L’âme des horloges de David Mitchell

L'âme des horloges par Mitchell

4,5/5

1984, Holly Sykes a 15 ans et après une énième dispute avec sa mère, décide de fuguer du foyer familiale estimant que quelques jours à s’inquiéter de son sort fera du bien à sa mère. Ses errements lui rappelleront certains aspects de son enfance qu’elle ne s’explique pas. Ces quelques jours auront un impact immense sur le reste de sa vie. 1991, Hugo Lamb est un étudiant de bonne famille mais qui ne possède pas l’héritage aristocrate de ces camarades de classe de l’université d’Oxford qu’il fréquente. Ambitieux, sans pitié, Hugo cache derrière une camaraderie factice, un manque totale d’empathie. En cette fin d’année 1991, il fera deux rencontres déterminantes. 2015, Crespin Hershey n’est plus que l’ombre de lui même. Autrefois écrivain à succès, il n’écrit plus rien de valable, son mariage est un échec il jalouse le succès des autres écrivains plus jeunes, notamment celui d’une certaine Holly Sykes. Tous ces personnages sont malgré eux entrainés dans une guerre invisible qui les dépasse et qui met en scène deux groupes qui vivent depuis des centaines de siècles…

Depuis que j’ai découvert David Mitchell avec les 1000 automnes de Jacob de Zoet, j’ai adoré tous les romans de cet auteur, Cloud atlas, Écrits fantômes, Number9dream, Black swan green. L’âme des horlogers ne fait pas exception, c’est encore un gros coup de cœur.

Comme pour les autres romans de l’auteur, on retrouve certains personnages secondaires de ces autres romans comme Marinus qui était dans Les 1000 automnes de Jacob de Zoet, ou encore Hugo Lamb qui apparaissait dans le roman Black Swan green. Si les intrigues diffèrent toujours, et qu’il n’y a pas de liens entre elles, les personnages restent toujours l’élément qui lient les différents romans.

Certains thèmes aussi reviennent, comme la réincarnation, la transmigration, l’humanité. Mitchell aime décrire l’humain, ce dont il est capable, du pire et du meilleur, de sa capacité à se sacrifier pour autrui, de sa capacité à s’autodétruire, de sa générosité, de son égoïsme, de son égocentrisme, de son ambition.

Comme dans cloud atlas, le roman est divisé en plusieurs parties se passant à des époques différentes et mettant en scènes des personnages différents. C’est plusieurs parties plus tard qu’on découvrira de manière détournée ce qui est arrivé au personnage qui tenait le rôle principale de la première partie.

On débute en 1984 avec l’histoire qui peut sembler banale d’Holly, une ado de 15 ans qui fugue suite à une dispute violente avec sa mère. Comme beaucoup d’ado de son age, Holly est persuadée avoir tout compris de la vie, des gens, que son petit copain est l’homme de toute sa vie future.

L’histoire tournera toujours autour d’Holly et de certaines dispositions qu’elle possède et qui fait d’elle un personnage à part. En 1991, on la retrouve en Suisse au travers des yeux et de l’histoire d’Hugo Lamb, un étudiant d’Oxford en vacances avec ces camarades qui ont l’avantage d’être tous issu de l’aristocratie anglaise, alors que lui ne l’est pas. On découvre un étudiant qui sous un aspect sympathique et solidaire n’est en fait qu’un loup solitaire, imbu de lui même, ambitieux et prêt à tout, limite sociopathe.

En 2004 on retrouve Holly Sykes au travers des yeux de son fiancé, Ed Brubeck, reporter de guerre. En 2015 on retrouve Holly au travers de Crispin Hershey, la cinquantaine, écrivain autrefois de génie qui  peine aujourd’hui a sortir un livre suffisamment potable pour être éditer. Il surf sur son succès d’antan, digère son récent divorce, alors qu’une certaine Holly Sykes bat tout les records de vente avec son historie personnelle.

On retrouve ensuite Holly en 2025 dans une partie beaucoup plus fantastique, parlant de transmutation, l’un thème récurrent de Mitchell, ces âmes qui peuvent changer de corps à volonté, ou ces âmes qui se réincarnent à chaque mort.

Enfin on retrouve Holly en 2043. Mitchell nous dépeint un futur apocalyptique. Là aussi c’est un thème qui revient régulièrement dans ses romans, une humanité qui se disloque, qui paye les excès des générations passées, un futur assez noire sans grand espoir. Une dernière partie assez sombre et déprimante.

J’ai été pris par l’intrigue, par les différents personnages tous intéressants, toutes leurs histoires prenantes. On a du mal à reposer le roman et les pages tournent toutes seules comme c’est souvent le cas avec les romans de Mitchell. Il y a quelque chose de particulier qui se dégage de ses romans; L’âme des horloges est un roman qui nous colle à la peau, qu’on a du mal à oublier la dernière page tournée. C’est assez fascinant de voir la vie d’Holly Sykes, de son adolescence à ces derniers jours, parfois de manière indirecte, aux travers des vies et témoignages des autres personnages qui vont croisés sa route.

J’ai particulièrement aimé la partie centrée sur Crispin Hershey, c’est bourré d’humour cinglant, de cynisme, d’humour noir. Crispin Hershey, ce romancier si prometteur qui n’a pas sur transformer l’essai et qui nous raconte ses déboires et désillusions en s’adressant directement aux lecteurs. Il m’a rappelé Timothy Cavendish, l’éditeur raté du roman Cloud Atlas.

Un gros coup de cœur donc pour ce roman de David Mitchell, qui devient l’un de mes romanciers préférés, puisque j’ai aimé tous ses romans jusqu’ici. Me reste dans ma pal son dernier Slade House.

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Black swan green de David Mitchell

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4,5/5

Jason Taylor, 13 ans, poète clandestin à ses heures perdues, vit dans une toute petite ville du Worcestershire avec ses parents et sa sœur qui vit sa dernière année de lycéenne avant d’intégrer l’université d’Edimbourg. Nous sommes en janvier 1982, c’est l’Angleterre de Thatcher, c’est la guerre des iles malouines, et pour Jason Taylor, c’est l’année de tous les changements, c’est l’entrée dans l’adolescence, c’est les adieux conscients ou non à l’enfance, à l’innocence. On suit Jason pendant une année, de Janvier à Janvier, à vivre une crise familiale avec le départ de sa sœur ainée, avec le déchirement de ses parents, on suit Jason dans ses problèmes de bégaiement qu’il s’acharne à cacher, on le suit à l’école, entre petit exploit qui le rendent plus populaire, et grosses bourdes qui le transforme en loser et punchingball vivant, le garçon à abattre pour les petites frappes, le garçon à éviter pour les autres.

Si vous suivez un peu ce blog, vous devez savoir que je suis une grande fan de cet auteur, David Mitchell, et que tous les romans que j’ai lu jusqu’ici, ont été des coups de cœur. Cloud atlas, les 1000 automnes de Jacob de Zoet, Écrits fantômes, Number9dream.

Ce roman est assez différent de ces précédents écrits. Il nous raconte les états d’âme d’un jeune garçon de 13 ans, qui glisse de l’enfance vers l’adolescence. Pour être honnête, j’ai mis un temps fou à le finir, je me suis arrêtée plusieurs fois pour lire d’autre romans, j’ai fait des pauses. C’est probablement dû au fait que ce n’est pas une histoire pleine et entière avec un début un milieu et une fin. Le roman est découpé en plusieurs chapitres, chacun relatant une histoire plus ou moins marquante de l’année que vit Jason. Une cheville foulée, une réunion d’information municipale pour faire expulser un camp de gitan qui s’est établie dans la forêt, la rencontre de Jason avec une certaine Mme Crommelynck (déjà croisée dans sa jeunesse dans le roman cloud atlas) qui lui apprendra un peu le français, Jason qui joue à cache-cache dans la forêt pour échapper à ses petits tortionnaires, un weekend entre père et fils, un cours de sport en plein air qui tourne mal, un rite de passage qui finit mal…Une façon de raconter ces anecdotes assez originale, puisque souvent l’histoire s’arrête sans final, sans conclusion, on passe à la journée suivante, l’histoire racontée n’a pas forcément des conséquences ou des suites, comme dans la vie tout compte fait.

Du coup pas de fil qui nous tient en haleine et qui nous pousse à tourner la page suivante. Mais petit à petit je me suis attachée à Jason. Beaucoup de gens peuvent se reconnaitre facilement en Jason, même si je n’ai pas du tout vécu la même vie que lui. Ses doutes, ses interrogations, ses moments de mélancolie, sa sensibilité.

J’ai adoré suivre les tribulations de Jason Taylor, que ce soit des aventures importantes, comme sa façon de supporter certains camarades de classe qui l’ont pris en grippe, ses discussions philosophiques avec Mme Crommelynck, sa relation avec son père, ou que ce soit des petites aventures, comme Jason qui observe malgré lui un couple dans la forêt, ou qui se perd dans les bois, ou encore sa journée à la fête foraine. J’ai adoré lire les moments de famille, la mère qui tente de s’émanciper en prenant un boulot qui lui fait envie, son père qui tente de la culpabiliser et qui joue les patriarches d’un autre temps, sa sœur qui sait tenir tête à son père et que Jason admire secrètement de pouvoir dire à voix haute ce qu’elle pense de ses parents.  J’ai beaucoup aimé la relation qu’il a avec sa grande sœur. Le tout sur fond de guerre des Malouines et de crise économique.

La raison pour laquelle j’ai pris le temps pour finir ce roman, c’est aussi je pense, parce que je n’avais pas envie de quitter Jason, son point de vue sur le monde, sur sa famille, sur son petit village, sur lui-même. Il nous permet de nous repencher sur cette période de nos vies dans laquelle on est plus dans l’innocence et l’insouciance de l’enfance, mais pas encore dans les méandres de l’adolescence.

Si ce n’est à aucun moment larmoyant ou tragique (malgré certains rebondissements qui le sont), c’est avec beaucoup de mélancolie que je referme le livre, avec un Jason qui, dans les dernières pages, s’est trouvé, s’est révélé, s’est affirmé et est rentré définitivement dans l’adolescence. Toujours une belle écriture, toujours un talent pour raconter des histoires et installer une atmosphère bien particulière et un roman qui pourrait faire une belle adaptation en mini série…

Number9dream

de David Mitchell

4.5/5

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Eiji Miyake est un jeune homme de 19 ans, qui débarque à Tokyo dans l’espoir de découvrir l’identité de son père biologique. Il a été élevé avec sa sœur jumelle sur l’ile paradisiaque mais très isolée, de Yakushima au sud de Kyushu, par sa grand mère, et optionnellement sa mère, qui passait son temps à quitter l’ile pour soigner son alcoolisme et sa dépression. Tout ce que sait Eiji, c’est que son père a déjà femme et enfants quand il fait de sa mère sa maitresse avant de l’abandonner quand elle met au monde les jumeaux. Eiji devine au fond de lui que son père n’est pas quelqu’un qui vaille la peine d’être rencontrer mais avec une mère quasi absente, il a besoin de savoir qui est son père, et de se présenter à lui. Alors que Tokyo l’embrasse et l’englouti dans sa masse et son flux, Eiji vacille entre rêverie, fantasme, et réalité abrupte, rencontres violentes mais aussi rencontres humaines.

J’ai fais la rencontre de David Mitchell avec Les 1000 automnes de Jacob de Zoet, que j’avais adoré, un vrai coup de cœur, puis j’ai enchainé avec Cloud Atlas, après avoir vu le film j’ai eu envie de me plonger dans le roman et encore une fois ce fut un coup de cœur. A partir de là, j’ai décidé de lire les autres romans de l’auteur, à commencer par son premier Ecrits fantômes, trouver d’occasion car plus édité, et encore une fois ce fut un sacré coup de cœur!

Number9dream est encore une fois un coup de cœur, j’ai adoré. Je l’ai lu en anglais car ce roman n’est pas traduit en français. Le livre est découpé en 9 parties, chacune nous racontant une nouvelle étape du court séjour que Eiji passe à Tokyo. Il lui arrive tellement de choses en quelques semaines, qu’on a du mal à imaginer que Eiji a quitter son ile depuis si peu de temps.

Eiji est le héros du roman mais Tokyo est aussi héros de l’histoire, cette ville gigantesque, tentaculaire, pleine de vie et d’énergie et aussi de violence, de non dits. On peut ressentir l’atmosphère de la capitale, la chaleur, la moiteur, la foule, le coté ordonné et bien rangé de la ville, les habitants…j’ai adoré suivre les aventures et mésaventures de Eiji, sa longue attente dans le café Jupiter en face du building dans lequel l’avocate de son père travaille, seule personne de sa connaissance qui pourrait lui dire l’identité de son géniteur. Son fantasme de héros de film d’action pour arriver à passer la sécurité de l’immeuble, son coup de cœur pour la serveuse “à la nuque parfaite”. J’aime beaucoup suivre les pensées de Eiji, son sens de l’observation des gens qui l’entourent, ou encore de la manière qu’il a de donner des surnoms aux personnes qu’il croise, en fonction de leur physique.

Petit à petit aux travers des neufs chapitres, on découvre la personnalité de Eiji, son passé, son enfance sur l’ile de Yakushima, sa relation forte avec sa sœur jumelle Anju qui est pourtant son opposé (Eiji sage, réservé et prudent, Anju téméraire, énergique, effrontée). J’ai adoré lire son enfance et l’épreuve difficile qu’Eiji vivra. On le suit comme agent des transports à la station de train Ueno, on le voit rencontrer et sympathiser avec Suga, un hacker talentueux, rencontre Yuzu Daimon qui l’entraine dans de dangereuses aventures incluant des chefs yakuza qui se battent pour la première place.

J’ai adoré les conversations avec Buntaro, le propriétaire d’un magasin de location de vidéo appelé Shooting star, qui loge Eiji dans un appartement juste au dessus du magasin, j’ai adoré les voir regarder des films à longueur de journée, voir Eiji adopté un chat qui s’est invité dans son appartement.

Number9dream est un roman d’atmosphère, j’ai été happé, envouté, embarqué dans la vie d’Eiji et des personnes qu’il rencontre, j’ai eu peur avec lui et pour lui, j’ai été contente avec lui et pour lui, j’ai marché avec lui dans les rues de Tokyo, et sans m’en rendre compte, je me suis énormément attachée à son personnage, j’avais envie de le voir heureux, de le voir accomplir ce pourquoi il est venu à Tokyo. J’ai adoré son amitié avec Ai Imajo, celle “à la nuque parfaite”, son amitié avec Buntaro, Suga, Doi, Daimon, ses souvenirs d’enfance, ses découvertes sur sa famille, ses rencontres violentes avec les yakuzas locaux. Entre deux scènes relatant la réalité, l’auteur nous offre des parenthèses fantasmées, des contes étranges, des rêves symboliques.

David Mitchell passe par tous les genres et toutes les émotions dans ce roman, des moments comiques, d’autres tendres, mélancoliques, dramatiques, violents, encore un coup de cœur pour cet auteur! J’apprécie aussi toujours autant les références aux livres précédents, certains personnages secondaires que l’on croise dans les autres romans de l’auteur. Il me reste à lire Black swan green et The bone clocks, en espérant que ce soit aussi des coups de cœur.

Ecrits fantômes de David Mitchell

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4,5/5

Écrits fantômes nous raconte l’histoire de différents personnages du Japon à New York, en passant par Londres, la Mongolie, Saint-Pétersbourg, Hong Kong, l’Irlande…Chaque personnage, plus ou moins importants, interagissent sur le destin d’autres personnages. Ils s’entrecroisent, au présent, dans le futur, ou dans le passé. Le business man Neal qui pète un câble, le terroriste Quasar qui répand un gaz mortel dans le métro de Tokyo, le passionné de jazz Satoru qui tombe amoureux, un être incorporel qui s’amuse à transmuter dans différents personnages à travers la Mongolie à la recherche d’un conte perdu, une surveillante de l’ermitage à Saint-Pétersbourg qui se laisse entrainé dans des arnaques de haut vol, un play boy londonien à la vie marginale, la scientifique de renommée mondiale, Mo, qui fuit ses employeurs, l’animateur de radio new-yorkaise qui entretient une conversation intéressante avec ce qui semble être une intelligence artificielle….

C’est officiel, David Mitchell fait partie de mes auteurs préférés, c’est certain. Après La cartographie des nuages, puis les 1000 automnes de Jacob de Zoet que j’ai adoré, je me suis plongée dans l’un des deux autres romans de l’auteur qui ont été traduits en français, Ecrits fantômes, son premier roman.

C’est un roman vraiment surprenant, découpé en plusieurs parties, chacune racontant l’histoire d’un personnage, dans un lieu différent. Chaque partie est prenante, chaque histoire est fascinante, et les personnages tous complexes et importants, même les plus insignifiants. J’ai été transporté à Okinawa dans la fuite d’un terroriste, qui croit dure comme fer aux croyances de sa secte, j’ai adoré rencontrer le jeune Satoru à Tokyo, musicien et passionné de jazz qui tombe amoureux d’une métisse moitié chinoise moitié japonaise, j’ai particulièrement été passionnée par l’histoire de la petite chinoise, qui tient une hutte à thé et qui voit passer du haut de sa montagne sacrée, l’histoire de la  chine sur cinquante ans.

C’est parfois très surprenant, comme de suivre cette entité spirituelle, cet être non corporel passer d’un corps à un autre, traverser la Mongolie, à la recherche d’un conte mongol ancestral qui pourrait être l’origine de son existence.

Les choses prennent une ampleur plus dangereuse, avec la scientifique Mo Muntervary qui se réfugie sur son île irlandaise, avec un dilemme entre avancée scientifique et responsabilité quant aux répercutions possibles.

Certains éléments raccordent les différentes histoires, ainsi Mo est l’héroïne du chapitre Clear island, mais apparait en tant que figurant dans la partie Londres. La vie de Neal, le héros de la partie Hong Kong, aura d’énormes conséquences sur la vie d’autres personnages dans d’autres chapitres, chaque histoire de chaque chapitre nous semble indépendant sans relation, mais dans le suivant, les ramifications se font.

J’ai adoré voir apparaitre en clin d’œil des personnages qui deviendront les héros de Cartographie des nuages, comme Tim Cavendish ou Louisa Rey. Il y a aussi une fameuse comète qui apparait dans le ciel et que quasiment tous les personnages remarqueront, sans compter que pas mal des protagonistes ont un tatouage en forme de comète comme ce fut le cas dans Cartographie des nuages. Tous prend sens au final.

Je n’ai donc qu’une envie c’est de me lancer dans les autres romans de David Mitchell, Number9dream qui n’a pas été traduit, et Le fonds des forêts, en attendant la sortie du prochain roman de Mitchell, The bone clocks.

Cartographie des nuages

“Les faibles sont la chair dont les forts font bonne chère”

de David Mitchell

4/5

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1849, Adam Ewing embarque sur un bateau, la prophétesse, dans les iles du pacifique, pour rentrer chez lui. 1931, le musicien Robert Frobisher fuit l’Angleterre et ses créanciers pour se réfugier à Bruges, chez un célèbre compositeur vieillissant, Vvivan Ayrs, chez qui il espère retrouver l’inspiration. 1973 Louisa, journaliste pour un journal de bas étage, découvre un énorme scandale sanitaire concernant la nouvelle centrale nucléaire de Buenas Yerbas. 2012, Timothy Cavendish, éditeur raté, est rattraper par des créanciers le rattrape et il est dans l’obligation de se cacher quelque temps dans la mystérieuse demeure La maison de l’aurore. 2144, Sonmi 451, humaine née d’un incubateur artificielle, est programmée pour servir sans jamais se poser de question, jusqu’au jour où sa soif d’apprendre et de comprendre devient trop forte. 2200 et des poussières, Zachri vit dans un monde post apocalyptique sur une ile désertée par la technologie et le savoir moderne. Avec son village, il vit toujours sous la menace d’être rattrapé par les Kona, une race cannibale et esclavagistes d’une rare violence. Il reçoit un jour la visite de Meronym, une femme savante issu d’une colonie humaine qui a échappé à La chute.

Après avoir vu et beaucoup aimé le film, j’avais très envie de me plonger dans le roman, d’en apprendre plus, de voir les différences entre le film et le roman et de ne pas quitter cet univers et ces personnages. J’ai tout simplement adoré le roman, un coup de cœur!

J’ai beaucoup aimé que le roman soit découpé comme il l’a fait, et les formes littéraires utilisées selon les époques. Un journal intime, des lettres échangés, une narration plus classique, un interrogatoire, un vieil homme qui raconte à des enfants selon la tradition orale, un témoignage.

Chaque partie est prenante, tout de suite j’ai eu l’impression de me retrouver sur le bateau de la prophétesse, au coté d’Adam, d’Henri et d’Autua, j’ai adoré que la dernière phrase soit couper, nous renvoyant à la suite, 600 bonnes pages plus tard, et on file tout de suite avec Robert, à travers ses lettres, ses aventures sentimentales, sa musique, son manque de moyen, son manque de liberté pour créer sa musique. Il ressent la même frustration que nous lecteurs, puisque à ses heures perdues il lit le journal d’un certain Adam Ewing, et la moitié du journal à disparu, le laissant sans connaitre la fin,  comme nous.

J’ai beaucoup aimé aussi l’enquête que mène Louisa, je pensais que ce serait la partie la moins intéressante mais pas du tout. L’histoire de Timothy Cavendish est quand même la partie la plus drôle du roman. L’histoire de Sonmi la plus déconcertante, dans le sens où on a un peu de mal à comprendre cette société future complexe, et la partie de Zachri est parfois embêtante à lire du au langage du personnage. Mais toutes les histoires sont bien racontées, et tous les personnages intéressant à suivre, dans leurs erreurs ou pas.

J’ai adoré le concept de reprendre là où on s’est arrêté, d’aller du 19e siècle avec Adam,  jusqu’à Zachri en 2200 et quelques, pour redescendre le temps et découvrir ce qui est arrivé aux personnages, que l’on avait laissé pour en rencontrer d’autre.

J’ai aimé les liens entre les personnages, le lien entre Adam et Robert, entre Sixsmith et Louisa, entre Timothy et Louisa, entre Sonmi et Timothy, entre Zachri et Sonmi.

Outre le coté réincarnation et la fameuse tâche de naissance, le roman nous parle de la nature humaine, de son coté pervers qui le pousse toujours à détruire et s’autodétruire, de la soif de connaissance qui les pousse irrémédiablement à leur perte, de l’irrépressible besoin de liberté, de création, de destruction, et ce quelque soit l’époque soit disant avancée ou civilisée dans laquelle évolue les personnages.

J’ai trouvé aussi que le roman était plus sombre et plus humain au final que le film. Dans le roman, les choses ne finissent pas aussi positivement que dans le film (Louisa verra celui qui la protégeait mourir, Timothy ne retrouve pas son amour de jeunesse, d’ailleurs il n’en a aucunement l’intention, Sonmi ne vivra pas une histoire d’amour avec son sauveur, Zachry et Meronym ne finiront pas au calme et en paix sur une planète plus hospitalière que la terre).

Les choses sont plus floues concernant les personnages et leurs avenirs, on ne sait pas ce que deviendra Zachry et Meronym, on ne sait pas si Timothy aura retenue la leçon…les choses sont aussi plus vrai plus sombres et moins romanesques aussi (l’histoire de Sonmi), et moins positives que dans le film. Je trouve que le film a pris des libertés parfois inutile avec le roman, mais j’ai aimé que les choses se terminent parfois différemment. Autant j’ai aimé que les choses restent floues et que certaines destinées finissent dans l’inconnue (Meronym et Zachri surtout), autant dans le film j’ai aimé savoir que ça se termine bien et que l’espoir persiste (Zachri retrouve sa petite sœur, rare survivante d’une attaque, et part avec Meronym, alors que dans le film, on nous fait comprendre que ses sœurs sont surement devenus des prisonnières, esclaves dans tout les sens du terme).

En bref, un livre qui se dévore malgré ses 713 pages, j’ai adoré lire toutes ses histoires, passé, présent, futur, j’ai adoré les thèmes abordés, l’analyse de la nature humaine, simple mais vraie, et le style sert parfaitement l’histoire et les personnages. Après les 1000 automnes de Jacob de Zoet que j’avais aussi adoré, j’ai hâte de voir ce que l’auteur nous réserve pour la suite!

Les mille automnes de Jacob de Zoet

de David Mitchell

4.5/5

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1799. A l’aube du 19e siècle, Jacob de Zoet, originaire des Pays bas, débarque à Dejima, un poste avancé néerlandais dans le port de Nagasaki. Jacob n’est alors qu’un simple clerc de notaire travaillant pour la compagnie néerlandaise, seul pays à faire du commerce avec les japonnais. Pour Jacob, tout un monde nouveau s’ouvre devant lui, les japonnais et leur suspicion, les interprètes qui apprennent le néerlandais pour communiquer avec eux mais surtout pour mieux les espionner, les interdictions de quitter Dejima, qui n’a rien de bien attrayant, les esclaves, les servants, la hiérarchie entre les marins, du simple soldat au plus gradé. Jacob va découvrir la corruption, les trafics, les jeux d’argent qui font passer le temps, les envies et jalousies de certains, les luttes pour monter les échelons…Si Jacob, fils de pasteur, s’est engagée dans cette aventure qui le mène à l’opposé de sa terre natale, c’est surtout pour obéir au père de celle qu’il aime, qui lui a promis la main de sa fille à condition qu’il revienne  enrichi financièrement de ce périple. Il va alors rencontrer Marinus, médecin et botaniste passionné de musique classique, Orito, une jeune japonaise sage femme, qui suit les cours de médecine prodigués par Marinus, Ogawa Uzaemon, interprète japonais…

J’ai découvert l’existence de ce roman sur le blog d’Adalana, et son avis m’a tout de suite donné envie de me plonger dans ce roman. Ce fut un coup de coeur, j’ai tout de suite plongé dans cette aventure, dont le rythme et l’intérêt ne retombent jamais. Dès les premières pages j’ai embarqué avec Jacob, Orito, Ogawa, Marinus, s’en jamais en redescendre. On suit Jacob, son arrivée à Dejima, sa naïveté, son espoir de s’enrichir pour pouvoir épouser d’ici cinq ans, la jolie Anna, restée au Pays bas, son chef Vorstenbosch, Fischer, son rival pour accéder au poste de clerc principal, sa rencontre avec le docteur Marinus, sa peur de voir son psautier familiale lui être retirer par les japonais qui refuse tout signe de religion, sa rencontre avec Orito, femme érudite et intelligente, qui est marqué par une brulure sur le coté de son visage, la corruption, les trafics et autre marché noir, la chaleur moite de l’été japonnais, le confinement sur Dejima, l’espoir de visiter un jour les terres japonaises, les conversations avec Ogawa, les complots et autres trahisons…J’ai adoré lire les histoires de différents membres de la compagnie néerlandaise, comment ces marins de tout horizons se sont retrouvés là où ils sont, leurs passés difficiles, leurs jeunesses pénibles.

On suit Orito, cette fille d’un savant respecté, son don pour l’obstétrique, ses cours avec Marinus et les autres disciples japonais, sa rencontre avec Jacob, sa déchéance à la mort de son père et son destin qui va l’obliger à vivre de long mois terribles, la découverte d’un secret horrible et impensable, son dégout. J’ai adoré la partie se passant dans le temple de Shiranui, l’histoire d’Orito.

L’histoire est donc vraiment prenante et très intéressante, entre deux péripéties, deux rebondissements, on en apprend beaucoup sur le quotidien de ces néerlandais qui ne sont que tolérés par les japonais, le quotidien des marins, des gradés, les conditions de vie, leur passé, le point de vue de ces pauvres esclaves et de ceux qui sont mieux lotis. Les personnages sont très attachants, par leur faiblesse et leur défaut. On voit Jacob évoluer, apprendre, devenir plus malin sans perdre sa foi et sa fraicheur, j’ai adoré Marinus surtout, le médecin botaniste, tellement philosophe, tellement cynique, j’ai adoré l’écouter nous raconter sa vie et comment il est devenu médecin, j’ai adoré lire les conversations qu’il peut avoir avec Jacob.

En bref, une magnifique aventure qui débute en 1799 et qui se terminera en 1817. Une belle plongée dans le Japon du 19e siècle, son hermétisme, sa suspicion, et des personnages haut en couleur que j’ai énormément apprécié suivre et connaitre. Tourner la dernière page fut bien émouvant!! Dans ma pal, du même auteur, La cartographie des nuages m’attend.

L’avis d’Adalana : http://adalana.wordpress.com/2013/04/03/david-mitchell-les-mille-automnes-de-jacob-de-zoet/