Le temps des aveux

Le Temps des aveux : Affiche

de Régis Wargnier

Raphael Personnaz, Olivier Gourmet, Kompheak Phoeung

3/5

Au début des années 70, François Bizot s’intéresse beaucoup dans le cadre de son travail à l’histoire du Cambodge, et visite des temples bouddhiques. Marié à une cambodgienne et père d’une petite fille, il est complètement intégré aux villageois de son village. Il se fait arrêté sur la route en compagnie de deux assistants, par les khmers rouges, et emprisonné de manière arbitraire dans un camp. Plusieurs mois passent durant lesquels François Bizot sera détenu dans des conditions extrêmes jusqu’à ce que le directeur du camp, Douch, convaincu par son innocence, convaincra les autorité à le remettre en liberté.

Le Temps des aveux : Photo Raphaël Personnaz

C’est d’abord le sujet qui m’a donné envie de voir le film, qui m’a rappelé un film sur le même sujet, coup de cœur que j’avais plus qu’adoré, La déchirure de Roland Joffé, un film poignant, fort, admirablement joué et tiré d’une histoire vraie. Le temps des aveux est hélas à des milliers de kilomètres de La déchirure.

Le Temps des aveux : Photo Raphaël Personnaz

L’histoire aurait pu être intéressante, ça aurait pu être une fresque romanesque, qui aurait emporté le spectateur dans d’autres sphères, il y avait tout les ingrédients pour cela, une histoire dramatique, un face à face tendu et ambigu entre le tortionnaire et son prisonnier, une histoire d’amour (voir deux) contrariée, un pays dans la déchéance, des paysages époustouflants, et j’en passe.

Le Temps des aveux : Photo

Mais ici rien, le gros défaut du film, c’est une froideur indifférente. On passe en quelques secondes sur la vie d’avant son arrestation du héros de l’histoire, il est impliqué dans la société cambodgienne, il se marie avec une fille du coin, il a une fille, il parcourt les sites historiques de la campagne cambodgienne, bref, on ne se rend pas compte de sa vie, de son quotidien, de sa personnalité. Qui est François Bizot, quelle est sa vie, quel est son caractère, quel est son quotidien? on n’en sait rien, le réalisateur s’en fout, et nous spectateur, on n’a pas du tout le temps ou les éléments pour s’attacher à lui, sa femme ou sa fille, avant qu’il ne se fasse arrêter et conduit dans un camp de prisonnier tenu par les khmers rouges.

Cette erreur de début de film ne permettra jamais aux spectateurs de ressentir quoique ce soit durant le film. C’est froid, aseptisé, on ne ressent rien, on se fout complétement de ce qu’il va arriver aux personnages, surtout que les premières minutes du film se passe 20 ans plus tard, et on voit que la petite famille Bizot est bien vivante. Le face à face avec le tortionnaire Douch est peu intéressant aussi. Raphael Personnaz joue froidement, est ce du aux directives du réalisateur je ne sais pas…son jeu est sans émotion ce qui renforce ce sentiment. Finalement, on a presque plus d’empathie pour Douch, mieux interprété.

Le seul personnage vraiment intéressant, c’est celui tenu par Olivier Gourmet, décidément un grand acteur. Même dans un film dénué de toute émotion et de toute empathie, il arrive à donné de l’intérêt à son personnage, celui du consul de France. Son rôle est secondaire, mais les scènes où il apparait sont justes et intéressantes, son personnage est finalement plus passionné et humain que celui de Bizot. Seule la scène du passage de la frontière thaïlandaise nous donne quelques sueurs froides.

La fin du film est à l’image de tout le reste. On repart 20 ans après les évènements, là où le film avait commencé, on ne sait pas vraiment ce qu’est devenu la femme de Bizot, leur relation après leur séparation, leurs vies entre la France et le Cambodge. On ne sait pas non plus ce que devient la jeune paysanne cambodgienne qui accompagnait la famille Bizot, même si on sait qu’elle survit à la guerre. Tout ça confirme le manque d’intérêt flagrant du réalisateur pour ses personnages. L’esthétique du film (sans parler le maquillage raté pour vieillir Personnaz, digne d’une série de seconde zone), la mise en scène, le jeu du héros, le manque d’empathie, tout ça me donne le sentiment d’avoir vu sur grand écran le genre de téléfilm que France 3 peut passer parfois le samedi soir. C ‘est dommage, car le sujet aurait pu donner un très beau flm. Si vous voulez voir un bon film qui parle de cette horrible période, mieux vaut voir ou revoir le magnifique film de Joffé, La déchirure.

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