Lady Susan

de Jane Austen

4/5

Lady Susan, jolie veuve de 35 ans, est une véritable peste, hypocrite et menteuse, et adore faire tourner son monde en bourrique. Avec son jolie minois, la société est prête à lui décrocher la lune, surtout les hommes, alors qu’en réalité, Lady Susan n’est que mépris, condescendance et haine. Après avoir séduit le mari du couple qui l’a accueilli durant quelques mois, Lady Susan décide de rendre visite à son beau frère.

ça faisait longtemps que je ne m’étais pas plongé dans les romans de Jane Austen, le mois anglais m’a permis de le faire. Je n’ai toujours pas lu Mansfield park, j’ai préféré d’abord me lancer dans Lady Susan.

J’ai beaucoup aimé ce court roman, écrit par l’auteur dans sa jeunesse et laissé de coté. Il a finalement été publié après sa mort. D’après une note de l’éditeur, Lady Susan a été laissé de coté par l’auteur, qui espérait le réécrire sous une autre forme que épistolaire.

Le roman m’a beaucoup fait penser aux liaisons dangereuses, cette femme qui arrive par sa beauté et son charme légendaires à séduire n’importe qui, et à faire oublier tous les témoignages négatifs énoncés par les précédentes victimes de Lady Susan. C’est le cas de Réginald, le frère de madame Vernon, la femme du beau frère de Lady Susan. Les lettres que s’envoient Lady Susan et sa confidente, la seule personne avec qui elle se montre sous son vrai jour, et parle honnêtement de ses sentiments et de ces intentions. Ces lettres sont cyniques et on peut voir tout le coté sournois de Lady Susan. Dans les lettres de Madame Vernon avec sa mère, elle nous montre qu’elle comprend le jeu de Lady Susan et sa fausseté, toujours à se cacher derrière un visage et des manières charmantes. L’enjeu du roman c’est Frédérica, la jeune fille de Lady Susan, qui a toujours été négligé par sa mère mais qui s’y intéresse enfin, maintenant que sa fille à 16 ans, elle veut un mariage riche pour elle, afin d’en profiter aussi sans pour autant devoir se remarier. Car Lady Susan est avant tout une femme indépendante et libre, et qui n’a pas envie de s’enchainer à nouveau à un mari.

En bref, un court roman qui se lit vite, les lettres sont passionnantes et tellement bien tourner que je pouvais voir dans ma tête les scènes s’enchainer, on a presque pas l’impression de lire seulement une simple succession de lettres, elles sont bien explicites, et le lecteur connait parfaitement chaque personnages, même ceux qui n’écrivent pas de lettres eux même.

Une adaptation cinéma va bientôt sortir, et c’est étonnant qu’il n’y ait pas eu de version ciné ou télé avant, car Lady Susan est tellement bien écrite, dans ses personnages et leurs sentiments, que les scénaristes n’auront pas besoin de beaucoup de boulot pour en faire un scénario assez étoffé. Hâte de voir ce que va donner cette adaptation.

Lu dans le mois anglais

 

Témoin à charge

de Agatha Christie

4/5

Un recueil de nouvelles policières mettant en scène Hercule Poirot: Un joueur de golf particulièrement naïf qui croit entendre des voix, un avocat qui doit innocenter son client d’un meurtre atroce, une tante riche qui entend la voix de son défunt mari à la radio, voilà pour les trois nouvelles n’incluant pas de détective.

Puis vient plusieurs nouvelles dont les enquêtes sont menées par Hercule Poirot, parfois avec Hasting, parfois avec Miss Lemon, sa très efficace mais peu imaginative secrétaire. Poirot doit résoudre des mystères bien variés dans ces nouvelles, le client d’un restaurant qui change subitement de régime alimentaire avant de mourir, une jolie dame qui se fait voler un bien précieux et qui charme le romantique Hasting, des triangles amoureux qui finissent mal pendant les vacances de Poirot au bord de mer, un vieux milliardaire excentrique qui rêve qu’il se suicide et qui demande l’aide de Poirot, persuadé qu’on veut l’assassiner, ou encore un homme retrouver mort dans un bahut espagnol, dont l’épouse est trop jolie pour ne pas attirer les ennuis! Hercule Poirot à de quoi faire!

Les trois premières nouvelles indépendantes des aventures de Poirot sont plutôt bien faites et réussies, même si j’ai deviné la fin très tôt dans le récit (T.S.F., Témoin à charge, Le vase bleu), il n’empêche que Témoin à charge en particulier, ferait un excellent film en développant un peu plus les personnages (cette nouvelle a d’ailleurs été plusieurs fois adapté à la télévision et au cinéma).

Les nouvelles mettant en scène Hercule Poirot ont presque toutes été adapté en épisodes par la série de la BBC, Hercule Poirot. Toutes les nouvelles sont plaisantes à  lire, et j’ai adoré pouvoir lire les conversations entre Hasting et Poirot, entre Poirot et Miss Lemon, et lire Poirot à qui Hasting manque énormément! On retrouve l’humour british si particulier de Poirot, ça me donne envie de me faire un autre Agatha Christie pour le mois anglais!

Lu dans le cadre du mois anglais!

Du fond de mon cœur, lettres à ses nièces de Jane Austen

4/5

Ce petit livre regroupe des lettres écrites par Jane Austen à ses nièces favorites, Anna, Fanny et Caroline, durant les dernières années de sa vie. Elle parle de ses romans, de leurs succès en librairie, elle parle de Orgueils et préjugés, de Mansfield park, de Northanger Abbey, elle parle sans en cité le titre de son travail sur Persuasion.

Elle parle aussi beaucoup de la société qui l’entoure, des voisins, des nombreux oncles, tantes, nièces, neveux, qui leurs rendent visite à elle, Cassandra, et leur mère, Madame Austen, leur vie au cottage de Chawton. Elle encourage Anna dans ses propres travaux d’écriture, puis plus tard, la très jeune Caroline, qui s’est lancé dans l’écriture de petites histoires.

Au travers de ses lettres, elle parle parfois de choses simples, ordinaires, quotidiennes, et parfois de choses plus profondes comme le mariage, l’amour, les indécisions de sa nièce Fanny quant à ses différents prétendants. Elle conseille énormément Anna et Caroline sur les histoires qu’elles écrivent et qu’elles envoient à leur tante pour avoir son avis. Elle nous parle aussi de ces lectures, de son admiration pour Walter Scott, et cite quelques références littéraires, quelques auteurs qui l’ont marqué dans ses lectures, et elle m’a donné envie de lire certains romans qu’elle cite dans ses lettres!

Les lettres qu’elle écrit à Fanny sont plus profondes, elle l’a conseille beaucoup sur le mariage et l’influence quant aux décisions qu’elle doit prendre concernant ses prétendants. On retrouve avec ces lettres à Fanny ce qu’on peut entrevoir dans le téléfilm Miss Austen regrets, interprété par Olivia Williams dans lequel elle exprime la même chose que dans certaines des lettres qu’elle écrit à Fanny, à savoir qu’un mariage doit être fonder sur un sentiment amoureux, sous peine de risquer une union malheureuse. Elle critique aussi un peu sa nièce Anna, qui est dorénavant mariée, et qui semble enchainer les grossesses, choses que Jane Austen semble regretter et critiquer.

Au fil des lettres, on devine son état de santé se dégrader au fur et à mesure qu’on approche de sa date de décès, elle se fatigue, son teint n’est plus ce qu’il était, elle reporte certaines visites. J’ai ressenti une certaine tristesse et mélancolie en lisant ces dernières lettres.

Après son décès, Cassandra (la sœur de Jane Austen) explique à Fanny son désarroi et surtout, elle raconte les dernières heures de sa sœur dans les détails, peut être un moyen pour elle de se soulager en partageant ce qu’elle a vécut cette nuit là, un moyen d’apaiser sa tristesse. La lettre est poignante, forte, on s’imagine facilement les dernières heures de Jane, et c’est une lecture forte en émotion.

Le recueil se termine par quelques lettres des nièces de Jane, Anna et Caroline, qui sont dorénavant de vieilles dames et qui essayent de coucher sur du papier les quelques souvenirs ou émotions qu’elles ont gardés de leur tante Jane, dans le cadre d’une biographie écrite par un membre de leur famille. Anna et Caroline se remémorent leur tante tant aimée, la facilité qu’elle avait de jouer avec eux, de les aider, de les aimer, d’être toujours disponible pour eux, on sent l’amour qu’elles ressentaient pour Jane Austen, le manque qu’elles ont ressenties quand elle est morte, la déception qu’elles ressentaient quand elles allaient en visite à Chawton, et que leur tante Jane était absente.

Mais au travers de ces rares lettres écrites par Anna et Caroline, on se rend compte que Jane Austen était aussi quelqu’un de  mystérieux. Si les lettres qu’elle écrit à ses nièces nous laisse entrevoir une Jane Austen intelligente, ouverte d’esprit, sociable, gentille, douce, talentueuse pour raconter des histoires, et surtout bourrée d’humour, un humour fin, intelligent, pertinent, si ces lettres nous montre une Jane Austen pas si éloignée du caractère de certaines de ses héroïnes de romans, une Jane Austen drôle, qui écrit ses lettres aussi bien qu’elle écrit ses romans, on en sait trop peu sur ses sentiments, sur ses émotions, et sur sa vie privée. Elle ne devait pas se confiée énormément, mis à part à sa sœur Cassandra, puisque ses nièces Anna et Caroline n’ont pas su dire beaucoup de choses concernant la vie de leur tante Jane.

Le recueil inclut aussi une lettre de Fanny, la nièce préférée de Jane Austen, a qui il est demandé aussi son avis et ses souvenirs concernant sa tante. Fanny est la fille du frère de Jane Austen qui fut adopté par une riche famille pour en faire leur héritier. La mère de Fanny est issue d’une famille financièrement et socialement plus élevée. Dans cette lettre, écrite alors que Fanny est devenue une vieille dame, on sent l’aigreur de la nièce préférée, qui oublie de faire tout éloge de sa tante, loin du ton des lettres de Anna et Caroline. Elle parle de sa tante de manière négative, on ne ressent aucun amour dans cette lettre dans laquelle elle dit que sa tante n’était pas suffisamment élevée dans le rang sociale pour être intéressante, qu’elle manquait de finesse, d’éducation, de manière pour évoluer dans le monde, qu’elle se contentait de visites de voisins médiocres et que les rares occasions où elle s’élevait un peu en société, elle le devait à Fanny et sa famille, qui lui permettait de fréquenter des gens plus intéressant. Une lettre mesquine et décevante de la part de la nièce préférée, qui ne parle pas du tout de son talent d’écriture ou des nombreux conseils que sa tante à pu lui donner.

Une note explique tout de même que le ton de cette lettre venait sans doute du fait que la famille de sa mère n’a jamais appréciée Jane Austen et encore moins ses romans, que l’époque victorienne depuis laquelle Fanny écrit la lettre est plus guindée, plus moraliste, moins simple que l’époque à laquelle Jane vivait. Une note explique aussi que l’attitude de Fanny viendrait peut être du fait qu’elle se soit finalement mariée tardivement avec un homme plus âgé, alors qu’elle aurait pu se marier plus tôt avec quelqu’un de plus jeune et séduisant, si elle n’avait pas écouté les conseils de sa tante d’attendre de trouver un homme qu’elle aimerait sincèrement pour se marier…

Un recueil de lettres qui se lit tout seul, qui nous permet de retrouver le style et l’humour de Jane Austen dans un très jolie format, à ne pas manquer pour tout fan de l’auteur!

“C’est avec Chawton, que le nom de Jane Austen, en tant qu’écrivain doit être associé”. Caroline Austen.

“J’ai perdu un trésor, un sœur et une telle amie que jamais rien ne pourra la surpasser. Elle était le soleil de ma vie, l’étincelle de tous les plaisirs, le réconfort de toutes les peines, je ne lui cachais rien, c’est comme si j’avais perdue une partie de mon être.” Cassandra Austen.

 Lu dans le cadre du Mois anglais

Testament à l’anglaise de Jonathan Coe

De Jonathan Coe

4.5/5

La famille Winshaw est ancestrale, riche, connue des hautes sphères, et assoiffé de pouvoir et d’argent. Durant la seconde guerre mondiale, Godefray, l’un des frères Winshaw, meurt dans le crash de son avion de guerre, abattu par les allemands lors d’une mission. Tabitha, la sœur un peu farfelue de la famille, crie à la trahison, persuadé que leur frère ainé Lawrence à renseigné les allemands pour tuer leur jeune frère. Dans les années 80/90, l’écrivain Micheal Owen, alors qu’il vient d’entamer une carrière prometteuse de romancier, se voit proposer d’écrire la biographie de la famille Winshaw, commandé par la vieille Tabitha Winshaw, enfermée par sa famille dans un hôpital psychiatrique depuis les années 40. La grosse somme d’argent proposé par Tabitha convainc Michael Owen de se lancer sur les traces de cette famille, qui va l’obséder pendant une bonne décennie, et lui faire rencontrer tous les membres de la famille…

ça fait plusieurs années que ce roman est dans ma pal, il était grand temps de le lire! Le roman commence donc avec la mort de Godefray, le frère préféré de Tabitha, le seul de la famille qui n’était apparemment pas pourrie jusqu’à l’os. Car dans la famille Winshaw, ils sont tous plus détestables les uns que les autres, une horreur, des personnages qui proposent les pires aspects de l’humanité.

Le roman passe des années 40 aux années 80/90, avec l’introduction du personnage écrivain Michael Owen, et en flashback, on repart dans les années 50 pour voir quelques épisodes de l’enfance de Michael qui marqueront sa vie et son destin. Le roman se découpe aussi en plusieurs partie, chacune se concentrant sur un des membres de la dernière génération de la famille Winshaw, des années 50/60 jusqu’au présent, c’est à dire le début des années 90. On peut voir Henry, le politicien qui retourne sa veste et change de partie quand ça l’arrange, un homme sans scrupule, froid et sans émotion.

Dorothy, qui épouse par intérêt un agriculteur locale et transformera sa petite ferme en énorme exploitation agricole moderne, pour créer un empire alimentaire. Aucun sentiment ou amitié pour son mari, Dorothy ne pense qu’à faire de l’argent encore et toujours, peu importe l’hygiène, la maltraitance des animaux, les produits horribles pour produire plus à moindre cout, sans aucune considération pour la santé publique. Dorothy est l’une des personnes les plus exécrables de la famille Winshaw, ne mangeant pas ce qu’elle donne en pâture au peuple anglais, sachant très bien les risques potentiels. Elle n’hésiterait pas à tuer pour engranger un million de dollar supplémentaire.

On fait aussi la connaissance de Hillary, qui après avoir ruiné une entreprise en bonne santé, devient chroniqueuse dans un journal, avant de prendre le pouvoir et de virer son mentor. Ou bien Mark, aussi froid qu’un sociopathe, sa réaction à la mort de sa femme est glaçante. L’homme passe son temps à fricoter avec les dictateurs, et vendre des armes aux plus offrants.

Plus on avance dans l’histoire plus la famille Winshaw nous devient familière, et plus on ressent ce que ressent Michael Owen face à ces individus, on a des envies de meurtres. Au travers de ces portraits, Jonathan Coe nous présente un dure constat sur l’Angleterre des années Thatcher, les classes moyennes ou modestes qui s’appauvrissent, les plus riches qui s’enrichissent, le système de santé qui s’écroule, l’agriculture et l’élevage intensif qui marchent sur la tête. On est loin de l’Angleterre de carte postale, et on ne peut pas dire que ça donne envie de s’y rendre!

Les personnages sont nombreux, les Winshaw, Michael Owen, sa voisine solitaire, j’ai adoré les discussions et rencontre entre Michael Owen et le détective privé qui enquête sur les Winshaw depuis les années 50, un vieillard quelque peu pervers, à l’humour tranchant. Michael Owen est aussi un personnage intéressant, obsédé par un film vu au cinéma quand il était petit et qui ne peut s’empêcher de le regarder encore et encore à l’age adulte, traumatiser par un secret de famille qu’il découvre tardivement, et qui mettra sa vie sur pause pendant presque une décennie.

Ce qui caractérise surtout le roman de Jonathan Coe, c’est son cynisme et son humour so british, acerbe, fin, intelligent, parfois noire. Le roman est un beau pavé, mais les pages tournent toutes seules, on ne s’ennuie pas une seconde, et rien n’est superflue. Un roman riche, qui flirte avec différents genres, le drame, l’intrigue politique, la saga familiale, la romance, la réflexion sur la solitude, une vision de l’Angleterre de Thatcher, ou encore le thriller noire, et une fin digne d’un roman d’Agatha Christie. Un roman riche qui part dans beaucoup de sens mais qui ne se perd jamais en route, Jonathan Coe sait où il va, à lire!

Lu dans le cadre du Mois anglais

 

 

Le dramaturge de Ken Bruen

4/5

Jack Taylor, toujours détective privé à Galway en Irlande, est dans une phase saine. Plus d’alcool, plus de drogue, et bientôt plus de cigarette qui l’eut crut? mais comme toujours avec Jack Taylor, son équilibre et son bien être sont des choses très fragiles, reposant sur des bases peu solides, qui ne demandent qu’à s’effondrer. Les choses commencent à noircir à l’horizon, quand Jack est quasiment sommé par son amie Cathy, de se rentre à la prison de Dublin pour rendre visite à Stewart, ancien dealer de drogue qui vient d’entamer sa peine de prison. Il lui demande de découvrir le responsable de la mort de sa soeur, retrouvée sans vie au pied des escaliers. La police à conclut à un accident, mais Stewart est persuadé qu’il s’agit d’un meurtre. Jack repart pour Galway et commence à enquêter.

Ahhhh Jack Taylor, ce personnage cynique, blasé, accroc à tout et n’importe quoi, mais qui ne ferait pas de mal à un innocent, m’avait manqué! J’ai retrouvé avec plaisir les rues pluvieuses et venteuses de Galway, le pub de son pote, qui ne boit plus, orné d’un pilier de bar inamovible, Ridge, une garda désagréable mais qui reconnait le bon enquêteur chez Jack, Madame Bailey qui gère l’hotel poussiéreux dans lequel Jack vit. J’ai adoré retrouver les citations, les références que Jack sort à longueur de temps, ses visites à la librairie d’occas du coin chez qui il se fournit en romans.

Les enquêtes policières sont encore une fois qu’en arrière plan, elles avancent doucement voir pas du tout pour enfin être résolus dans les dernières pages, les romans de Ken Bruen se concentrant surtout sur Jack Taylor et ses malheurs, car on ne peut pas dire que la vie y met du sien pour lui facilité les choses, quelques moments de douceurs qui ne dure jamais, de la violence aussi bien physique que psychologique, s’abattent sur lui en permanence, le désespoir n’est jamais loin, et si on est surpris de le voir tenir tout le long de ce tome sans boire ni se drogué, la dernière page du roman le pousse dans l’horreur et nous avec, je ne m’attendais pas à un final aussi dure et sombre.

En bref, toujours aussi géniale à lire, j’adore la plume de Bruen, j’aime ses personnages sombres, dures, tourmentés par la vie, cassé parfois, j’aime Jack Taylor, ses réparties, entre celles qu’il dit tout bas dans sa tête et celles qu’il sort tout haut, j’aime l’humour cynique, noir, dure. Me reste encore trois tomes, je vais les faire durer, bien que la fin de ce tome me donne très envie de commencer le suivant.

La passe dangereuse

de Somerset Maugham

4/5

Angleterre, année 20. La jolie et frivole Kitty vient d’avoir 25 ans et se rend compte que le temps est passée bien vite depuis ses premiers pas d’adulte dans le monde. Sa mère lui reproche de ne toujours pas être mariée et d’avoir laissé passer les meilleures demandes en mariage. A 25 ans, les prétendants se font plus rare et sa jeune sœur Doris, tellement moins jolie, vient d’annoncer ses fiançailles avec l’un des plus beaux partis du moment. Pour échapper à l’humiliation, elle accepte la demande en mariage du docteur Lane, éperdument amoureux d’elle, et partent très vite à Hong Kong, où le docteur Lane exerce. Mais au bout d’un an de mariage, Kitty supporte de moins en moins son mari qu’elle n’aime pas et qui est beaucoup trop ennuyeux à son gout. Elle ne tarde pas à prendre un amant, Townsend, un homme vaniteux et égoïste. Lorsque le docteur Lane découvre l’horrible vérité sur celle qu’il estimait sans défaut, il lui laisse le choix: soit elle le suit dans sa nouvelle affectation, un petit village plombé par une grave épidémie de choléra, soit subir un divorce pour faute d’adultère. Elle décide alors d’affronter le choléra.

J’avais beaucoup aimer mes précédentes lectures du même auteur, à savoir Il suffit d’une nuit, et Le fugitif. Les deux romans m’avaient emporté par leurs histoires, leurs romantismes, leurs personnages et par l’écriture de Maugham fluide et envoutante.

Ici aussi j’ai retrouvé tous ce qui fais que j’aime les romans de cet auteur. J’avais déjà vu le flm tiré du roman, avec Edward Norton et Naomi Watts.

La grande différence avec le roman c’est les sentiments du couple, dans le film, Kitty finit par tomber amoureuse de son mari, dans le roman c’est loin d’être aussi simple.

J’ai beaucoup aimé voir Kitty évoluer au fil des mois, sa frivolité, son manque de recul quand elle accepte la demande en mariage de Walter, les raisons mauvaises de l’épouser. Une fois mariée et établit à Hong Kong, Kitty ne cesse d’être la jeune femme qui se sait jolie, superficielle, qui ne pense qu’à faire la fête, qui aime que les hommes l’admirent, d’une frivolité confondante.

Il faudra l’isoler des mois au coeur de la campagne chinoise minée par une épidémie de choléra pour que Kitty sorte de son monde et de sa bulle. La vision des cadavres malmenés par la maladie, la pauvreté de la population, le dévouement des bonnes soeurs catholiques, ses conversations avec l’intelligent Waddington, voisin et seul autre anglais présent dans la région, tout ça fera que Kitty ouvrira un peu plus les yeux sur le monde tel qu’il l”est, qu’il ne se limite pas à sa petite vie bourgeoise et à sa petite personne, qu’elle grandira un peu.

Ce que j’ai aimé dans ce roman mis à part l’écriture toujours aussi fine et fluide de l’auteur, la description de la vie des colons anglais en Chine, ce sont les deux personnages que forment le couple Kitty/Walter. Kitty évolue beaucoup une fois qu’elle a quitter la société hongkongaise, elle devient plus mature, elle se détache de sa personne. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle abandonne tous ses défauts, tous ses préjugés, et qu’elle ne fait pas les même erreurs qu’auparavant. Et surtout ce n’est pas parce qu’elle se rend compte que son mari est un homme formidable et que son amant est un parfait crétin que ses sentiments changeront.

En bref, un beau roman, une fin émouvante et des personnages pleins de défauts et donc très intéressants. J’ai beaucoup aimé le personnage de Waddington, et l’écriture de Maugham me plait toujours autant, je ne resterais pas aussi longtemps avant de lire un autre de ses romans!

Ethan Frome

de Edith Wharton

4/5

Début du 20e siècle, dans un petit village du Connecticut, un homme s’installe pour quelques mois le temps d’effectuer un travail dans la région pour le compte de sa compagnie. Il rencontre alors Ethan Frome, un homme d’une cinquantaine d’année qui semble avoir vécut les pires épreuves dans sa jeunesse… 20 ans plus tôt, Ethan Frome est marié depuis sept ans à Zeena, une malade imaginaire, aigrie et sombre. Ils vivent dans la petite ferme isolée des Frome avec depuis un an maintenant, la jeune et joyeuse Mattie Silver, venue aider Zeena dans les tâches ménagères, qui se dit trop malade pour s’en occuper. Avec le temps, Ethan et Mattie tombent amoureux l’un de l’autre, mais leur relation reste platonique et silencieuse. Jusqu’au jour où Zeena décide du jour au lendemain de se débarrasser de Mattie en la renvoyant…

J’ai fais la connaissance d’Edith Wharton avec son recueil de nouvelles Fièvres romaines, que j’avais adoré, puis avec le court roman Eté. Ethan Frome traine dans ma PAL depuis des lustres, il était temps de le lire.

J’ai beaucoup aimé ma lecture. C’est un roman court, âpre, froid, le roman nous raconte en flashback la vie triste et désolée du pauvre Ethan Frome, un homme qui n’a connu aucune joie, entre la maladie de sa mère, Zeena, venu d’un village voisin pour soigner la malade et qui finalement restera pour épouser Ethan qui ne se sent pas le courage de rester seule dans sa ferme isolée.

Ethan Frome est un homme cultivé, qui connait les sciences, qui aurait pu aspirer à une vie d’ingénieur mais qui se trouve enfermé dans un mariage sans le sou, et dont le quotidien et les obligations l’ensevelissent aussi bien que la neige du Connecticut en hiver. Sa rencontre avec Mattie le ranime, le réveil, le ramène à la vie, et il se serait contenter de la côtoyer, de la voir au quotidien, de la savoir près de lui sous le même, pour le satisfaire, pour lui donner l’envie de se lever chaque matin.

C’est assez pathétique de voir cet homme qui aurait pu faire tant de chose dans sa vie, coincé dans cette ferme désolée, ne rapportant que quelques sous suffisant pour subvenir à leur besoin primaire; en flashbacks, Ethan se remémore l’été passé, ses différentes sorties avec Mattie, loin de sa femme aigrie qui s’imagine toujours malade. Mais la narration de l’histoire se déroule en grande partie en hiver, ces arbres noirs et nus qui se détachent dans la blancheur neigeuse qui recouvre tout, dans ce ciel gris acier qui ne laisse passer que de rares rayons de soleil, Edith Wharton sait décrire le paysage hivernal, la solitude, l’isolement.

Petit à petit, on apprend les conditions de vie du pauvre Ethan Frome, sa ferme qui rapporte rien, son hypothèque, sa femme qui ne fais que gaspiller le peu d’argents en livres médicaux et entrevue chez des médecins de la région, son sentiment d’emprisonnement, d’homme condamné à une peine à perpétuité. Il s’imagine s’enfuir avec la lumineuse Mattie, comme l’a fait un voisin de la région, il s’imagine que, aussi bien pour lui que pour sa femme, les choses s’amélioreront par cette séparation, mais la réalité et ses besoins matériaux, aussi bien pour la survie de sa femme que pour sa possible nouvelle vie avec Mattie le rattrapent.

C’est court, c’est parfaitement écrit, les descriptions, les dialogues, les rebondissements ne servent qu’à décrire et illustrer la vie misérable de cet homme, afin de nous faire comprendre la fin de l’histoire. Il existe une adaptation cinéma qui date des années 90 avec Liam Neeson, Patricia Arquette et Joan Allen, que je suis bien curieuse de voir du coup!

Number9dream

de David Mitchell

4.5/5

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Eiji Miyake est un jeune homme de 19 ans, qui débarque à Tokyo dans l’espoir de découvrir l’identité de son père biologique. Il a été élevé avec sa sœur jumelle sur l’ile paradisiaque mais très isolée, de Yakushima au sud de Kyushu, par sa grand mère, et optionnellement sa mère, qui passait son temps à quitter l’ile pour soigner son alcoolisme et sa dépression. Tout ce que sait Eiji, c’est que son père a déjà femme et enfants quand il fait de sa mère sa maitresse avant de l’abandonner quand elle met au monde les jumeaux. Eiji devine au fond de lui que son père n’est pas quelqu’un qui vaille la peine d’être rencontrer mais avec une mère quasi absente, il a besoin de savoir qui est son père, et de se présenter à lui. Alors que Tokyo l’embrasse et l’englouti dans sa masse et son flux, Eiji vacille entre rêverie, fantasme, et réalité abrupte, rencontres violentes mais aussi rencontres humaines.

J’ai fais la rencontre de David Mitchell avec Les 1000 automnes de Jacob de Zoet, que j’avais adoré, un vrai coup de cœur, puis j’ai enchainé avec Cloud Atlas, après avoir vu le film j’ai eu envie de me plonger dans le roman et encore une fois ce fut un coup de cœur. A partir de là, j’ai décidé de lire les autres romans de l’auteur, à commencer par son premier Ecrits fantômes, trouver d’occasion car plus édité, et encore une fois ce fut un sacré coup de cœur!

Number9dream est encore une fois un coup de cœur, j’ai adoré. Je l’ai lu en anglais car ce roman n’est pas traduit en français. Le livre est découpé en 9 parties, chacune nous racontant une nouvelle étape du court séjour que Eiji passe à Tokyo. Il lui arrive tellement de choses en quelques semaines, qu’on a du mal à imaginer que Eiji a quitter son ile depuis si peu de temps.

Eiji est le héros du roman mais Tokyo est aussi héros de l’histoire, cette ville gigantesque, tentaculaire, pleine de vie et d’énergie et aussi de violence, de non dits. On peut ressentir l’atmosphère de la capitale, la chaleur, la moiteur, la foule, le coté ordonné et bien rangé de la ville, les habitants…j’ai adoré suivre les aventures et mésaventures de Eiji, sa longue attente dans le café Jupiter en face du building dans lequel l’avocate de son père travaille, seule personne de sa connaissance qui pourrait lui dire l’identité de son géniteur. Son fantasme de héros de film d’action pour arriver à passer la sécurité de l’immeuble, son coup de cœur pour la serveuse “à la nuque parfaite”. J’aime beaucoup suivre les pensées de Eiji, son sens de l’observation des gens qui l’entourent, ou encore de la manière qu’il a de donner des surnoms aux personnes qu’il croise, en fonction de leur physique.

Petit à petit aux travers des neufs chapitres, on découvre la personnalité de Eiji, son passé, son enfance sur l’ile de Yakushima, sa relation forte avec sa sœur jumelle Anju qui est pourtant son opposé (Eiji sage, réservé et prudent, Anju téméraire, énergique, effrontée). J’ai adoré lire son enfance et l’épreuve difficile qu’Eiji vivra. On le suit comme agent des transports à la station de train Ueno, on le voit rencontrer et sympathiser avec Suga, un hacker talentueux, rencontre Yuzu Daimon qui l’entraine dans de dangereuses aventures incluant des chefs yakuza qui se battent pour la première place.

J’ai adoré les conversations avec Buntaro, le propriétaire d’un magasin de location de vidéo appelé Shooting star, qui loge Eiji dans un appartement juste au dessus du magasin, j’ai adoré les voir regarder des films à longueur de journée, voir Eiji adopté un chat qui s’est invité dans son appartement.

Number9dream est un roman d’atmosphère, j’ai été happé, envouté, embarqué dans la vie d’Eiji et des personnes qu’il rencontre, j’ai eu peur avec lui et pour lui, j’ai été contente avec lui et pour lui, j’ai marché avec lui dans les rues de Tokyo, et sans m’en rendre compte, je me suis énormément attachée à son personnage, j’avais envie de le voir heureux, de le voir accomplir ce pourquoi il est venu à Tokyo. J’ai adoré son amitié avec Ai Imajo, celle “à la nuque parfaite”, son amitié avec Buntaro, Suga, Doi, Daimon, ses souvenirs d’enfance, ses découvertes sur sa famille, ses rencontres violentes avec les yakuzas locaux. Entre deux scènes relatant la réalité, l’auteur nous offre des parenthèses fantasmées, des contes étranges, des rêves symboliques.

David Mitchell passe par tous les genres et toutes les émotions dans ce roman, des moments comiques, d’autres tendres, mélancoliques, dramatiques, violents, encore un coup de cœur pour cet auteur! J’apprécie aussi toujours autant les références aux livres précédents, certains personnages secondaires que l’on croise dans les autres romans de l’auteur. Il me reste à lire Black swan green et The bone clocks, en espérant que ce soit aussi des coups de cœur.

Dracula de Bram Stoker

de Bram Stoker

4/5

Fin du 19e siècle. Jonathan Harker, notaire, se rend sur les ordres de son patron, au fin fond de la transylvaine rendre visite à un de leur client, le comte Dracula. Ce dernier a fait l’acquisition d’une grande demeure londonienne et doit finaliser l’achat par sa signature. Après un long voyage, Harker arrive enfin dans le village du château. Il est alors surpris par la peur que ressente les villageois lorsque le nom de son client est prononcé. Mais une fois dans le château du comte, Harker observe les bizarreries de la vie de Dracula, de son château aux nombreuses portes fermées, de l’absence total de serviteurs, du comportement étrange des loups, de la vie exclusivement nocturne de Dracula. Il sera alors témoin de choses surnaturelles et effrayantes.

En voila un classique anglais que je n’avais toujours pas lu! Les avis dans mon entourage étaient assez divisés entre ceux qui avaient adoré et ceux qui avaient trouvé ça chiant. Le roman se compose en réalité d’extraits de journaux intimes, de memorandum, de télégramme, de lettres, de compte rendu, entre Mina Harker, Lucy sa meilleure amie, Jonathan son mari, le docteur Seward, le professeur Van Helsing, ou encore l’américain Quincey Morris.

La première partie du roman est très prenante, c’est peut être la partie que j’ai préféré, celle où on suit Jonathan Harker invité chez le comte Dracula, en Transylvanie. C’est Jonathan Harker qui nous raconte à travers la rédaction de son journal, son arrivée dans le pays, la rencontre avec les villageois superstitieux, et enfin son arrivée dans le château du comte et ses habitudes étranges, la vie nocturne du château, les portes constamment fermées, sa rencontre avec trois jeunes femmes sensuelles et repoussantes en même temps, et la découverte par Harker, de la vraie nature du comte et de l’horreur que renferme les lieux.

L’ambiance est tendue, glauque, flippante, les décors et l’atmosphère parfaitement établit pour le lecteur. On changera ensuite de décor, avec les lettres échangées entre Mina et Lucy autour de leur mariages respectifs, et de l’image idéale qu’elles ont des hommes qu’elles placent sur un piédestal.

Les lettres niaises que s’échangent Lucy et Mina, prennent “heureusement” une autre tournure, avec certains évènements paranormaux qui viennent perturber le quotidien des deux jeunes femmes pour leur plus grand malheur, ponctué par le journal du docteur Seward, qui raconte son quotidien dans son asile psychiatrique.

J’ai globalement aimé ma lecture, les pages tournent vite, j’avais très envie de connaitre la fin, la destinée des personnages, et le dénouement de l’histoire. Les personnages ne sont pas forcément tous attachants. Malgré un roman conséquent, l’auteur ne parvient pas à nous faire prendre d’amitié pour ses personnages. On ressent un peu d’empathie pour Jonathan et Mina et j’ai adoré la figure paternelle que représente le professeur Van Helsing (que j’imaginais toujours avec les traits de l’acteur Micheal Lonsdale), par qui viendra la paix et la rédemption.

Quelques défauts m’ont sauté aux yeux donc, comme le langage religieux très présent parfois moraliste, cette conception du bien et du mal très manichéenne, les dialogues entre Mina et son mari quelques peu désuets à la limite du ridicule, mais qui est peut etre du à la traduction? et la deuxième moitié du roman avec lequel j’ai eu parfois un peu de mal, on sent que l’auteur ne veut pas achever son récit, il tourne en rond, ça traine, alors que le roman aurait tout aussi bien pu être plus court, sans rien perdre de ces qualités.

Chez Bram Stocker, les femmes idolâtrent les hommes et les hommes sont parfaits, sans défauts, ni dans leurs actes, ni dans leurs volontés, courageux, infaillibles, téméraires, gentleman…Heureusement, si le personnage de Lucy n’a pas eu le temps d’évoluer, celui de Mina l’a fait! J’ai beaucoup aimé son évolution, elle est très intelligente, sur le plan intellectuel elle aidera plus d’une fois la brochette d’hommes qui l’entourent à réfléchir comme il faut dans la traque de Dracula, grâce à une méthodologie et une organisation. Elle sera aussi très courageuse, gardera son sang froid malgré les épreuves, et à la fin elle se révèle comme une vraie héroïne.

Ce qui m’a surprise dans ce roman par rapport aux adaptations et à la manière romanesque dont le mythe du vampire est montré dans les séries, films, romans, c’est que Bram Stocker, celui qui a rendu populaire le personnage de Dracula et des vampires, ne nous montre à aucun moment un personnage charismatique, séduisant, envouteur. L’impression que m’a faite ce personnage décrit par Stocker est celui d’un moustique géant, suceur de sang et empêcheur de dormir tranquillement, qu’il faut écraser quitte à trouver “la chaussure” adéquat pour arriver à l’aplatir contre le mur. Toute la partie dans laquelle on voit la pauvre Lucy se faire dévorer à petit feu par Dracula, perturbant son sommeil, ses rêves et ses nuits, venant frapper au carreau de sa fenêtre à la nuit tombée, m’a fait penser à ses nuisibles moustiques qui tout les étés, vient me déranger dans mon sommeil, m’empêcher de dormir tranquille! comment cette image à pu devenir avec le temps quelque chose de charismatique et séduisant? pas de vampire loin de tout manichéisme, qui lutte entre sa part de mal et sa part de bien, Dracula est un monstre sans nuance, dont on a qu’une envie, tuer et s’en débarrasser une bonne fois pour toute, pour retrouver la paix!

Une lecture très intéressante loin de l’image romanesque du vampire véhiculé par les séries, films et romans récents. Quelques défauts, des longueurs inutiles dans la deuxième moitié,  et donc pas un coup de cœur.

Opération sweet tooth

de Ian McEwan

3,5/5

Fin des années 60, Serena, une jeune femme belle et intelligente, fan de lecture de romans, intègre une prestigieuse université anglaise, pour étudier à son grand regret, les mathématiques. Petit ami qui s’avère gay, liaison avec un professeur beaucoup plus âgé et marié, qui lui apprendra beaucoup de choses avant d’intègrer le MI-5. Mais elle est vite déçue d’être traitée comme une simple secrétaire, pro de l’archivage. Le travail est souvent absurde, répétitif, pas du tout valorisant. Heureusement elle sympathise avec Shirley, la seule jeune femme qui n’est pas issu de famille aisée et bourgeoise. Puis vient enfin une mission intéressante pour la férue de littérature. Il s’agit d’approcher un écrivain en herbe, Tom Haley, et de lui proposer une bourse professionnelle qui lui permettra de ne plus avoir à travailler, pour pouvoir entièrement se consacré à son art. C’est l’opération sweet tooth, aider financièrement des jeunes auteurs en espérant qu’ils écrivent des romans valorisant les idées occidentales faces à l’idéologie communiste.

 Dernier roman en date pour Ian McEwan, j’ai profité de le trouver en occasion pour le lire, j’en avais entendu beaucoup de bien.

Fin des années 60, une héroïne intelligente, belle, boulimique de littérature et de romans, qui passe ses premières années d’adulte entre des études de maths qu’elle n’aime pas et un amant plus âgé qui refait toute sa culture, avant de se retrouver engagée au MI5. Là où elle pensait trouver une vie professionnelle exaltante, Serena est déçue d’être reléguée comme toute les autres employées féminines, aux archives, aux classements, aux tâches de bureaux répétitives.

Les pages tournent toutes seules, que l’on soit au presbytère avec sa famille, ou en cours de maths à l’université, on suit Serena écrire dans une revue littéraire universitaire, on la voit absorbé un nombre incroyable de romans, on la voit devenir la maitresse d’un vieux professeur, puis entrer au MI5 pour enfin rencontrer le jeune écrivain Tom Haley.

Je ne me suis pas ennuyée malgré quelques longueurs, mais cependant j’ai trouvé l’histoire est peu faible. On est plongée dans les pensées d’une héroïne bourgeoise, conservatrice, qui est restée coincée à ses années d’université. J’ai parfois été intéressée par ce personnage féminin qui se veut indépendante mais qui reste assez vieillotte dans sa tête, mais j’ai aussi été souvent agacé par son coté faible. Serena est une jeune femme qui se laisse souvent marcher sur les pieds, qui manque de passion pour appuyer ses décisions, ses choix ou tout simplement son opinion. Je n’ai pas aimé sa relation avec Caning, ce professeur qui se permet de remodeler et redéfinir la personnalité, la culture et la façon de pensée de Serena, une fille sufiisamment influençable et faible de caractère pour se laisser rééduquer par des tiers sans poser de question, Serena avalant toutes les informations dont Caning l’engraisse.

Je n’ai pas aimé non plus la manière dont elle s’écrase face à Max, ce collègue du MI5, ou encore face à ses supérieurs, alors que son boulot ne lui plait absolument pas. Le roman dépeint un monde professionnelle sexiste et discriminant quant à l’origine sociale des employés.

McEwan plonge le lecteur dans une Angleterre morose et terne, entre crise énergétique, terrorisme de l’IRA, et des relents de guerre froide, avec des politiques anti communiste. Ian McEwan prend un plaisir fou aussi à nous lâcher toute une série de références littéraire, Soljenitsyne, Jane Austen, Martin Amis, et j’en passe. A travers le personnage de Tom Haley et ses premiers pas d’écrivain publié, on plonge aussi dans le monde de l’édition, dans les nombreuses attentes et pressions des éditeurs, et dans les difficultés de création des auteurs, leur travail de création, leur source d’inspiration…

J’ai plus apprécié la seconde moitié du roman, à partir de la rencontre entre Serena et Tom, leur relation, la muse et l’écrivain, leur histoire d’amour, j’ai aussi beaucoup aimé certains personnages secondaires, comme Shirley, la meilleure amie de Serena issu d’un milieu plus populaire. Le roman se termine par une petite pirouette, une longue lettre qui reste une belle déclaration d’amour.