Dernières lectures: La ronde de l’amour de Somerset Maugham – Pauline de Alexandre Dumas – Un coupable presque parfait de Robin Stevenson – Un train pour Ballarat de Kerry Greenwood

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La ronde de l’amour (cakes and ale)

de Somerset Maugham

4/5

William Ashenden, écrivain peu connu, est un jour contacté par un vieil ami écrivain qu’il n’a pas vu depuis quelques temps, Roy. Ce dernier lui parle de monsieur Driffield, un écrivain à succès qui depuis sa mort, est devenu un auteur culte, que les élites anglaises commencent à considérer comme un monument de la littérature. Roy ne cache pas son intention de vouloir écrire une biographie sur Driffield. Mais en ce qui concerne sa jeunesse, du temps de sa première femme Rosie, il aurait besoin des souvenirs de William. En effet, ce dernier à été quasiment intime avec Driffield, du temps où il écrivait des romans qui avait un certains succès, mais qui étaient considérés comme vulgaires par les élites et les critiques. William n’a pas trop envie de se remémorer cette partie de sa vie, sa jeunesse, son adolescence et ses 20 ans. Mais il finit par se laisser convaincre et plonge dans ses souvenirs.

J’adore Somerset Maugham, je ne sais pas pourquoi je met autant de temps entre chaque lecture, car jusqu’ici je n’ai pas encore été déçue. J’avais déjà adoré Il suffit d’une nuit, le fugitif et son plus connu peut être, La passe dangereuse.

Ici on fait connaissance avec Willie, cet auteur peu connue, qui s’acharne a écrire, tout en sachant qu’il ne deviendra jamais une référence en littérature. Il a cinquante ans passé quand il se replonge dans ses souvenirs de jeunesse. J’ai adoré la plume de Maugham, ce cynisme sans être déprimant ou trop sombre.

“Quand un ami, en votre absence, vous a demandé au téléphone en insistant pour être rappelé, soyez sur qu’il s’agit d’une affaire plus importante pour lui que pour vous. S’il pense à vous offrir un cadeau ou à vous rendre un service, il sait modéré son impatience.”

“On ne regrette pas, prétend-on, les plaisirs qu’on ignore, pourtant leurs journées se trainaient dans un incurable ennui.  Ils attendaient avec une impatience fiévreuse ces thés où tout le monde chantait sa romance de Maud Valérie White. Condamnés à vivre à un kilomètre les uns des autres, ils se disputaient avec aigreur.”

“Depuis l’origine des temps, les vieux ne se font ils pas passer auprès des jeunes pour les plus sages et le jour où les jeunes commencent à douter, ne sont ils pas eux même déjà vieux et disposés à profiter de la légende?”

J’ai surtout aimé les chapitres qui nous raconte la jeunesse de William. On est dans une petite ville balnéaire où tout le monde se connait, où les touristes n’existent pas encore. On est au tout début du 20e siècle, la bourgeoisie campagnarde anglaise est très bien décrite par l’auteur, entre la hiérarchie sociale à respecter au pied de la lettre, entre le docteur, le pasteur, le vicaire et autre. William grandit auprès de son oncle et sa tante, qui ne supportent pas de voir leur neveu discuter avec des gens qui lui sont inférieurs. Une éducation que William met de coté lorsqu’il rencontre Driffield et sa femme la sulfureuse Rosie, qui sont socialement bien en dessous de son rang. Mais il  retrouvera les automatismes sociales de son oncle quand il reviendra en ville, à 50 ans passé, et qu’il dédaignera parler au fils du docteur de l’époque, devenue médecin à son tour.

Outre ces personnages très intéressants, William, Driffield, sa femme Rosie, outre l’analyse sociale des villages de province anglaise, l’auteur nous parle aussi beaucoup du processus de création et d’écriture, pourquoi un roman devient un succès, pourquoi un autre fait un flop. Pourquoi un écrivain passe de l’anonymat ou du rejet total à la postérité éternelle.

Je me suis laissée entrainée dans ma lecture, dans le début de ce 20e siècle encore coincé dans un carcan social sévère,  j’ai aimé voir le personnage principal prendre du recul, le voir analyser avec pragmatisme les épisodes de sa jeunesse qui l’ont passionné. Toujours un coté cynique et moqueur, et la fin m’a beaucoup plut.

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Pauline

de Alexandre Dumas

3.5/5

Alfred de Nerval, à l’abri du besoin avec l’héritage paternel, se charge de sa mère et sa sœur. Il part quelques temps en voyage en Normandie. Sur place, alors qu’il est sortie pêcher seul, une tempête le fait échouer sur la cote. Après avoir trouver refuge dans les ruines d’une église, le temps de passer la nuit, il découvre la jeune et jolie Pauline de Meulien, enfermée dans les geôles des ruines. Alfred connait Pauline pour l’avoir rencontrer deux ans plus tôt à un bal. Il aurait voulu l’épouser, mais à l’époque il n’avait pas encore la fortune qui lui permettrait d’oser faire sa demande. Que s’est il passer pour que Pauline, qui a épouser un certain Horace de Beuzeval, se retrouve enfermée dans une cellule abandonnée?

C’est mon 2e roman d’Alexandre Dumas, après les Trois mousquetaires. Ici, c’est Alexandre Dumas lui même qui raconte le début de l’histoire, comme personnage. Il rencontre alors à plusieurs reprises, lors d’un voyage en Italie, son très bon ami, Alfred de Nerval, avec une jeune femme mystérieuse qui lui rappelle une vague connaissance, qui ne se laisse pas approcher, et qui semble apeurée et affaiblie. Finalement, il retrouvera son ami Alfred un an plus tard qui lui racontera toute l’histoire. Comment  il est tombé fou amoureux de la belle Pauline de Meulien, comment il n’avait pas assez d’argent à l’époque, pour la demander en mariage. Il raconte son désarroi, quand il a su que la belle avait accepté la demande en mariage d’Horace de Beuzeval, comment il est alors partie en voyage, comment il a découvert que Pauline avait été enfermée dans une cellule, et qu’elle avait été déclaré officiellement morte par son mari.

A partir de là commence le sauvetage de Pauline. Alfred raconte comment il a sauver d’une mort affreuse et lente la pauvre Pauline, comment il a gagner sa confiance, leur fuite de France, et ensuite, le récit de Pauline elle même qui se met à raconter à Alfred, comment elle a rencontré Horace, comment il a réussi à la séduire pour finalement l’épouser et pourquoi son mari l’a condamnée à mort.

J’ai aimé certains passages très gracieux et bien écrit du roman. Notamment le début, quand Alfred raconte son aventure en bateau sur la cote normande. La description de l’orage, le naufrage, le refuge dans les ruines de l’église, la pluie battante puis la lumière éblouissante apporter par la pleine lune, on est dans un vrai roman romantique du 19e siècle.

On se laisse facilement emporté par le récit de Pauline, quand elle raconte sa vie, le contexte dans lequel elle rencontre le comte de Beuzeval. Là, on tombe vraiment dans le roman gothique, avec des manoirs lugubres, abandonnés, isolés, des serviteurs mystérieux, un mari plein de secret qui fait penser à barbe bleu, des meurtres, des enlèvements, des héros qui vous sauvent in extremis.

Ce coté gothique peut paraitre parfois too much, à la limite du ridicule. On peut pas dire que j’ai été fan du personne de Pauline. Elle a un comportement très crédible lorsqu’elle se réveille enfermée dans les sous sols des ruines, mais sa façon de gérer sa vie après son sauvetage est trop romantique, à se laisser aller dans une mélancolie trop poétique, on sent qu’elle perd la vie petit à petit. Aucune combativité, aucune tentative d’aller mieux, si ce n’est de se laisser aller. Aucune envie de vengeance, de colère, ça manque de réalité humaine. Mais au finale, j’ai beaucoup aimé ce roman, l’amour passif entre Alfred et Pauline, leur voyage, son sauvetage, le récit de Pauline quand elle raconte son mariage, la cruauté perverse du comte et de ses amis quand ils se retrouvent seuls. On a tous les ingrédients, des enlèvements, des meurtres, des voyages, des sauvetages, du romantisme exacerbé, de la mélancolie, des évanouissements, un vrai roman gothique.

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Un coupable presque parfait

de Robin Stevens

3/5

Dans les années 30 Hazel et Daisy sont deux ado scolarisées dans la prestigieuse école pour jeune fille, Deepdean, en Angleterre. Daisy, blonde, yeux bleus, teint de porcelaine, populaire et surtout très sur d’elle, et Hazel, chinoise, brune, très timide, n’avaient pas grand chose en commun et pourtant elles sont devenues les meilleures amies du monde. Un soir, alors que Hazel retourne dans le gymnase à la recherche d’un pull oublié, elle tombe sur le cadavre de Miss Bell, la professeur de sciences. Mais le temps de revenir accompagné de Daisy et d’une autre élève, le corps a disparu. Seule Daisy veut croire à l’histoire d’Hazel. Daisy décide donc d’enquêter sur le meurtre de Miss Bell et ça tombe bien puisque les deux jeunes filles viennent de créer leur propre club de détective.

J’en avais entendu du bien sur plusieurs blogs, et j’avais envie d’une lecture facile et légère. On plonge dans les années 30, dans un pensionnat pour jeunes filles en Angleterre. Tout est raconté du point de vue de Hazel, une chinoise origine d’Hong Kong, qui a été envoyé dans le pensionnat pour avoir une culture anglaise, volonté d’un père qui a lui même suivi des études en Angleterre et qui est tombé amoureux de la culture anglaise depuis. J’ai trouvé dommage que le coté asiatique de Hazel ne soit pas plus exploité, j’ai aimé les anecdotes d’Hazel concernant ses parents, entre un père très ouvert, amoureux de la culture anglaise au point de ne parler presque que en anglais chez lui, alors que sa mère ne comprend pas cette obsession et refuse de parler anglais comme son mari. Mais ce n’est pas le sujet du roman.

L’enquête policière est le centre de l’histoire, mais c’est aussi un roman sur l’amitié entre adolescentes. Daisy est maligne, belle, populaire, elle sait quoi dire ou quoi faire pour s’attirer la sympathie des élèves comme des professeurs. Hazel en parle avec lucidité. Pour elle Daisy est la parfaite jeune fille, quand il fait froid Hazel est couperosé, Daisy a les joues légèrement rosées, quand Hazel a un bouton d’acné sur le nez, Daisy n’en a jamais. Daisy est sur d’elle, toujours, alors qu’Hazel est maladroite et timide. Je n’ai pas trop aimé la relation entre les deux filles, il y a clairement un dominant et un dominé dans cette amitié. Daisy rabaisse souvent son amie, ne tient pas compte de ses remarques, est trop souvent hautaine, même si on devine que Daisy adore Hazel et qu’en cas de coup dure elle ne lui tournera pas le dos, mais je n’ai pas trouvé leur amitié attachante.

L’enquête policière avance de manière régulière et sans temps morts, mais on devine vite le coupable, et le pourquoi des crimes est assez banale et déjà vu cent fois, rien d’originale ou de surprenant. Je ne me suis pas attachée plus que ça aux personnages, même si j’ai un petit faible pour Hazel. Une lecture agréable mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable.

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Un train pour Ballarat

de Kerry Greenwood

3/5

Australie dans les années 20. Phryne Fisher est une riche héritière, belle, jeune, intelligente et fonceuse. Comme elle est complètement indépendante, elle mène la vie qu’elle souhaite, notamment en devenant détective privée. Alors qu’elle se rend à Ballarat en train, avec sa secrétaire Dot, tout le wagon première classe se retrouve asphyxié par du chloroforme. Phryne réussie à tirer la sonnette d’alarme et à briser les vitres. Une fois le train évacué, il manque un passager à l’appel, une vieille dame qui voyageait avec sa fille. On la retrouve assez rapidement, étranglée et bien abimée. La vieille dame n’était pas du tout sympathique, mais qui aurait pu lui en vouloir à ce point? Autre mystère, on retrouve dans le train une jeune fille de 12 ans, Jane, qui ne se souviens plus des derniers mois de sa vie. Phryne décide de mener l’enquête.

J’avais déjà lu le premier tome il y a quelques années. Je l’avais moyennement aimé, mais j’ai voulu redonner une chance aux livres. Cette série de romans policiers a été adaptée en série télé et j’avais beaucoup aimé le résultat. Au départ, je n’avais pas trop accroché, mais au bout de quelques épisodes, on s’attache vite aux personnages, aux décors et aux somptueuses tenues de l’héroïne. Comme pour le premier tome des aventures de Phryne Fisher, je n’avais pas trop aimé ce coté trop parfait de l’héroïne, qui a tout fait, tout appris, tout vu, tout visiter, c’est un peu trop surréelle pour une jeune femme des années 20. Mais la série a su donner à son héroïne quelques faiblesses, notamment quand elle doit se battre, ou encore concernant un passé trouble qui l’a touche et l’a traumatise encore aujourd’hui.

Dans le roman ce n’est pas le cas et c’est bien dommage. J’ai trouvé que l’auteur s’était un peu calmer dans la description qu’elle fait de son héroïne, par rapport au premier tome, où elle y allait avec ces gros sabots pour nous dire toutes les cinq pages, à quel point son héroïne est forte, intelligente, belle, débrouillarde. Mais ça reste tout de même très présent. Ainsi, au début du roman, quand tout le monde est victime du chloroforme, Phryne elle, a eut la force de tirer dans la fenêtre de son compartiment, de se lever pour abaisser toutes les fenêtres et de tirer tout le monde de sa torpeur. Ou encore cette discussion surréaliste qu’elle a avec un haïtien pro du vaudou qui essaye d’expliquer à Phryne la procédure pour désenvouter et qu’elle lui répondra qu’elle connait, elle a déjà voyager en Haiti, voui voui…

Dans le roman, Phryne sait tout faire, n’a aucune faiblesse ou lacune, ce qui l’a rend un peu trop froide pour le lecteur, on a du mal à s’attacher à elle et c’est dommage. Reste que j’aime toujours autant le personnage de Dot, le coté libérée de la maison avec le majordome et la cuisinière qui ne s’offusquent pas des mœurs de leur patronne. L’enquête policière est agréable à suivre, les rebondissements aussi, même si la fin est un peu précipitée, quelques pages de plus n’aurait pas été du luxe.

 

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2 thoughts on “Dernières lectures: La ronde de l’amour de Somerset Maugham – Pauline de Alexandre Dumas – Un coupable presque parfait de Robin Stevenson – Un train pour Ballarat de Kerry Greenwood

  1. Je suis d’accord ! Pauline est un très bon roman gothique ! J’ai bien aimé la construction du roman et la figure du persécuteur qui est aussi un héros romantique maudit…

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