Timbuktu

Timbuktu : Affiche

de Abderrahmane Sissako

Ibrahim Ahmed, Touulou Kiki, Layla Walet Mohamed, Abel Jafri, Ichem Yacoubi, Adel Mahmoud Cherif

3.5/5

aujourd’hui à Tombouctou, les extrémistes religieux ont pris le pouvoir et imposé à la population leurs lois. En ville, les brigades veille à ce que les règles soient appliquées, interdiction de chanter, interdiction de fumer, interdiction de jouer au foot. Les gardes passent leurs journées de manière nonchalante, à surveiller les habitants dans les ruelles de la ville, intransigeant sauf pour la “sorcière du coin”, qui passe ses journées à marcher dans des tenues jugées indécentes et qui insulte en toute impunités les brigades religieuses. Kidane, est un éleveur de vaches, vit en paix avec sa femme Satima et leur fille Toya, sous leur tente loin de la ville. Tout bascule quand Amoudou le pêcheur tue l’une des vaches de Kidane, venue s’empêtrer dans ses filets de pêche.

Timbuktu : Photo

J’ai hésité avant d’aller voir le film, j’avais envie de rire un peu, et puis j’ai fait un petit effort, et au lieu d’aller voir les pingouins de Madagascar, je suis allée voir timbuktu.

J’ai tout de suite plongée dans le quotidien de ces habitants réglé et brimé par les règles de ces extrémistes religieux, interdisant de manière arbitraire, tous ce qui peut égayer une vie. J’ai aimé que le film ne tombe pas dans la violence spectacle, que le quotidien ne soit pas forcément marqué tout les jours par un acte de violence ou d’injustice. Certaines passages sont hypnotisant et intéressants à voir, comme la discussion entre les extrémistes et l’imam qui essaye tant bien que mal aux extrémistes leurs erreurs.

Timbuktu : Photo

Le film est court, mais pour autant, j’ai eu l’impression que le réalisateur n’a pas assez travaillé le scénario, car Timbuktu n’est pas un documentaire. ça part un peu dans tout les sens, c’est une succession de scénètes, plus ou moins réussi, certaines ayant une valeur artistique ou un intérêt particulier, comme la scènes où de jeunes garçons jouent au foot sans ballon, confisqué par les extrémistes, ou encore une femme fouettée sur la place publique pour avoir chantée chez elle.

Seule l’histoire de l’éleveur Kidane et sa famille, et le drame qui entrainera la destruction de leur vie calme, paisible, heureuse, entourée d’amour, détruite par un acte de violence absurde, causée par la mort d’une vache. J’ai eu beaucoup d’empathie pour cette famille, on s’attache beaucoup à ces trois personnages, qui sont au finale, les rares personnages qui sont vraiment développés.

Timbuktu nous montre l’absurdité des règles imposées par les extrémistes, les lois et les sanctions appliquées, sans tomber dans le misérabilisme, le mélo ou l’émotion exacerbée. Tout semble fait pour anéantir toute chose qui permet d’égayer le quotidien, de faire sourire ou de détendre les habitants. A travers les discussions entre les personnages, le réalisateur fait comprendre aux spectateurs l’absurdité, le non sens de ces règles de vie, qui ne sont même pas en osmose avec la religion. Malgré le contexte dure, le film ne manque pas de petites scènes qui apportent un peu d’humour. A voir pour son sujet très intéressant, pour voir la vie de ses habitants que l’on ne connait pas forcément, pour voir ces acteurs peu connu qui nous offrent de belles performances, même si sur le plan cinématographique le film n’est pas sans défaut.

Gatsby

Gatsby le Magnifique : Affiche

de Baz Luhrman

Leonardo Dicaprio, Carey Mulligan, Tobey Maguire,

3,5/5

Nick Carraway est venu à New York pour tenter de réussir dans la finance. Il loue à Long Island une petite maison qui se trouve être voisine d’un énorme manoir, appartenant au mystérieux Gatsby, qui donne des fêtes somptueuses tout les week end. Un soir, il fait sa connaissance.

J’ai lu le roman il y a quelques mois, et j’avais beaucoup aimé. J’avais beaucoup apprécié le style, la plume, l’atmosphère que l’auteur a su créer pour nous parler d’une génération superficielle et insouciante. Le roman et l’écriture étaient vraiment sobres et subtiles et j’étais curieuse de voir son adaptation par le réalisateur de Roméo + Juliette, Moulin rouge ou de Ballroom dancing, des films baroques, riches et parfois légèrement kitsch.

En sortant de la salle je ne savais pas trop si j’avais aimé le film ou pas. Dans la première moitié, pas mal de choses m’ont dérangé par rapport au roman, souvent les personnages sont un peu trop simplifiés, leurs personnalité, leur réaction, les choses sont plus subtiles et plus complexes dans le roman. Dans la seconde moitié, ça se ressent moins, mais ça reste toujours le cas.

La mise en scène et la musique (instrumental) rappelle beaucoup ces autres films, Romeo + Juliette et Moulin rouge, on reconnait parfaitement le style de Luhrman, il s’est approprié l’histoire et en a fait ce qu’il a voulu. J’ai beaucoup aimé les costumes et la BO avec des enregistrements de chansons pop arrangés à la sauce des années 30.

Gatsby le Magnifique : Photo

J’ai trouvé les acteurs tous très convaincants, Dicaprio dans le rôle de Gatsby qui rêve de prendre sa revanche sur ses origines modestes, Carey Mulligan si jolie comme une poupée, mais dont le masque s’effrite face à la vérité, et Tobey Maguire dans le rôle du jeune Carraway éblouit par son monde et qui assiste à l’effondrement des illusions. En cela le film est réussi, mais je trouve que Baz Lurhman rate un peu le sujet essentiel du roman, avec la seconde moitié du film, on a l’impression que Lurhman se focalise sur un de ses sujets préférés, celui des amours contrariés ou impossibles, et délaisse les sujets plus intéressants, tel que la décadence et la superficialité de la génération présentée, ou encore l’absurdité de la vie, son sens vain, la prise de conscience de Carraway en assistant depuis les coulisses à la déchéance de ces amis.

La fin est un peu longuette, des discours inutiles, qui rajoutent une longueurs qui alourdie le film.

En bref, un film visuellement très beau, une reconstitution baroque réussie, des acteurs convaincants, et on se sent comme hypnotisé par le film du début à la fin. Dommage que Lurhman ait un peu oublié le sujet du roman, à moins qu’il n’est voulu s’en éloigné volontairement. Après tout, une adaptation n’a pas a être fidèle au roman d’origine, le réalisateur peut très bien prendre la décision de s’en servir comme base et d’en faire ce qu’il souhaite.

Mud

Mud - Sur les rives du Mississippi : Affiche

de Jeff Nichols

Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Jacob Lofland, Sam Sheppard, Sarah Paulson, Ray McKinnoon

4,5/5

coup coeur

Neckbone et Ellis sont deux gamins qui vivent en Arkansas sur les bords du fleuve Mississippi. Un matin à l’aube, ils décident de se rendre à bord de leur canot à moteur, sur une ile désert au milieu du fleuve. Ils veulent s’approprier un bateau perché en haut d’un arbre, apporter là par les dernières inondations. Alors qu’ils pensaient que le navire et l’ile étaient inhabités, ils rencontrent Mud, un homme étrange, qui dit être arrivé sur l’ile quelques jours auparavant. En manque de nourriture, ils proposent aux deux garçons un marché: si ils apportent certaines choses dont il a besoin pour partir, il leur laissera le bateau perché à son départ. Neckbone est méfiant et n’a pas envie de négocier avec Mud, mais Ellis est quelque peu fasciné par le monsieur et décide d’accepter.

Mud - Sur les rives du Mississippi : photo Sam Shepard

J’avais vu et beaucoup apprécié le précédent film de Jeff Nichols, Take shelter, et j’étais très curieuse de voir Mud. J’y suis allée sans avoir vu la bande annonce, je ne me suis presque pas renseignée sur l’histoire, et c’est pas plus mal je trouve.

J’ai donc beaucoup aimé Mud, je l’ai trouvé supérieur à Take shelter qui est plus mystique, et qui possède une vraie puissance, mais Mud m’a au finale plus marqué.

Mud - Sur les rives du Mississippi : Photo Tye Sheridan

Le film se déroule sur les bords du fleuve Mississippi, dans le fin fond de l’Arkansas, où des restructurations importantes se font, notamment la destruction progressive de ces maisons précaires, sur pilotis, où vit le jeune Ellis avec ses parents, son père qui vit de la pêche de crabe grâce au fleuve, et sa mère qui ne rêve que de changement et de déménager en ville.

Mud - Sur les rives du Mississippi : photo Matthew McConaughey, Tye Sheridan

Jeff Daniels a su nous faire ressentir à l’écran la moiteur, la chaleur et la lourdeur du climat du fleuve, c’est, comme pour take shelter, très bien filmé, et on ne voit pas le temps passé durant le film, je m’étais un peu ennuyé pendant take shelter ce ne fut pas le cas ici.

Mud - Sur les rives du Mississippi : photo Matthew McConaughey, Tye Sheridan

Comme pour son précédent film, il a su s’entourer de très bons acteurs et a su les diriger à la perfection. Matthew McConaughey tient là l’un de ses meilleures rôles et l’une de ses meilleures prestation, mais les deux enfants, Ellis et Neckbone (Tye Sheridan et Jacob Lofland) lui voleraient presque la vedette (ce sont les deux héros du film pour moi), ils sont vraiment excellents dans leurs rôles, et leurs deux personnages sont très attachants et touchants, entre Ellis qui croit à l’amour avec un grand A alors qu’il n’est entouré que de preuves contraires, et Neckbone, qui a plus le sens des réalité que son ami. J’ai adoré voir à l’écran leur enfance, leurs aventures, leurs espoirs, leur naiveté, leur témérité, ce sont de vrais enfants, qui ne sont pas idéalisés, j’ai eu parfois l’impression d’avoir affaire à Tom Sawyer et Huck Finn ou de me retrouver devant certains films de mon enfance (DARYL, les goonies… mais avec un coté bien plus réaliste bien sur).

Je me suis laissée empoter par l’enthousiasme des deux enfants, de leurs aventures et mésaventures, de leurs voyages sur l’ile, de leurs discussions avec Mud, j’ai avancé doucement, au rythme du film, pour en apprendre plus sur Mud, son passé, son histoire. A coté de l’histoire de Mud, on découvre aussi la vie de cette région, les maisons sur pilotis sur la rive du fleuve, la nouvelle loi qui veut leur destruction, la survie grâce à la pêche en tout genre…

En bref, un film sur la fin de l’enfance, l’amitié, la loyauté, l’amour, qui nous raconte le quotidien d’une région. J’ai adoré me laisser porter par les histories des différents personnages, Ellis et Neckbone, mais aussi les parents d’Ellis, qui ne sont plus d’accord, Blankenship, le voisin d’Ellis qui connait le passé de Mud, j’ai adoré me laisser surprendre, et j’ai adoré que certains clichés soient heureusement évités, à ne pas rater!

Shadow dancer

Shadow Dancer : affiche

de

Andrea Riseborough, Clive Owen, Gillian Anderson, Brid Brennan

3.5/5

Début des années 90, Collette est veuve et mère d’un petit garçon. Elle vit à Belfast et fait partie de l’IRA, surtout pour faire plaisir à ses frères. Alors qu’elle se trouve à Londres avec la mission de déposer une bombe dans le métro, elle se fait arrêter par les services secrets. L’un des agents, Mac, lui propose alors un marché, coopérer avec eux. Elle devra rentrer chez elle, et devenir leur indic. Soit elle accepte ce marché, soit elle sera arrêter pour terrorisme. Mac est persuadé qu’elle acceptera le marché, car Collette n’est pas une activiste convaincue, vu qu’elle n’enclenche jamais le mécanisme des bombes qu’elle est supposées faire exploser. Elle accepte le marché, pensant surtout à son fils qu’elle ne veut pas voir grandir sans mère. Elle rentre donc chez elle.

Shadow Dancer : photo Andrea Riseborough

La bande annonce m’avait intrigué, et puis le casting vient en bonus, sans parler du sujet qui m’intéresse aussi. Le film commence assez bien, on suit collette dans les couloirs du métro londonien, et la tension est déjà palpable. Ici, rien n’est glamour ou romancé. La situation dans laquelle se met Collette n’est pas enviable, tiraillée entre son amour pour sa famille, sa loyauté, et l’amour qu’elle a pour son fils, son espoir de le voir grandir, et de ne pas être traumatisé par la disparition de sa mère que ce soit par la prison ou par une exécution par l’IRA pour trahison, qui lui pend d’ailleurs au nez.

Shadow Dancer : photo Andrea Riseborough, Clive Owen

J’ai bien aimé que la relation entre Collette et son agent Mac ne vire pas au romantisme, bien au contraire. J’ai aussi beaucoup aimé voir Collette géré plus ou moins bien la situation, entre la pression que représente les attentes de Mac, la pression des soupçons du chef locale de l’IRA, celle de ses frères et de sa mère qu’elle ne veut pas trahir ou encore la confiance de son fils qui ne supporte pas quand sa mère n’est pas là et qui fait encore pipi au lit à son âge.

Shadow Dancer : photo Andrea Riseborough

Shadow Dancer : photo Brid Brennan

Le film est assez lent, passé le premier quart d’heure il ne se passe finalement pas énormément de chose durant l’heure qui suit, jusqu’à la fin, qui m’a surprise, deux rebondissements auxquels je ne m’attendais pas.

Shadow Dancer : photo Gillian Anderson

Shadow Dancer : photo Clive Owen

En bref, un film intéressant, un sujet intéressant, des personnages qui sortent des sentiers battus, surtout concernant Collette, et de très bons acteurs, à commencer par Andrea Riseborough, excellente dans le rôle de cette mère de famille qui ne veut pas perturber l’enfance de son fils, et puis ça fait toujours plaisir de revoir Gillian Anderson, même si ce n’est qu’un second role. Shadow Dancer est un film tout de même froid, c’est assez clinique dans sa manière de traité le sujet et ses personnages, et si on est assez tendu quant à leur destinée, on ne se sent pas trop attaché à eux non plus.