Love and friendship

Love & Friendship : Affiche

de Whit Stillman

Kate Beckinsale, Chloé Sevigny, Stephen Fry, Xavier Samuel, Emma Greenwell, Morfydd Clark

3.5/5

Au 19e siècle, Lady Susan est une jeune veuve, mère d’une jeune fille Frederica, et encore très bien conservée. Dans la bonne société, Lady Susan a très mauvaise réputation, séductrice, aguicheuse. Après avoir dilapidée l’argent que son mari lui a laissé, elle trouve refuge chez des amis, à Langford, mais après avoir un peu trop réussi à séduire le mari, monsieur Manwaring, sa femme se charge de la mettre à la porte avec sa fille. Elle trouve ensuite refuge chez sa seule famille, son beau frère, monsieur Vernon. Mais sa belle sœur ne l’apprécie pas du tout, car elle avait manigancée autrefois, pour empêcher son mariage avec monsieur Vernon. Lady Susan, qui ne peut s’empêcher de séduire tout ce qui lui plait, se met à tourner la tête de monsieur de Courcy, le jeune frère de sa belle sœur, tout en essayant de convaincre sa fille Frederica, d’épouser un jeune idiot, bête comme ses pieds mais très riche, seul intérêt chez les hommes.

Love & Friendship : Photo Emma Greenwell, James Fleet, Jemma Redgrave, Morfydd Clark, Xavier Samuel

J’avais beaucoup aimé le roman Lady Susan, qui me faisait penser un peu aux Liaisons dangereuses. Ici Jane Austen ne se concentre pas sur des romances contrariées, l’héroïne est une femme cynique, froide, qui ne pense qu’à l’argent, qui voit sa fille comme un boulet à trainer, et qui espère la voir épouser un riche idiot histoire de se mettre à l’abri des problèmes d’argent. Lady Susan est veuve, mais est encore jeune et belle, et sait séduire qui elle veut! Elle a sur le monde un regard cynique et moqueur, ses paroles sont pleins de sarcasmes, et ne voit sa fille que comme un moyen d’obtenir un confort sécurisé.

Love & Friendship : Photo Chloë Sevigny, Kate Beckinsale

Le film reprend très bien le caractère des personnages du roman, le cynisme de Lady Susan et de sa complice madame Johnson, la naïveté de Frederica et de monsieur de Courcy, la clairvoyance de Catherine Vernon. J’ai en particulier beaucoup aimé les échanges entre Lady Susan et son amie et confidente madame Johnson, il  y a certains dialogues et conversations entre les deux femmes assez drôles, on retrouve l’humour british. Et si les hommes ont tous les droits à cette époque, ici ce sont les femmes qui sont le sexe fort. Lady Susan ne perd jamais son sang froid, et les hommes sont ici idiots, naïfs, mous, faibles, ou influençables. Elles ne voient qu’un seul intérêt aux hommes, c’est l’argent qu’ils peuvent apporter. La scène entre madame Johnson et Sir Martin, l’idiot de l’histoire, qui discute de l’infidélité qui est normal chez l’homme puisque c’est dans sa nature et qui est intolérable chez la femme, est une des scènes les plus réussies.

Love & Friendship : Photo Jenn Murray, Stephen Fry, Xavier Samuel

Un film léger, aux dialogues bien écrits, aux conversations intéressantes, aux costumes et décors somptueux, et au casting bien choisi. Ici pas de Darcy, pas d’Elisabeth Bennett, les personnages sont plus proches d’une réalité commune, aucun héros, héroïnes ou grand méchant ici, que des gens cyniques, naïfs, ou idiots. Le film dure 1h30 et je pense que c’est largement suffisant. Love and friendship est tourner presque comme une pièce de théâtre pour le cinéma, ce qui change des autres films d’époque et autre adaptations. Un film agréable, qui m’a fait sourire une ou deux fois, à voir si on est fan du roman Lady Susan ou de Jane Austen, ou des deux!

Vu dans le cadre du challenge Le mois anglais

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Jane Austen – Les Watson et Sanditon

de Jane Austen

4/5

J’ai continué le mois anglais, avec Jane Austen et ses deux romans inachevés.

Les watsons

Emma Watson n’a que peu connu sa famille, puisqu’elle a été confié quand elle était petite à sa tante riche et veuve, afin qu’elle en fasse son héritière. Mais voilà, la tante se remarie avec un colonel irlandais et là voilà qui part avec son argent en Irlande.  Emma retourne donc dans une famille qu’elle connait à peine, entre un père malade, une grande sœur bienveillante et une tripotée de frères et sœurs parfois dérangeant. Lors d’un bal, elle fait la connaissance des Osbornes, une famille de notables qui sont socialement supérieurs à la famille d’Emma. Les Osbornes et en particulier l’ainé de la famille, sont un peu sous le charme de la jeune et jolie Emma, surtout que la nouveauté dans la région n’est pas si fréquente. Elle rencontre aussi Tom Musgrave, un très bon ami des Osbornes, qui a briser pas mal de cœur selon les rumeurs. Lui aussi aime la nouveauté, un nouveau cœur à conquérir, et peut être à briser, mais il est aussi convoité par l’une des sœurs d’Emma, persuadé qu’il est amoureux d’elle. Mais Emma n’a que d’intérêt pour M. Howard, un homme proche des Osborne, calme et discret.

J’ai beaucoup aimé les quelques pages des Watsons, en quelques chapitres court, Jane Austen a le temps de présenter les personnages, de les définir et de mettre en place le décor et le contexte, ce qui n’est pas rien. Emma est une jeune fille posée, calme, intelligente, on devine rapidement qu’elle a pu bénéficier d’une éducation supérieure à celle de ses sœurs, qu’elle a pu évoluer dans une société plus importante et plus riche aussi. De ce fait, elle ne peut s’empêcher de trouver certains membres de sa famille difficile à supporter, comme certaines de ces sœurs notamment.

C’est bien dommage que Jane Austen n’ait pas terminé ce roman, les personnages sont très prometteurs, et je suis restée sur ma faim. Avec qui finira Emma au final? Tom Musgrave? ou le calme et posé M. Howard? ou encore l’héritier des Osborne? Est ce que Tom Musgrave finira le cœur brisé à son tour?

Sanditon

Alors que les Parker sont à la recherche d’un médecin pour leur station balnéaire, un malencontreux accident de la route leur font rencontre la gentille famille Heywood. Ils confient à leurs bons soins leur fille Charlotte, pour qu’elle puisse voir un peu le monde. La petite troupe débarque à Sanditon, cette station balnéaire que les Parker s’acharnent à faire connaitre, pour la rendre aussi populaire que Bath ou Brighton. A Sanditon, il y a Lady Denham, une femme riche et veuve, Clara, une nièce qu’elle a prise sous son aile, Edward et Esther, ses neveux et nièces. Bientôt cette petite société est agrandi par l’arrivée des deux sœurs de Monsieur Parker, et de son jeune frère Sidney.

Tout comme Les Watsons, Sanditon a juste le temps de mettre en place la société de Sanditon et les personnages qui devaient évolué. Charlotte, la plus sensée, va faire connaissance avec Arthur le fils des Parker, qui ne pense qu’à manger, avec Diana, la soeur de Monsieur Parker, qui s’imagine tout le temps plein de symptômes et de maladie, mais qui s’avère très énergique quand on a besoin d’elle. Elle fait connaissance avec le jeune et séducteur Edward, qui semble intéressée par Charlotte, mais cette dernière est suffisamment clairvoyante pour comprendre qu’il n’a d’yeux que pour Clara. Et puis Charlotte discute aussi avec Lady Denham, cette femme veuve et riche que personne n’ose contredire.

A travers le regard de Charlotte, on devine tous les défauts de ces personnages, chacun ayant ses faiblesses. Quel dommage que le roman n’aille pas plus loin que cette mise en place. Le roman se termine avec l’arrivée en ville de Sidney, le frère espiègle de Monsieur Parker, qui semblait si prometteur et que nous ne verrons donc pas évoluer à Sanditon…

C’est assez frustrant au final, ces romans inachevés!

Lady Susan

de Jane Austen

4/5

Lady Susan, jolie veuve de 35 ans, est une véritable peste, hypocrite et menteuse, et adore faire tourner son monde en bourrique. Avec son jolie minois, la société est prête à lui décrocher la lune, surtout les hommes, alors qu’en réalité, Lady Susan n’est que mépris, condescendance et haine. Après avoir séduit le mari du couple qui l’a accueilli durant quelques mois, Lady Susan décide de rendre visite à son beau frère.

ça faisait longtemps que je ne m’étais pas plongé dans les romans de Jane Austen, le mois anglais m’a permis de le faire. Je n’ai toujours pas lu Mansfield park, j’ai préféré d’abord me lancer dans Lady Susan.

J’ai beaucoup aimé ce court roman, écrit par l’auteur dans sa jeunesse et laissé de coté. Il a finalement été publié après sa mort. D’après une note de l’éditeur, Lady Susan a été laissé de coté par l’auteur, qui espérait le réécrire sous une autre forme que épistolaire.

Le roman m’a beaucoup fait penser aux liaisons dangereuses, cette femme qui arrive par sa beauté et son charme légendaires à séduire n’importe qui, et à faire oublier tous les témoignages négatifs énoncés par les précédentes victimes de Lady Susan. C’est le cas de Réginald, le frère de madame Vernon, la femme du beau frère de Lady Susan. Les lettres que s’envoient Lady Susan et sa confidente, la seule personne avec qui elle se montre sous son vrai jour, et parle honnêtement de ses sentiments et de ces intentions. Ces lettres sont cyniques et on peut voir tout le coté sournois de Lady Susan. Dans les lettres de Madame Vernon avec sa mère, elle nous montre qu’elle comprend le jeu de Lady Susan et sa fausseté, toujours à se cacher derrière un visage et des manières charmantes. L’enjeu du roman c’est Frédérica, la jeune fille de Lady Susan, qui a toujours été négligé par sa mère mais qui s’y intéresse enfin, maintenant que sa fille à 16 ans, elle veut un mariage riche pour elle, afin d’en profiter aussi sans pour autant devoir se remarier. Car Lady Susan est avant tout une femme indépendante et libre, et qui n’a pas envie de s’enchainer à nouveau à un mari.

En bref, un court roman qui se lit vite, les lettres sont passionnantes et tellement bien tourner que je pouvais voir dans ma tête les scènes s’enchainer, on a presque pas l’impression de lire seulement une simple succession de lettres, elles sont bien explicites, et le lecteur connait parfaitement chaque personnages, même ceux qui n’écrivent pas de lettres eux même.

Une adaptation cinéma va bientôt sortir, et c’est étonnant qu’il n’y ait pas eu de version ciné ou télé avant, car Lady Susan est tellement bien écrite, dans ses personnages et leurs sentiments, que les scénaristes n’auront pas besoin de beaucoup de boulot pour en faire un scénario assez étoffé. Hâte de voir ce que va donner cette adaptation.

Lu dans le mois anglais

 

Du fond de mon cœur, lettres à ses nièces de Jane Austen

4/5

Ce petit livre regroupe des lettres écrites par Jane Austen à ses nièces favorites, Anna, Fanny et Caroline, durant les dernières années de sa vie. Elle parle de ses romans, de leurs succès en librairie, elle parle de Orgueils et préjugés, de Mansfield park, de Northanger Abbey, elle parle sans en cité le titre de son travail sur Persuasion.

Elle parle aussi beaucoup de la société qui l’entoure, des voisins, des nombreux oncles, tantes, nièces, neveux, qui leurs rendent visite à elle, Cassandra, et leur mère, Madame Austen, leur vie au cottage de Chawton. Elle encourage Anna dans ses propres travaux d’écriture, puis plus tard, la très jeune Caroline, qui s’est lancé dans l’écriture de petites histoires.

Au travers de ses lettres, elle parle parfois de choses simples, ordinaires, quotidiennes, et parfois de choses plus profondes comme le mariage, l’amour, les indécisions de sa nièce Fanny quant à ses différents prétendants. Elle conseille énormément Anna et Caroline sur les histoires qu’elles écrivent et qu’elles envoient à leur tante pour avoir son avis. Elle nous parle aussi de ces lectures, de son admiration pour Walter Scott, et cite quelques références littéraires, quelques auteurs qui l’ont marqué dans ses lectures, et elle m’a donné envie de lire certains romans qu’elle cite dans ses lettres!

Les lettres qu’elle écrit à Fanny sont plus profondes, elle l’a conseille beaucoup sur le mariage et l’influence quant aux décisions qu’elle doit prendre concernant ses prétendants. On retrouve avec ces lettres à Fanny ce qu’on peut entrevoir dans le téléfilm Miss Austen regrets, interprété par Olivia Williams dans lequel elle exprime la même chose que dans certaines des lettres qu’elle écrit à Fanny, à savoir qu’un mariage doit être fonder sur un sentiment amoureux, sous peine de risquer une union malheureuse. Elle critique aussi un peu sa nièce Anna, qui est dorénavant mariée, et qui semble enchainer les grossesses, choses que Jane Austen semble regretter et critiquer.

Au fil des lettres, on devine son état de santé se dégrader au fur et à mesure qu’on approche de sa date de décès, elle se fatigue, son teint n’est plus ce qu’il était, elle reporte certaines visites. J’ai ressenti une certaine tristesse et mélancolie en lisant ces dernières lettres.

Après son décès, Cassandra (la sœur de Jane Austen) explique à Fanny son désarroi et surtout, elle raconte les dernières heures de sa sœur dans les détails, peut être un moyen pour elle de se soulager en partageant ce qu’elle a vécut cette nuit là, un moyen d’apaiser sa tristesse. La lettre est poignante, forte, on s’imagine facilement les dernières heures de Jane, et c’est une lecture forte en émotion.

Le recueil se termine par quelques lettres des nièces de Jane, Anna et Caroline, qui sont dorénavant de vieilles dames et qui essayent de coucher sur du papier les quelques souvenirs ou émotions qu’elles ont gardés de leur tante Jane, dans le cadre d’une biographie écrite par un membre de leur famille. Anna et Caroline se remémorent leur tante tant aimée, la facilité qu’elle avait de jouer avec eux, de les aider, de les aimer, d’être toujours disponible pour eux, on sent l’amour qu’elles ressentaient pour Jane Austen, le manque qu’elles ont ressenties quand elle est morte, la déception qu’elles ressentaient quand elles allaient en visite à Chawton, et que leur tante Jane était absente.

Mais au travers de ces rares lettres écrites par Anna et Caroline, on se rend compte que Jane Austen était aussi quelqu’un de  mystérieux. Si les lettres qu’elle écrit à ses nièces nous laisse entrevoir une Jane Austen intelligente, ouverte d’esprit, sociable, gentille, douce, talentueuse pour raconter des histoires, et surtout bourrée d’humour, un humour fin, intelligent, pertinent, si ces lettres nous montre une Jane Austen pas si éloignée du caractère de certaines de ses héroïnes de romans, une Jane Austen drôle, qui écrit ses lettres aussi bien qu’elle écrit ses romans, on en sait trop peu sur ses sentiments, sur ses émotions, et sur sa vie privée. Elle ne devait pas se confiée énormément, mis à part à sa sœur Cassandra, puisque ses nièces Anna et Caroline n’ont pas su dire beaucoup de choses concernant la vie de leur tante Jane.

Le recueil inclut aussi une lettre de Fanny, la nièce préférée de Jane Austen, a qui il est demandé aussi son avis et ses souvenirs concernant sa tante. Fanny est la fille du frère de Jane Austen qui fut adopté par une riche famille pour en faire leur héritier. La mère de Fanny est issue d’une famille financièrement et socialement plus élevée. Dans cette lettre, écrite alors que Fanny est devenue une vieille dame, on sent l’aigreur de la nièce préférée, qui oublie de faire tout éloge de sa tante, loin du ton des lettres de Anna et Caroline. Elle parle de sa tante de manière négative, on ne ressent aucun amour dans cette lettre dans laquelle elle dit que sa tante n’était pas suffisamment élevée dans le rang sociale pour être intéressante, qu’elle manquait de finesse, d’éducation, de manière pour évoluer dans le monde, qu’elle se contentait de visites de voisins médiocres et que les rares occasions où elle s’élevait un peu en société, elle le devait à Fanny et sa famille, qui lui permettait de fréquenter des gens plus intéressant. Une lettre mesquine et décevante de la part de la nièce préférée, qui ne parle pas du tout de son talent d’écriture ou des nombreux conseils que sa tante à pu lui donner.

Une note explique tout de même que le ton de cette lettre venait sans doute du fait que la famille de sa mère n’a jamais appréciée Jane Austen et encore moins ses romans, que l’époque victorienne depuis laquelle Fanny écrit la lettre est plus guindée, plus moraliste, moins simple que l’époque à laquelle Jane vivait. Une note explique aussi que l’attitude de Fanny viendrait peut être du fait qu’elle se soit finalement mariée tardivement avec un homme plus âgé, alors qu’elle aurait pu se marier plus tôt avec quelqu’un de plus jeune et séduisant, si elle n’avait pas écouté les conseils de sa tante d’attendre de trouver un homme qu’elle aimerait sincèrement pour se marier…

Un recueil de lettres qui se lit tout seul, qui nous permet de retrouver le style et l’humour de Jane Austen dans un très jolie format, à ne pas manquer pour tout fan de l’auteur!

“C’est avec Chawton, que le nom de Jane Austen, en tant qu’écrivain doit être associé”. Caroline Austen.

“J’ai perdu un trésor, un sœur et une telle amie que jamais rien ne pourra la surpasser. Elle était le soleil de ma vie, l’étincelle de tous les plaisirs, le réconfort de toutes les peines, je ne lui cachais rien, c’est comme si j’avais perdue une partie de mon être.” Cassandra Austen.

 Lu dans le cadre du Mois anglais