Black coal

Black Coal : Affiche

de Yi’Nan Liao

Fan Liao, Lun Mei Gwen

4/5

1999, en Mandchourie, le cadavre d’un ouvrier d’une usine minière est retrouvé en morceaux au quatre coins de la région. L’inspecteur Zhang enquête avec son équipe interrompue par une fusillade qui entraine la mort de deux de ses collègues, Zhang lui même en sort blessé. 5 ans plus tard, Zhang a démissionné de la police et travaille dans le service de sécurité d’une usine locale. Deux autres meurtres similaires à celui de 1999 sont commis et poussent Zhang à renouer contact avec son ancien collègue toujours dans la police. Ce dernier lui révèle que les trois meurtres ont un point commun, la jeune veuve de la première victime.

Black Coal : Photo Ailei Yu, Fan Liao

Le film est à l’affiche depuis plusieurs semaines mais je n’ai pas eu le temps de le voir avant. Heureusement, les vacances sont arrivées et j’ai donc plus de temps pour voir des films. Black Coal a notamment remporté l’ours d’or au dernier festival de Berlin.

Black Coal : Photo Fan Liao, Lun-mei Gwei

On suit donc le pauvre inspecteur Zhang si sur de lui, de ses compétences, de son talent, à la carrière prometteuse. Mais suite à la fusillade qui a couter la vie à deux de ses collègues, Zhang démissionne, et on le retrouve 5 ans plus tard, vigile qui passe ses soirées à boire jusqu’à plus soif et dont l’intérêt pour la vie est relancée par un double meurtre qui lui rappelle l’enquête sur laquelle il était avant de quitter la police.

Black Coal : Photo Fan Liao

Honnêtement je ne me suis pas ennuyée une minute durant le film, une enquête policière intéressante, quelques rebondissements bien sentis, un personnage principal attachant et très intéressant à suivre, on a toujours envie de savoir ce qui va lui arriver, si il va résoudre l’enquête, qui est le meurtrier…

Black coal est donc un film policier noir, sombre, sans être pour autant déprimant, loin de là, avec quelques touches d’humour et d’ironie bien sentie, dans une Chine réaliste, loin des grandes mégapoles modernes et avec d’excellents acteurs. Et petit détail, je préfère de loin le titre original du film “Feu d’artifice en plein jour”, très poétique quand on arrive à la fin du film!

Le promeneur d’oiseau

Le Promeneur d'oiseau : Affiche

de Philippe Muyl

Baotian Li, Yang Xin Li, Li Xiao Ran, Qin Hao

4/5

A Pékin, Renxing est la petite fille gâtée de ces riches parents, son père architecte de renom et sa mère femme d’affaire. Renxing vit dans un monde riche, moderne, et pour l’occuper, ses parents lui procurent toutes les activités possibles, danse, calligraphie, cours de dessin…Alors que la petite Renxing est enfin en vacances, pour ses parents c’est loin d’être le cas. Le père part pour Hong Kong, et la mère doit se rendre à Paris. Elle n’a pas d’autre choix que de confier sa fille à son beau père, le père de son mari, un vieux monsieur en froid avec son fils. Mais pour une fois, le grand père n’est pas libre, il doit se rendre dans son village natal pour réaliser la dernière promesse faite à sa femme défunte. Il décide d’emmener sa petite fille, pour lui faire découvrir son village. De pékin à Yangshuo, le voyage prend plusieurs jours, train, bus, autostop, le vieux monsieur et la petite fille en profite pour mieux se connaitre.

Le Promeneur d’oiseau : Photo Baotian Li

Le promeneur d’oiseau est un film tout en douceur et en légèreté, pas de drame, pas de complications ici. On suit le voyage à travers le pays, avec ce grand père dévoué et cette petite fille peste. Car au début leur duo n’est pas des plus heureux, la petite fille en fait voir de toute les couleurs à son pauvre grand père.

Le Promeneur d’oiseau : Photo

J’ai adoré le film, je n’ai pas vu le temps passé. On commence d’abord par nous présenter le quotidien des personnages, dans ce Pékin très moderne, appartement tout neuf, gadgets derniers cris pour la gamine qui a un emploi du temps surchargé histoire qu’elle ne ressente pas de manque, des parents toujours trop occupés par leurs métiers, un anniversaire hallucinant pour une enfant de son âge. De son coté, le grand père vit dans un appartement simple et passe son temps à sortir son oiseau au parc.

Le Promeneur d’oiseau : Photo Baotian Li, Yang Xin Yi

Le film est un appel au voyage surtout, on part en compagnie du grand père et de la petite fille, en train de nuit, puis en bus, en pleine campagne, les aléas des pannes de moteurs, des routes barrées, des erreurs d’aiguillage pour se rendre dans son village, j’ai adoré me promener avec eux à travers les forêts et les rizières qu’ils parcourent à pied pour rejoindre la bonne route, j’ai adoré passer la nuit dans une grotte en leur compagnie.

Le Promeneur d’oiseau : Photo Baotian Li, Yang Xin Yi

La petite peste apprend à connaitre son grand père, dont la patience est sans fin, et elle finit par ne plus vouloir rentrer chez elle. Philippe Muyl a une vision très réaliste de l’enfant, qui peut passer d’un état boudeur à un état joviale, qui sait s’adapter plus vite que n’importe qui d’autre, qui se fait des amis en cinq minutes, qui n’en fait qu’à sa tête pour le pire ou le meilleur.

Le Promeneur d’oiseau : Photo

En bref, un film dont l’histoire est cousu de fil blanc, qui donne l’impression qu’il s’agit surtout d’un film pour enfant, parfois un peu carte postale. Très agréable à regarder, on s’attache énormément et très vite à ce duo improbable, ce grand père plus que patient et cette petite fille trop gâtée mais pas encore pourrie! Le film au passage, nous livre une vision de la Chine contradictoire, entre modernité excessive, et tradition millénaire dans les campagnes, le contraste est affiché par le réalisateur, sans subtilité mais efficace. Et rien que pour les paysages, et l’atmosphère envoutante du film, il vaut le détour.

 

A touch of sin

A Touch of Sin : Affiche

Jia Zhang Ke

Wu Jiang, Wang Baoqiang, Zhao Tao, Luo Lanshan

4/5

Dahai, ouvrier dans les mines, en a marre de la corruption des élus locaux de son village, entre propriétaire des usines qui se pavane comme une star et les élus qui ont tous devenus riche en vendant des territoires publics à des entreprises privées, sur lesquels ils peuvent polluer à loisir. Sa route croise rapidement celle de San’er, un homme qui voyage à travers le territoire en tuant tous ce qui bouge pour se faire de l’argent. On fera aussi la connaissance de Xiaoyu, une hotesse d’accueil dans un “sauna”, qui sera victime de violence de la part de la femme de son amant et Xiaohui, qui n’arrive pas à trouver sa place dans la société et passera d’un emploi à un autre sans se fixer.

A Touch of Sin : Photo Luo Lanshan, Meng Li

De Jia Zhang Ke, j’avais vu Still life et I wish I knew que j’avais vraiment beaucoup aimé. Ici, le réalisateur chinois propose de nous dépeindre la chine profonde, loin des mégalopole de Hong Kong, Shangai ou Pékin. Entre grosse ville industrielle et petit patelin, le rouleau compresseur de la modernité a fait des dégâts. La corruption des élus, les enrichissements des patrons d’usine, la pollution, la violence, la prostitution, les conditions de vie des mineurs, ou encore la façon de loger et traiter les nombreux ouvriers d’usines, qui bossent toute la journée pour fabriquer des articles vendus à bas prix aux occidentaux.

A Touch of Sin : Photo Wu Jiang

A touch of sin, c’est violent, c’est brutal, soit réaliste, c’est assez hypnotique. On suit donc 4 personnages qui vont sombrer chacun à sa manière dans la violence, pousser à bout par des conditions de vie difficiles, des désillusions, ou des désespoirs profond.

A Touch of Sin : Photo Wang Baoqiang

J’ai beaucoup aimé les portraits des personnages du film, tous très intéressants, tout passionnants à suivre. Dahai qui est le seul de son village à se battre contre la corruption, le seul à dénoncer les choses à se sentir concerné. Se battre seul quand tout le monde est blasé et démissionnaire, ce n’est pas facile, mais il finira par péter littéralement les plombs quand l’indifférence se transformera en mépris et moquerie.

A Touch of Sin : Photo Wu Jiang

J’ai aussi adoré le parcours de Xiaoyu, hotesse d’accueil dans un “sauna”, qui propose sauna donc mais aussi service de prostituées. Maitresse d’un homme marié, il est temps que ce dernier décide entre elle et sa femme. Après une agression par les sbires de l’épouse bafouée, elle aussi pétera les plombs après l’attaque de deux clients, qui se mettent à la frapper, après l’avoir confondu avec une prostituée; hors de question pour elle de se laisser faire. Comme Dahai, elle sombrera dans la violence pure, sanguinolente, brute et réelle.

Seul le très jeune Xiaohui répondra à la violence de sa vie d’une manière différente. On le suit comme ouvrier d’usine, hote d’accueil dans un salon de prostitués pour riche homme d’affaire, puis comme ouvrier parqué dans des dortoirs géants, où il répondra à sa manière à la violence moins physique et plus psychologique dont il sera victime.

Le réalisateur dépeint son pays sans concession et avec violence, c’est dure et sans sentiments qu’il nous présente les quatre personnages qui déambule dans la Chine complexe et contradictoire. Assez impressionnant et magnifiquement réalisé, si il y a un coté hypnotique et étrange, I wish I knew et Still Life étaient des films plus versés dans la poétique que dans la violence. Les acteurs sont tous excellents, en particulier l’actrice qui joue Xiaoyu, mais les trois autres acteurs sont tout de même impressionnants. On regrette quand même de devoir abandonner ces personnages sans savoir la suite des évènements les concernant (du moins pour certains d’entre eux).