Better call saul

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de Vince Villigan et Peter Gould

Bob Odenkirk, Johnathan Banks, Rhea Seehorn, Micheal McKean, Micheal Mando, Patrick Fabian, Giancarlo Esposito

 

Better call Saul n’a rien à envier à son ainée, Breaking bad, elle réussie même l’exploit de faire peut être mieux.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’univers de la série, Better call saul (spin off de breaking bad) raconte l’histoire du personnage de Jimmy McGill, plus connu sous le nom de Saul Goodman dans Breaking bad. Il était alors un avocat peu scrupuleux, qui défendait les intêrêts de certains membres du cartel de drogue d’Albuquerque. Dans Better call saul on se penche sur le passé de ce personnage secondaire, sa jeunesse, son évolution, comment il est devenu avocat.

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Il y a beaucoup de similitudes entre les deux séries, le même calme apparent, la même façon de prendre son temps pour développer la psychologie des personnages, la même façon de filmer certaines scènes avec lenteur ou en se concentrant sur un plan ou un objet qui semble anodin mais qui ne l’est pas.

Mais à la différence de Breaking bad, il y a un côté nonchalant et détendu dans Better call Saul, un coté cool. Il n’y a pas de dramatisation à outrance, de tragédie lyrique, pas de violence exagérée. Le ton est plus léger, plus humoristique dans Better call Saul. L’atmosphère plus légère de la série est à l’image du personnage de Saul Goodman qui, dans Breaking bad, apportait déjà une grosse louche d’humour dans une série qui était bien plus sombre. J’avais déjà à l’époque de Breaking bad, un gros faible pour le personnage secondaire de Saul Goodman, alors j’ai été très contente quand j’ai appris le projet de faire de ce personnage le héros d’un spin off.

Photo Bob Odenkirk

L’une des forces de la série c’est que tout ne repose pas sur un seul personnage. En réalité, Better call Saul se concentre sur 4 personnages principaux qui vont parfois se croiser au fil des saisons, Jimmy/Saul, Kim Wexler, Mike Ehrmantraut, Nacho Varga. On ajoutera Gus Fring, Chuck McGill et Harold Hamlin  comme personnages secondaires importants.

Photo Bob Odenkirk, Jonathan Banks

Au départ, on suit les déboires d’un certain Jimmy McGill, un avocat de seconde zone qui a obtenu sa licence via une université en ligne. Pour gagner sa vie, il passe ses journées au tribunal comme avocat commis d’office, payé à la prestation par l’état. Il possède un bureau dans l’arrière-boutique d’une onglerie tenue par une asiatique qui ne l’apprécie pas. Il vit dans l’ombre de son frère ainé, le grand Chuck McGill, avocat très connu et respecté, mais qui depuis quelques mois vit reclus chez lui, persuadé d’être atteint d’une allergie à l’électricité, ce qui l’oblige à vivre comme un ermite. Autour d’eux, Harold Hamlin, l’associé de Chuck, ou encore Kim Wexler, avocate dans le même cabinet et qui tente de monter les échelons de l’échelle sociale. Au tribunal il y a également Mike, le gardien du parking, ancien flic ou encore Nacho Varga, qui travaille pour le cartel de drogue des Salamanca et dont la route va croiser celle de Mike et celle de Jimmy.

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La série aime faire des allers-retours dans le passé, on en apprendra ainsi beaucoup sur celui de Mike, de Jimmy ou de Kim.

On m’avait dit qu’il fallait insister pour apprécier la série, dépasser la première saison, voir les trois premières, personnellement j’ai tout de suite accrochée. J’ai adoré apprendre petit à petit le passé des personnages, découvrir qui ils sont et comment ils en sont arrivés là. J’ai adoré chacun des personnages, Jimmy avec sa grande gueule, son bagou, son don pour convaincre n’importe qui de n’importe quoi, son culot et son audace. Mike et sa méticulosité, le personnage le plus pro et le plus compétent toute série confondue, Mike est un génie dans son domaine, c’est un samouraï, un ninja, le genre de personnage qui semble toujours maitre de ses émotions et de ses actes mais qui peut parfois péter les plombs. Kim et son professionnalisme, son intelligence, son sang-froid, sa grande détermination et son acharnement à toute épreuve. A l’instar de Mike, elle ne laisse rien paraitre et à un talent fou pour obtenir le must pour ses clients. Enfin Nacho Varga, ambitieux, prudent, lui aussi possède un sang-froid impressionnant et tente tant bien que mal à s’extirper des affaires des Salamanca. Sa relation avec son père est touchante.

Affiche Michael Mando

Photo Michael Mando

Au fil des saisons ces quatre personnages évolueront en fonction de certains évènements mais surtout en fonction des choix et des décisions que prendront chacun. Comme dans Breaking bad, Vince Gilligan (qui a écrit certains des meilleurs épisodes de la série X files) s’intéresse à l’auto détermination des êtres, sur le choix que font les gens. La vie, la destinée de tous est déterminée uniquement par les choix que l’ont fait et les chemins que l’on prend en toute connaissance de cause, comme le fera Jimmy dans la série ou encore Nacho. Ils avaient plusieurs choix et ils ont choisi.

J’ai énormément apprécié ce côté réaliste de la série, réaliste dans le sens qu’il n’y a pas de rebondissements trop extraordinaires, pas de violence hors normes. ça fait du bien de ne pas voir une série jouer sur la surenchère avec des scènes ultra violentes ou des scènes de sexes juste pour accrocher les spectateurs. J’ai apprécié l’humour, le ton léger de la série, l’évolution des personnages, Jimmy qui évolue beaucoup sur le plan professionnel, Kim qui prend son envol et n’hésite pas à contourner les règles qu’elle suivait un peu trop au pied de la lettre, Nacho qui tente de regagner sa liberté, Mike qui sort de sa vie insipide pour enfin exprimer tout son talent.

Affiche Bob Odenkirk, Rhea Seehorn

Better call Saul est étonnamment aussi la série la plus féministe que j’ai vu depuis longtemps. En réalité, ça va au-delà d’un sentiment féministe car ce n’est pas l’opposition homme/femme mais une sorte d’égalité entre les sexes si évidente que tout semble naturel et qu’il n’y a pas besoin de le souligner avec de gros sabot. Kim Wexler est le seul personnage féminin de la série. Perchée sur de hauts talons, avec ses tailleurs impeccables, sa queue de cheval professionnelle et son visage stoïque, elle incarne une avocate ultra performante, déterminée, qui ne lâche rien en toute circonstance. On ne se dit pas en regardant la série, que Kim est un personnage féministe, mais au fur et à mesure on se rend compte du coté très moderne du personnage. Kim est intelligente, maligne, bosseuse, déterminée à réussir sa vie. Ultra compétente, on la voit prendre son envol et son indépendance sur le plan professionnel, quand elle quitte le cabinet HHM pour devenir son propre patron, et emmener avec elle le plus gros client qu’elle avait elle-même apporté au cabinet. Kim est très indépendante, elle n’a besoin de personne. Ce n’est pas une super héroïne, elle ne possède pas de super pouvoir ni de talents hors norme, mais Kim arrive toujours à ses fins. Son couple avec Jimmy est aussi très moderne, personne ne prend le dessus sur l’autre, personne ne domine l’autre, ils se soutiennent l’un l’autre, se complètent. Kim et Jimmy m’ont un peu rappelé Scully et Mulder, Kim avec son sang-froid et son intelligence sort toujours Jimmy des ennuis. Et Jimmy avec son audace et son instinct permet à Kim d’évoluer dans le bon sens en s’écartant un peu du trop droit chemin. Ici, il n’y a pas de personnage féminin qui clame haut et fort qu’une femme ça peut faire aussi bien qu’un homme voir mieux. Non, ici Kim ce n’est ni une femme ni un homme, c’est un être humain. Il n’y a pas de différence.

Photo Patrick Fabian, Rhea Seehorn

Les scénaristes de la série ont créés des intrigues prenantes, et ont le talent de nous tenir en haleine quel que soit l’intrigue. On peut être totalement happé et concentré sur l’intrigue juridique autour de Jimmy et Kim pendant le premier quart d’heure d’un épisode et puis d’un coup être propulsé dans l’intrigue concernant Mike ou Nacho et de se dire « ah oui c’est vrai Mike en était là, j’avais oublié ». Toute les intrigues et tous les personnages m’ont plus, intrigués, intéressés, ce qui fait que je ne me suis pas ennuyée une seconde, il n’y a pas eu un épisode plus faible qu’un autre, pas une saison que j’ai senti moins bonne qu’une autre, tout se passe de manière fluide, comme si les scénaristes savent depuis le début où ils vont aller, et ne laisse donc rien au hasard, ce qui, il faut le dire, n’est pas si souvent le cas. Combien de fois j’ai pu voir une série qui m’emballe beaucoup et qui finalement est rempli d’incohérence, d’intrigues secondaires abandonnées, de morceaux inutiles, qui montrent que les scénaristes se sont laissés aller à écrire au fil de l’eau sans avoir à l’œil l’horizon finale.

Photo Jonathan Banks

Bien sûr, il reste encore une saison pour finir la série. Pour l’instant, Better call Saul est un sans-faute, à la hauteur de Breaking bad, qui fait partie de mes séries favorites, et si elle réussit le petit exploit de finir en beauté, je pense qu’il y a de fortes chances pour que je la considère supérieure à sa grande sœur et finir dans le top 5 de mes séries favorites. Rendez-vous dans un an ou 18 mois, (la crise du covid ayant retardée la date de tournage) pour voir si la dernière saison tient toutes les promesses.