Dernière séance: Nomadland

Nomadland

de Chloé Zhao

Frances McDormand, David Straithairn, Linda May, Charlene Swankie, Bob Wells

4/5

Dans la petite ville de Empire, en 2011, la crise économique a entrainé la fermeture de l’usine de plâtre qui fait vivre la ville et ses habitants. Fern, déjà endeuillée par la mort de son mari, perd tous ce qui fait sa vie, sa ville, sa maison, les habitants, ses amis. La ville étant devenue vide de vie, Fern n’a plus d’autre choix que de partir. Ne sachant où aller elle s’installe dans sa camionette aménagée en camping. Après avoir travaillée comme saisonnière pour amazon le temps des fêtes de fin d’année, Fern décide de suivre une amie dans un camp installé dans le désert, dans lequel se réunit ceux qui vivent de manière ambulante, dans des camping car, van, camionette et qui parcourt le pays. Elle y récolte conseils et astuces. Ainsi Fern entame une nouvelle vie de nomade, parcourant le pays au gré des boulots saisonniers qui lui permettent de vivre

Nomadland

Dès les premières minutes du film on est touché par la violence discrète que renferme certaines scènes. Apprendre qu’une ville entière peut être définitivement rayée d’un pays suite à une crise financière, avec annulation d’un code postal, c’est violent. Fern déjà veuve, perd tous ce qui l’a rattachait à son passé heureux. Sa maison, sa ville devenue ville fantôme et les habitants qu’elle connaissait bien. Une maison qui ne vaut rien dans une ville qui n’est plus, quelques cartons enfermés dans un box et sa vielle camionette dans laquelle Fern décide de vivre.

Nomadland

Fern devenue nomade, parcours le pays dans sa camionette. Elle fait des rencontres, parfois éphémères, parfois plus longues, mais toujours prodondes. Les parcs nationaux en été où elle travaille comme agent d’entretien ou d’accueil, le Nebraska en automne pour le ramassage des betteraves, amazon à noel. On découvre un mode de vie qui rejette le traditionnel maison, voiture, enfants, métro, boulot, dodo. Certains n’ont pas vraiment le choix comme Linda May qui après avoir élevé deux enfants et avoir travaillé depuis l’âge de 12 ans, ne se voit proposer que 500 dollars de retraite, David lui fuit ses erreurs passées, Swankie cherche à vivre de jolies choses avant de rendre les armes, certains sont en quête de liberté en prenant la route, d’autres refusent d’attendre la retraite pour vivre de belles choses. Certains veulent changer de vie, d’autres veulent retrouver une liberté perdue, d’autres veulent fuir des drames personnels, ou se détacher de biens matériels. J’ai apprécié qu’il n’y ait ni drame exceptionnel, ni rebondissements mélodramatiques. Des touches d’humour, des liens qui se font ou se défont, de jolies moments, d’autres plus difficiles, l’occasion de voir de belles images.

Nomadland: Frances McDormand, David Strathairn

Contrairement à ce que je pensais Nomadland ne parle pas vraiment des effets de la crise économique; le film est plutot une critique du mode de vie des pays occidentaux qui aurait perdu tout sens. Le film aborde un peu les effets de la crise économique mais parle également de crise sociale, du mal être. Nomadland parle également de deuil sous différentes formes. Fern et beaucoup d’autre personnes qu’elle rencontre ne se remettent pas ou difficilement de la perte d’un être cher.

Nomadland

Chloé Zhao nous filme une amérique loin des sentiers battus, des paysages grandioses mais aussi des moments plus difficiles. Elle ne fait pas la publicité de cette vie nomade qui aurait pu être montrée de manière idéalisée. Ici la réalisatrice nous montre les bons côtés de cette vie atypique mais également les difficultés, le manque de confort, l’incertitude. Mais le plus gros point fort reste bien sur la présence de Frances McDormand. Toujours aussi excellente, elle nous emmène dans ce voyage, dans la découverte de qui elle est vraiment. Frances McDormand crève l’écran, elle sait faire passer des émotions avec peu ou pas de mots, elle est lumineuse. A voir.

Dernière séance: 3 billboards outside Ebbing Missouri

3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance : Affiche

de Martin McDonagh

Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Lucas Hedges, Peter Dinklage, Clarke Peters

4,5/5

Ca fait 9 mois que Mildred Hayes a perdu sa fille, sauvagement assassinée par un inconnu sur une route déserte. La police n’a jamais eu la moindre piste et le crime reste impuni. Mildred, en colère, décide de louer les 3 panneaux publicitaires à l’entrée de la ville pour y afficher un message critiquant l’inefficacité de la police en citant le nom du chef de la police local, William Willoughby.

3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance : Photo Frances McDormand

Tout le monde en parle depuis quelque temps, surtout depuis les Golden globes qui ont consacré le film avec le golden globes du meilleur film, du meilleur scénario, de la meilleur actrice et du meilleur acteur masculin dans un second rôle.

3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance : Photo Sam Rockwell, Woody Harrelson

Tout le monde le dit favori pour les oscars, et franchement, je vois pas quel film mériterait plus l’oscar que 3 billboards. La première chose que je me suis dit en sortant de la séance, c’est que ça allait être difficile de faire mieux pour 2018.

3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance : Photo Frances McDormand, Sam Rockwell

3 billboards se présente comme un film policier, mais l’enquête policière n’est pas très présente, ici pas de suspect, pas d’enquête, pas d’indice. On nous parle de l’Amérique profonde, celle qui est loin des paillettes, avec les communautés, le racisme, l’ignorance.

3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance : Photo Frances McDormand, Woody Harrelson

Le point fort du film ce sont les personnages, que ce soit le chef de la police Willoughby qui doit faire face à une maladie incurable et à des agents de police raciste et inculte, Dixon l’agent de police qui se prend pour un cow boy et qui baigne dans la violence, Mildred qui a soif de vengeance et de justice, tous les personnages sont dans le gris. Pas de manichéisme, il n’y a pas de bons et de méchants, chacun à sa part de noirceur, de bêtises, de sagesse, de coup de génie.

3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance : Photo Frances McDormand

Frances Mcdormand crève l’écran dans le rôle de cette mère hors norme que rien n’effraie quand il s’agit de rendre justice à sa fille. Elle mérite l’oscar mais elle n’est pas seule à crevée l’écran dans 3 billboards, j’ai adoré la performance de Woody Harrelson dans le rôle du chef de police et Sam Rockwell dans le rôle de Dixon, qui confirme ici son talent. Chaque personnage, avec ses défauts, ses faux pas, ses atrocités parfois, sont attachants chacun à sa façon, profond, très vrai.

3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance : Photo Frances McDormand, John Hawkes, Lucas Hedges

L’autre point fort c’est le scénario. On ne sait pas ce qui va se passer d’une scène à l’autre, j’ai été surprise plusieurs fois par la tournure des choses, ce qui n’est pas souvent le cas, l’histoire, les faits, sont au plus proche de la réalité, c’est à dire imprévisibles. Dans la réalité, tout peut arriver et en même temps il arrive aussi que rien n’arrive.

3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance : Photo Frances McDormand

Les dialogues sont aussi très forts et le film a surtout réussi à doser comme il faut la violence, la réalité, la noirceur et l’humour, car le film est très souvent drôle, notamment avec le franc parler de Mildred.

J’ai adoré 3 billboads, un film sur l’humanité, dans toute sa splendeur et dans toute son horreur. J’ai pas vu le temps passé, j’étais complètement dans le film, l’intrigue, les personnages. Harrelson, Rockwell et McDormand mériteraient tous les trois d’avoir un oscar pour leurs performances. A ne pas manquer.