pour Walter Scott, et cite quelques références littéraires, quelques auteurs qui l’ont marqué dans ses lectures, et elle m’a donné envie de lire certains romans qu’elle cite dans ses lettres!

Les lettres qu’elle écrit à Fanny sont plus profondes, elle l’a conseille beaucoup sur le mariage et l’influence quant aux décisions qu’elle doit prendre concernant ses prétendants. On retrouve avec ces lettres à Fanny ce qu’on peut entrevoir dans le téléfilm Miss Austen regrets, interprété par Olivia Williams dans lequel elle exprime la même chose que dans certaines des lettres qu’elle écrit à Fanny, à savoir qu’un mariage doit être fonder sur un sentiment amoureux, sous peine de risquer une union malheureuse. Elle critique aussi un peu sa nièce Anna, qui est dorénavant mariée, et qui semble enchainer les grossesses, choses que Jane Austen semble regretter et critiquer.

Au fil des lettres, on devine son état de santé se dégrader au fur et à mesure qu’on approche de sa date de décès, elle se fatigue, son teint n’est plus ce qu’il était, elle reporte certaines visites. J’ai ressenti une certaine tristesse et mélancolie en lisant ces dernières lettres.

Après son décès, Cassandra (la sœur de Jane Austen) explique à Fanny son désarroi et surtout, elle raconte les dernières heures de sa sœur dans les détails, peut être un moyen pour elle de se soulager en partageant ce qu’elle a vécut cette nuit là, un moyen d’apaiser sa tristesse. La lettre est poignante, forte, on s’imagine facilement les dernières heures de Jane, et c’est une lecture forte en émotion.

Le recueil se termine par quelques lettres des nièces de Jane, Anna et Caroline, qui sont dorénavant de vieilles dames et qui essayent de coucher sur du papier les quelques souvenirs ou émotions qu’elles ont gardés de leur tante Jane, dans le cadre d’une biographie écrite par un membre de leur famille. Anna et Caroline se remémorent leur tante tant aimée, la facilité qu’elle avait de jouer avec eux, de les aider, de les aimer, d’être toujours disponible pour eux, on sent l’amour qu’elles ressentaient pour Jane Austen, le manque qu’elles ont ressenties quand elle est morte, la déception qu’elles ressentaient quand elles allaient en visite à Chawton, et que leur tante Jane était absente.

Mais au travers de ces rares lettres écrites par Anna et Caroline, on se rend compte que Jane Austen était aussi quelqu’un de  mystérieux. Si les lettres qu’elle écrit à ses nièces nous laisse entrevoir une Jane Austen intelligente, ouverte d’esprit, sociable, gentille, douce, talentueuse pour raconter des histoires, et surtout bourrée d’humour, un humour fin, intelligent, pertinent, si ces lettres nous montre une Jane Austen pas si éloignée du caractère de certaines de ses héroïnes de romans, une Jane Austen drôle, qui écrit ses lettres aussi bien qu’elle écrit ses romans, on en sait trop peu sur ses sentiments, sur ses émotions, et sur sa vie privée. Elle ne devait pas se confiée énormément, mis à part à sa sœur Cassandra, puisque ses nièces Anna et Caroline n’ont pas su dire beaucoup de choses concernant la vie de leur tante Jane.

Le recueil inclut aussi une lettre de Fanny, la nièce préférée de Jane Austen, a qui il est demandé aussi son avis et ses souvenirs concernant sa tante. Fanny est la fille du frère de Jane Austen qui fut adopté par une riche famille pour en faire leur héritier. La mère de Fanny est issue d’une famille financièrement et socialement plus élevée. Dans cette lettre, écrite alors que Fanny est devenue une vieille dame, on sent l’aigreur de la nièce préférée, qui oublie de faire tout éloge de sa tante, loin du ton des lettres de Anna et Caroline. Elle parle de sa tante de manière négative, on ne ressent aucun amour dans cette lettre dans laquelle elle dit que sa tante n’était pas suffisamment élevée dans le rang sociale pour être intéressante, qu’elle manquait de finesse, d’éducation, de manière pour évoluer dans le monde, qu’elle se contentait de visites de voisins médiocres et que les rares occasions où elle s’élevait un peu en société, elle le devait à Fanny et sa famille, qui lui permettait de fréquenter des gens plus intéressant. Une lettre mesquine et décevante de la part de la nièce préférée, qui ne parle pas du tout de son talent d’écriture ou des nombreux conseils que sa tante à pu lui donner.

Une note explique tout de même que le ton de cette lettre venait sans doute du fait que la famille de sa mère n’a jamais appréciée Jane Austen et encore moins ses romans, que l’époque victorienne depuis laquelle Fanny écrit la lettre est plus guindée, plus moraliste, moins simple que l’époque à laquelle Jane vivait. Une note explique aussi que l’attitude de Fanny viendrait peut être du fait qu’elle se soit finalement mariée tardivement avec un homme plus âgé, alors qu’elle aurait pu se marier plus tôt avec quelqu’un de plus jeune et séduisant, si elle n’avait pas écouté les conseils de sa tante d’attendre de trouver un homme qu’elle aimerait sincèrement pour se marier…

Un recueil de lettres qui se lit tout seul, qui nous permet de retrouver le style et l’humour de Jane Austen dans un très jolie format, à ne pas manquer pour tout fan de l’auteur!

“C’est avec Chawton, que le nom de Jane Austen, en tant qu’écrivain doit être associé”. Caroline Austen.

“J’ai perdu un trésor, un sœur et une telle amie que jamais rien ne pourra la surpasser. Elle était le soleil de ma vie, l’étincelle de tous les plaisirs, le réconfort de toutes les peines, je ne lui cachais rien, c’est comme si j’avais perdue une partie de mon être.” Cassandra Austen.

 Lu dans le cadre du Mois anglais

Testament à l’anglaise de Jonathan Coe

De Jonathan Coe

4.5/5

La famille Winshaw est ancestrale, riche, connue des hautes sphères, et assoiffé de pouvoir et d’argent. Durant la seconde guerre mondiale, Godefray, l’un des frères Winshaw, meurt dans le crash de son avion de guerre, abattu par les allemands lors d’une mission. Tabitha, la sœur un peu farfelue de la famille, crie à la trahison, persuadé que leur frère ainé Lawrence à renseigné les allemands pour tuer leur jeune frère. Dans les années 80/90, l’écrivain Micheal Owen, alors qu’il vient d’entamer une carrière prometteuse de romancier, se voit proposer d’écrire la biographie de la famille Winshaw, commandé par la vieille Tabitha Winshaw, enfermée par sa famille dans un hôpital psychiatrique depuis les années 40. La grosse somme d’argent proposé par Tabitha convainc Michael Owen de se lancer sur les traces de cette famille, qui va l’obséder pendant une bonne décennie, et lui faire rencontrer tous les membres de la famille…

ça fait plusieurs années que ce roman est dans ma pal, il était grand temps de le lire! Le roman commence donc avec la mort de Godefray, le frère préféré de Tabitha, le seul de la famille qui n’était apparemment pas pourrie jusqu’à l’os. Car dans la famille Winshaw, ils sont tous plus détestables les uns que les autres, une horreur, des personnages qui proposent les pires aspects de l’humanité.

Le roman passe des années 40 aux années 80/90, avec l’introduction du personnage écrivain Michael Owen, et en flashback, on repart dans les années 50 pour voir quelques épisodes de l’enfance de Michael qui marqueront sa vie et son destin. Le roman se découpe aussi en plusieurs partie, chacune se concentrant sur un des membres de la dernière génération de la famille Winshaw, des années 50/60 jusqu’au présent, c’est à dire le début des années 90. On peut voir Henry, le politicien qui retourne sa veste et change de partie quand ça l’arrange, un homme sans scrupule, froid et sans émotion.

Dorothy, qui épouse par intérêt un agriculteur locale et transformera sa petite ferme en énorme exploitation agricole moderne, pour créer un empire alimentaire. Aucun sentiment ou amitié pour son mari, Dorothy ne pense qu’à faire de l’argent encore et toujours, peu importe l’hygiène, la maltraitance des animaux, les produits horribles pour produire plus à moindre cout, sans aucune considération pour la santé publique. Dorothy est l’une des personnes les plus exécrables de la famille Winshaw, ne mangeant pas ce qu’elle donne en pâture au peuple anglais, sachant très bien les risques potentiels. Elle n’hésiterait pas à tuer pour engranger un million de dollar supplémentaire.

On fait aussi la connaissance de Hillary, qui après avoir ruiné une entreprise en bonne santé, devient chroniqueuse dans un journal, avant de prendre le pouvoir et de virer son mentor. Ou bien Mark, aussi froid qu’un sociopathe, sa réaction à la mort de sa femme est glaçante. L’homme passe son temps à fricoter avec les dictateurs, et vendre des armes aux plus offrants.

Plus on avance dans l’histoire plus la famille Winshaw nous devient familière, et plus on ressent ce que ressent Michael Owen face à ces individus, on a des envies de meurtres. Au travers de ces portraits, Jonathan Coe nous présente un dure constat sur l’Angleterre des années Thatcher, les classes moyennes ou modestes qui s’appauvrissent, les plus riches qui s’enrichissent, le système de santé qui s’écroule, l’agriculture et l’élevage intensif qui marchent sur la tête. On est loin de l’Angleterre de carte postale, et on ne peut pas dire que ça donne envie de s’y rendre!

Les personnages sont nombreux, les Winshaw, Michael Owen, sa voisine solitaire, j’ai adoré les discussions et rencontre entre Michael Owen et le détective privé qui enquête sur les Winshaw depuis les années 50, un vieillard quelque peu pervers, à l’humour tranchant. Michael Owen est aussi un personnage intéressant, obsédé par un film vu au cinéma quand il était petit et qui ne peut s’empêcher de le regarder encore et encore à l’age adulte, traumatiser par un secret de famille qu’il découvre tardivement, et qui mettra sa vie sur pause pendant presque une décennie.

Ce qui caractérise surtout le roman de Jonathan Coe, c’est son cynisme et son humour so british, acerbe, fin, intelligent, parfois noire. Le roman est un beau pavé, mais les pages tournent toutes seules, on ne s’ennuie pas une seconde, et rien n’est superflue. Un roman riche, qui flirte avec différents genres, le drame, l’intrigue politique, la saga familiale, la romance, la réflexion sur la solitude, une vision de l’Angleterre de Thatcher, ou encore le thriller noire, et une fin digne d’un roman d’Agatha Christie. Un roman riche qui part dans beaucoup de sens mais qui ne se perd jamais en route, Jonathan Coe sait où il va, à lire!

Lu dans le cadre du Mois anglais

 

 

Ethan Frome

de Edith Wharton

4/5

Début du 20e siècle, dans un petit village du Connecticut, un homme s’installe pour quelques mois le temps d’effectuer un travail dans la région pour le compte de sa compagnie. Il rencontre alors Ethan Frome, un homme d’une cinquantaine d’année qui semble avoir vécut les pires épreuves dans sa jeunesse… 20 ans plus tôt, Ethan Frome est marié depuis sept ans à Zeena, une malade imaginaire, aigrie et sombre. Ils vivent dans la petite ferme isolée des Frome avec depuis un an maintenant, la jeune et joyeuse Mattie Silver, venue aider Zeena dans les tâches ménagères, qui se dit trop malade pour s’en occuper. Avec le temps, Ethan et Mattie tombent amoureux l’un de l’autre, mais leur relation reste platonique et silencieuse. Jusqu’au jour où Zeena décide du jour au lendemain de se débarrasser de Mattie en la renvoyant…

J’ai fais la connaissance d’Edith Wharton avec son recueil de nouvelles Fièvres romaines, que j’avais adoré, puis avec le court roman Eté. Ethan Frome traine dans ma PAL depuis des lustres, il était temps de le lire.

J’ai beaucoup aimé ma lecture. C’est un roman court, âpre, froid, le roman nous raconte en flashback la vie triste et désolée du pauvre Ethan Frome, un homme qui n’a connu aucune joie, entre la maladie de sa mère, Zeena, venu d’un village voisin pour soigner la malade et qui finalement restera pour épouser Ethan qui ne se sent pas le courage de rester seule dans sa ferme isolée.

Ethan Frome est un homme cultivé, qui connait les sciences, qui aurait pu aspirer à une vie d’ingénieur mais qui se trouve enfermé dans un mariage sans le sou, et dont le quotidien et les obligations l’ensevelissent aussi bien que la neige du Connecticut en hiver. Sa rencontre avec Mattie le ranime, le réveil, le ramène à la vie, et il se serait contenter de la côtoyer, de la voir au quotidien, de la savoir près de lui sous le même, pour le satisfaire, pour lui donner l’envie de se lever chaque matin.

C’est assez pathétique de voir cet homme qui aurait pu faire tant de chose dans sa vie, coincé dans cette ferme désolée, ne rapportant que quelques sous suffisant pour subvenir à leur besoin primaire; en flashbacks, Ethan se remémore l’été passé, ses différentes sorties avec Mattie, loin de sa femme aigrie qui s’imagine toujours malade. Mais la narration de l’histoire se déroule en grande partie en hiver, ces arbres noirs et nus qui se détachent dans la blancheur neigeuse qui recouvre tout, dans ce ciel gris acier qui ne laisse passer que de rares rayons de soleil, Edith Wharton sait décrire le paysage hivernal, la solitude, l’isolement.

Petit à petit, on apprend les conditions de vie du pauvre Ethan Frome, sa ferme qui rapporte rien, son hypothèque, sa femme qui ne fais que gaspiller le peu d’argents en livres médicaux et entrevue chez des médecins de la région, son sentiment d’emprisonnement, d’homme condamné à une peine à perpétuité. Il s’imagine s’enfuir avec la lumineuse Mattie, comme l’a fait un voisin de la région, il s’imagine que, aussi bien pour lui que pour sa femme, les choses s’amélioreront par cette séparation, mais la réalité et ses besoins matériaux, aussi bien pour la survie de sa femme que pour sa possible nouvelle vie avec Mattie le rattrapent.

C’est court, c’est parfaitement écrit, les descriptions, les dialogues, les rebondissements ne servent qu’à décrire et illustrer la vie misérable de cet homme, afin de nous faire comprendre la fin de l’histoire. Il existe une adaptation cinéma qui date des années 90 avec Liam Neeson, Patricia Arquette et Joan Allen, que je suis bien curieuse de voir du coup!

Opération sweet tooth

de Ian McEwan

3,5/5

Fin des années 60, Serena, une jeune femme belle et intelligente, fan de lecture de romans, intègre une prestigieuse université anglaise, pour étudier à son grand regret, les mathématiques. Petit ami qui s’avère gay, liaison avec un professeur beaucoup plus âgé et marié, qui lui apprendra beaucoup de choses avant d’intègrer le MI-5. Mais elle est vite déçue d’être traitée comme une simple secrétaire, pro de l’archivage. Le travail est souvent absurde, répétitif, pas du tout valorisant. Heureusement elle sympathise avec Shirley, la seule jeune femme qui n’est pas issu de famille aisée et bourgeoise. Puis vient enfin une mission intéressante pour la férue de littérature. Il s’agit d’approcher un écrivain en herbe, Tom Haley, et de lui proposer une bourse professionnelle qui lui permettra de ne plus avoir à travailler, pour pouvoir entièrement se consacré à son art. C’est l’opération sweet tooth, aider financièrement des jeunes auteurs en espérant qu’ils écrivent des romans valorisant les idées occidentales faces à l’idéologie communiste.

 Dernier roman en date pour Ian McEwan, j’ai profité de le trouver en occasion pour le lire, j’en avais entendu beaucoup de bien.

Fin des années 60, une héroïne intelligente, belle, boulimique de littérature et de romans, qui passe ses premières années d’adulte entre des études de maths qu’elle n’aime pas et un amant plus âgé qui refait toute sa culture, avant de se retrouver engagée au MI5. Là où elle pensait trouver une vie professionnelle exaltante, Serena est déçue d’être reléguée comme toute les autres employées féminines, aux archives, aux classements, aux tâches de bureaux répétitives.

Les pages tournent toutes seules, que l’on soit au presbytère avec sa famille, ou en cours de maths à l’université, on suit Serena écrire dans une revue littéraire universitaire, on la voit absorbé un nombre incroyable de romans, on la voit devenir la maitresse d’un vieux professeur, puis entrer au MI5 pour enfin rencontrer le jeune écrivain Tom Haley.

Je ne me suis pas ennuyée malgré quelques longueurs, mais cependant j’ai trouvé l’histoire est peu faible. On est plongée dans les pensées d’une héroïne bourgeoise, conservatrice, qui est restée coincée à ses années d’université. J’ai parfois été intéressée par ce personnage féminin qui se veut indépendante mais qui reste assez vieillotte dans sa tête, mais j’ai aussi été souvent agacé par son coté faible. Serena est une jeune femme qui se laisse souvent marcher sur les pieds, qui manque de passion pour appuyer ses décisions, ses choix ou tout simplement son opinion. Je n’ai pas aimé sa relation avec Caning, ce professeur qui se permet de remodeler et redéfinir la personnalité, la culture et la façon de pensée de Serena, une fille sufiisamment influençable et faible de caractère pour se laisser rééduquer par des tiers sans poser de question, Serena avalant toutes les informations dont Caning l’engraisse.

Je n’ai pas aimé non plus la manière dont elle s’écrase face à Max, ce collègue du MI5, ou encore face à ses supérieurs, alors que son boulot ne lui plait absolument pas. Le roman dépeint un monde professionnelle sexiste et discriminant quant à l’origine sociale des employés.

McEwan plonge le lecteur dans une Angleterre morose et terne, entre crise énergétique, terrorisme de l’IRA, et des relents de guerre froide, avec des politiques anti communiste. Ian McEwan prend un plaisir fou aussi à nous lâcher toute une série de références littéraire, Soljenitsyne, Jane Austen, Martin Amis, et j’en passe. A travers le personnage de Tom Haley et ses premiers pas d’écrivain publié, on plonge aussi dans le monde de l’édition, dans les nombreuses attentes et pressions des éditeurs, et dans les difficultés de création des auteurs, leur travail de création, leur source d’inspiration…

J’ai plus apprécié la seconde moitié du roman, à partir de la rencontre entre Serena et Tom, leur relation, la muse et l’écrivain, leur histoire d’amour, j’ai aussi beaucoup aimé certains personnages secondaires, comme Shirley, la meilleure amie de Serena issu d’un milieu plus populaire. Le roman se termine par une petite pirouette, une longue lettre qui reste une belle déclaration d’amour.

Toxic blues

de Ken Bruen

4/5

coup de coeur

Jack Taylor est de retour dans sa ville adorée, Galway, après quelques mois d’exil à Londres, qui ne lui auront pas du tout réussi, puisque voilà que notre détective amateur irlandais est devenu accroc à l’héroine en plus de sa dépendance à l’alcool. Il n’a pas finit de terminer son premier verre dans son bar préféré, qu’il se fait déjà aborder par Sweeper, un tinker (sorte de gitan local), qui lui demande son aide pour découvrir qui se cache derrière les meurtres violents et sadiques qui frappent sa communauté. Taylor se laisse convaincre et commence son enquête.

J’étais très contente de retrouver Jack Taylor, ce détective ex policier, alcoolique, nouvellement accroc à la drogue, qui vient de passer quelques mois à Londres pour son plus grand malheur. Toujours aussi accroc à la bouteille, toujours aussi accroc aux romans et à la lecture, en particulier les romans policiers noirs, toujours d’une humeur inégale, entre espoir et bonne humeur et mélancolie désespérée.  On retrouve les personnes (encore en vie ) qu’on a croisé dans le premier tome, Cathy l’ex punk enceinte, Jeff le barman, le pilier du bar, mais on fait aussi connaissance de Sweeper, ce leader tinker charismatique et mystérieux, qui se prend d’affection pour Taylor, ou      , flic londonien rencontré pendant son exil et qui vient lui rendre une visite.

On a droit aux habituels passages à tabac que le pauvre Taylor subit, comme d’habitude, je dois dire que je suis impressionnée par son degré de tolérance vis à vis de la violence qu’il subit, des dents qui volent, des coups dans le dos, des coups dans le nez, ça en plus de ces cuites mémorables qui le laissent dans un état second et une hygiène de vie bien mauvaise, c’est étonnant de le voir reprendre le dessus rapidement, à cinquante ans.

Les réparties sont toujours aussi cinglantes, j’ai apprécié les références littéraires et les citations de romans, j’ai adoré le voir reprendre en main sa bibliothèque, j’aime toujours autant son humour cynique et violent, sa vision noir du monde, son fatalisme, mais aussi son humanité et sa sensibilité, lui qui ne s’attache à aucun bien matériel, mais qui prend toujours les plus faibles sous sa protection, sans hésité à se mouiller le pantalon.

En bref, encore une enquête mener de manière bancale. Encore pas mal de violence, encore un Jack Taylor à la vie dissolue, encore de l’alcool, de la drogue, de l’humour  noir, mais jamais de situations dramatiques ou de personnages dépressifs.