Ethan Frome

de Edith Wharton

4/5

Début du 20e siècle, dans un petit village du Connecticut, un homme s’installe pour quelques mois le temps d’effectuer un travail dans la région pour le compte de sa compagnie. Il rencontre alors Ethan Frome, un homme d’une cinquantaine d’année qui semble avoir vécut les pires épreuves dans sa jeunesse… 20 ans plus tôt, Ethan Frome est marié depuis sept ans à Zeena, une malade imaginaire, aigrie et sombre. Ils vivent dans la petite ferme isolée des Frome avec depuis un an maintenant, la jeune et joyeuse Mattie Silver, venue aider Zeena dans les tâches ménagères, qui se dit trop malade pour s’en occuper. Avec le temps, Ethan et Mattie tombent amoureux l’un de l’autre, mais leur relation reste platonique et silencieuse. Jusqu’au jour où Zeena décide du jour au lendemain de se débarrasser de Mattie en la renvoyant…

J’ai fais la connaissance d’Edith Wharton avec son recueil de nouvelles Fièvres romaines, que j’avais adoré, puis avec le court roman Eté. Ethan Frome traine dans ma PAL depuis des lustres, il était temps de le lire.

J’ai beaucoup aimé ma lecture. C’est un roman court, âpre, froid, le roman nous raconte en flashback la vie triste et désolée du pauvre Ethan Frome, un homme qui n’a connu aucune joie, entre la maladie de sa mère, Zeena, venu d’un village voisin pour soigner la malade et qui finalement restera pour épouser Ethan qui ne se sent pas le courage de rester seule dans sa ferme isolée.

Ethan Frome est un homme cultivé, qui connait les sciences, qui aurait pu aspirer à une vie d’ingénieur mais qui se trouve enfermé dans un mariage sans le sou, et dont le quotidien et les obligations l’ensevelissent aussi bien que la neige du Connecticut en hiver. Sa rencontre avec Mattie le ranime, le réveil, le ramène à la vie, et il se serait contenter de la côtoyer, de la voir au quotidien, de la savoir près de lui sous le même, pour le satisfaire, pour lui donner l’envie de se lever chaque matin.

C’est assez pathétique de voir cet homme qui aurait pu faire tant de chose dans sa vie, coincé dans cette ferme désolée, ne rapportant que quelques sous suffisant pour subvenir à leur besoin primaire; en flashbacks, Ethan se remémore l’été passé, ses différentes sorties avec Mattie, loin de sa femme aigrie qui s’imagine toujours malade. Mais la narration de l’histoire se déroule en grande partie en hiver, ces arbres noirs et nus qui se détachent dans la blancheur neigeuse qui recouvre tout, dans ce ciel gris acier qui ne laisse passer que de rares rayons de soleil, Edith Wharton sait décrire le paysage hivernal, la solitude, l’isolement.

Petit à petit, on apprend les conditions de vie du pauvre Ethan Frome, sa ferme qui rapporte rien, son hypothèque, sa femme qui ne fais que gaspiller le peu d’argents en livres médicaux et entrevue chez des médecins de la région, son sentiment d’emprisonnement, d’homme condamné à une peine à perpétuité. Il s’imagine s’enfuir avec la lumineuse Mattie, comme l’a fait un voisin de la région, il s’imagine que, aussi bien pour lui que pour sa femme, les choses s’amélioreront par cette séparation, mais la réalité et ses besoins matériaux, aussi bien pour la survie de sa femme que pour sa possible nouvelle vie avec Mattie le rattrapent.

C’est court, c’est parfaitement écrit, les descriptions, les dialogues, les rebondissements ne servent qu’à décrire et illustrer la vie misérable de cet homme, afin de nous faire comprendre la fin de l’histoire. Il existe une adaptation cinéma qui date des années 90 avec Liam Neeson, Patricia Arquette et Joan Allen, que je suis bien curieuse de voir du coup!

The house of mirth

de Terrence Davies

Gillian Anderson, Dan Acroyd, Eric Stoltz, Laura Linney, Anthony LaPaglia

4/5

1905, New York. La jeune et jolie Lily Bart a longtemps fuit le mariage, mais doit dorénavant s’avouer vaincu. Face aux dictats de la haute société new Yorkaise, Lily doit comme toutes les femmes, trouver un mari. Difficile pour elle de trouver quelqu’un à la hauteur de ses ambitions, surtout quand on est déjà amoureuse du séduisant Laurence Seldon, mais qui hélas n’a pas tout à fait la fortune qu’il faut pour subvenir aux luxueux besoins de Lily. Les mois passent et Lily enchaine les impairs et les faux pas, jusqu’à ce que sa réputation finisse par recevoir un coup rude.

Ce week end, j’avais le choix entre revoir un film déjà vu, une valeur sure pour passer le temps en ce dimanche gris, ou bien tenter ma chance avec l’un des dvd de ma pile que je n ‘avais pas encore vu. Toujours cette flemme et ce confort rassurant de voir un film que l’on connait déjà plutôt que de se lancer dans l’insécurité d’un film qu’on est pas sur d’apprécié!

Je me suis donc lancée dans cette adaptation du roman d’Edith Wharton, Chez les heureux du monde. Je m’étais procurée le dvd en promotion à Londres, vendu pour pas grand chose, achetée surtout parce que j’aime beaucoup Edith Wharton, et que j’aime beaucoup le jeu de Gillian Anderson.

The house of mirth nous montre durant 2h15 les travers de la haute société new yorkaise du début du siècle, son hypocrisie, ses mensonges, ses non dits, ses faux semblants, ses méchancetés et bassesses.

Lily qui se veut moderne, indépendante, est à la recherche d’un mari. Elle a certaines possibilités, certaines propositions qui pourraient la propulser à un statut social élevé, mais son amour pour le séduisant Laurence l’empêche de sauter le pas, et elle finit toujours par saboter les tentatives de ces prétendants. Le personnage de Lily se veut libre mais elle va vite se laisser entrainer dans des déboires qui vont entacher sa réputation, quelques erreurs naïves de sa part, quelques coups bas de certaines femmes mariées.

Le film nous montre à quel point une femme célibataire peut être faible, facile à atteindre, sans protection et mal considérée par ses pairs. On peut voir la place de la femme mariée, sa force, son poids dans la société. On suit en deux ans, la déchéance de la pauvre Lily, qui d’erreur en trahison, finira seule et rejeter de tous.

The house of mirth m’a tenu durant tout le film, je ne me suis pas arrêtée une fois, je n’ai pas vu le temps passé non plus. La réalisation laisse penser qu’on évolue dans un rêve, une atmosphère nonchalante se fait sentir du début à la fin, un peu comme l’est la société de ce début de siècle, les décors et les costumes sont magnifiques et le casting impeccable, à commencer bien sur avec Gillian Anderson, excellente dans le rôle de Lily Bart, enjouée et sur d’elle au début, qui finira dans un désenchantement total. On souffre avec elle, notamment lorsque son amie lui annonce devant toute une assemblée qu’elle ne remontera pas avec elle et son mari sur leur yacht, l’a laissant seule et abandonnée durant ses vacances en Europe.

Par contre, difficile de ne pas s’énerver de voir Lily se sacrifier comme elle le fait. Une fois son rejet total par la haute société, Lily à plusieurs occasions de revenir sur le devant de la scène, de faire un beau mariage, et de se venger au passage des personnes responsables de son rejet, mais ce n’est pas dans la nature de la pauvre Lily. Libérée, rêvant d’indépendance, Lily ne veut ni d’un mariage arrangé, ni de vengeance, qui pourrait toucher son cher Laurence. Laurence Seldon aussi m’a souvent énervé, leur amour réciproque, leur bonheur quand ils sont ensemble n’aboutit pas. Entre l’absence totale de communication et de franchise de Seldon, et une Lily qui joue les inaccessibles, les deux ne se trouvent jamais. J’ai eu parfois un peu de mal de voir Lily se laisser faire comme elle le fait alors que les occasions de refaire surface se sont présentées à elle. Mais d’un autre coté, il est toujours très difficile de partir de haut et de tout perdre ensuite, la chute est dure, et on ne peut pas blâmer la pauvre Lily de s’être laisser sombrer.

Un très beau film donc, superbement interprété, superbement réalisé, nous décrivant une société malsaine, hypocrite, fausse et vide de sens. Très envie de lire le roman maintenant!