Les liaisons dangereuses

de Pierre Choderlos de Laclos

4/5

Au 17e siècle, le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil manipulent leur monde et s’amuse aux dépens des autres. Valmont qui est connu pour son libertinage et ses conquêtes sans lendemain, prend plaisir à séduire des dames de la haute société juste pour prouver qu’il peut le faire. La marquise, elle, joue les anges en société, alors qu’elle n’est que méchanceté, perversité, et manipulatrice. Ensemble, Valmont et Merteuil s’amuse à des jeux dangereux. Si le vicomte arrive à séduire Madame de Tourvel, une jeune femme aussi jolie que prude et vertueuse, Merteuil lui promet une belle récompense. Quant à la marquise, elle espère pervertir et salir l’esprit de la très jeune mademoiselle de Volange, promise à un ennemi de la marquise et qui espère ainsi l’humilier au travers de sa future épouse.

En voilà un classique qui est dans ma PAL depuis des lustres et que je n’avais pas encore lu. Après Dracula au début de l’année, je me suis lancée dans Les liaisons dangereuses, ce roman épistolaire, qui raconte sur une durée de six mois environ, les déboires et les désillusions d’une société riche et désœuvrée. Entre séjour à la campagne pour l’été, le retour à Paris pour l’hiver, entre sorties à l’opéra, soirée chez les uns et les autres, et cancans en tout genre, l’ennui guette, l’oisiveté aussi ce qui n’est jamais très bon. Les réputations se font et se défont.

L’un des points forts du roman, c’est la qualité de l’écriture, c’est superbement écrit, les lettres se lisent toutes seules. Mais elles ne sont pas toutes aussi intéressantes. J’ai adoré lire la correspondance entre Valmont et Merteuil, car les lettres sont dénuées de toute langue de bois, c’est une franchise sans limite, parfois même assez crue. Avec cette liberté de ton, la véritable personnalité de ces deux personnages sont révélées dans ces lettres. J’ai beaucoup moins aimé les lettres entre la jeune Cécile de Volange et Danceny, qui sont dégoulinantes de mièvrerie et d’amour adolescent, ou encore les lettres entre Madame de Tourvel et Valmont, qui tournent en rond, entre un Valmont qui déclare sa flamme 1000 fois et une Tourvel qui rejette ses déclarations 1000 fois, on finit par se lasser!

A la lecture du roman, on comprend pourquoi il a fait scandale à son époque, c’était assez osé. Valmont n’est qu’un libertin qui s’amuse à séduire toutes les dames qu’il rencontre pour ensuite les déshonorer, sa réputation est connue de tous ou presque, alors que Merteuil doit faire des efforts pour dissimuler son libertinage et sa vraie personnalité, afin de ne pas être exclue d’une société où les réputations sont toujours très importantes. Dans certaines lettres, les choses décrites sont parfois assez crues pour l’époque, notamment la lettre dans laquelle Valmont décrit le quasi viol de Cécile de Volanges, et leurs jeux sexuels qui suivront nuit après nuit, dans son objectif d’éduquer la jeune et crédule Cécile, de la salir, de l’avilir et la pervertir. Dans sa crédulité, Cécile ne se rendra même plus compte de ce qui lui arrive réellement, jusqu’à la fin du roman et une fausse couche, elle réalise alors tous ce qui s’est passé ces derniers mois et rentrera au couvent.

On connait mieux les motivations de Madame de Merteuil dans une lettre qu’elle écrit à Valmont et dans laquelle elle raconte sa jeunesse, son mariage, et son envie de s’émanciper, son refus de se remarier après la mort de son premier mari, pour pouvoir faire ce qu’elle veut sans contrainte et ne plus avoir une figure autoritaire qu’il faudrait sans cesse tromper. La franchise des lettres échangées entre Merteuil et Valmont permet de véritablement connaitre ses deux personnages dont l’envie de liberté au détriment de la société dans laquelle ils vivent, les aura menées à leur perte.

Si le roman reste osé pour l’époque, la fin reste morale puisque tous les “pêcheurs” sont bel et bien puni. Dans le film de Frears, Madame de Merteuil semble être plus coupable que ne l’est Valmont, mais en lisant le roman je trouve que Valmont est peut être encore plus à blâmer que Merteuil. Ses actes contre la pauvre et crédule Cécile, sa façon de traiter et de rendre folle Madame de Tourvel, le rendent peut être encore plus coupable. Merteuil manipule et trompe son monde, elle demande à Valmont d’agir, mais n’empêche que les deux manipulateurs ne valent pas mieux l’un que l’autre. Dans le film, Valmont parait plus sympathique car il est finalement tombé amoureux de Madame de Tourvel mais dans le roman, il ne fera rien ou peu pour essayer de rattraper le coup et sortir celle qu’il est censé aimé de la folie mortelle dans laquelle elle se trouve. Valmont trouve la mort, Danceny s’exile, Cécile prend le voile, et Madame de Merteuil perd à la fois son statut sociale, sa réputation, sa beauté à cause de la petite vérole, et sa fortune à cause d’un procès. Une lecture intéressante, une belle écriture, et une liberté de ton qui donne un aperçu de la “bonne” société de l’époque.

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