Adeline Mowbray

De Amélia Opie

3/5

Adeline Mowbray est belle, jeune, innocente, et a été élevée par une mère érudite, intelligente, une intellectuelle qui passe son temps dans des recueils de philosophie et qui teste sur sa fille ses théories sur l’éducation des enfants. Adeline qui adule sa mère adopte aussi ses avis, notamment concernant le mariage, que sa mère considère comme une institution dépassée et archaïque. En faisant son entrée dans le monde, Madame Mowbray était loin d’imaginer que sa fille était si naïve et qu’elle déciderait d’appliquer dans la pratique les théories adorées par sa mère. Ainsi, Adeline rencontre à Bath le philosophe Glenumurray que tout le monde fuit comme la peste pour avoir critiqué le mariage. Personne ne veut être vu en sa compagnie de peur de voir sa propre réputation être ternie, sauf Adeline, qui dans son innocence, sa naïveté, et son manque cruelle d’expérience concernant le poids de la société dans laquelle elle évolue, décide de faire de Glenumurray son amant. Mais Adeline va apprendre à ses dépends qu’on ne peut pas vivre à contre courant des mœurs de sa société sans laisser des plumes.

Ce roman fut écrit en 1804, je n’en avais jamais entendu parler, je suis tombée dessus par hasard, parmi les nouveautés de la littérature anglo saxone et je me suis dis pourquoi pas? En lisant la 4e de couverture, j’étais intriguée de voir comment une auteur qui écrivait dans l’Angleterre du début du 19e siècle allait traiter des relations hors mariages.

Au départ, j’étais plutôt séduite. Il est vrai que si mademoiselle Mowbray décide de devenir la maitresse et non la femme de l’homme qu’elle aime, c’est surtout parce qu’elle est d’une grande naïveté et d’une innocence malvenue, avec une mère qui ne l’a absolument pas préparée aux mœurs de la société, à l’intransigeance de son milieu, puisqu’elle a été élevé quasiment en huis clos dans la demeure familiale, par une mère qui passait tout son temps dans ses livres de philosophies.

Mais en réalité, une fois qu’Adeline a quitté le foyer familiale, pour devenir aux yeux de tous la maitresse de Glenmurray, les choses ne vont que de mal en pis. Les premiers mois se passent dans un bonheur sans nuage, loin de l’Angleterre, mais il suffit qu’Adeline et Glenmurray soient confrontés à un membre de leurs société pour que leur bonheur dégringole. Personne ne cautionne le comportement d’Adeline de vivre en maitresse ou le comportement de Glenmurray qui ne se marie pas. Il fuit mais à chaque fois, la rencontre avec l’un de leur semblable les renvoi à l’image qu’ils donnent au reste du monde. Si Glenmurray souhaiterait plus que tout épouser Adeline, pour lui donner la respectabilité qu’elle mérite, pour que les gens qui l’admiraient jusqu’ici recommence à le faire, pour que, tout simplement, Adeline puisse à nouveaux se frayer un passage dans la société, avoir des amis et des discussions, Adeline ne démord pas de ses principes et refuse le mariage. Après avoir été rejeté de la société et avoir vécu d’innombrables désillusions, humiliations et autre drames personnels, on aurait pu se dire qu’Adeline aurait enfin céder à Glenmurray en acceptant le mariage, mais non. Adeline vit comme une femme mariée, mais refuse de l’officialisé, seule moyen pour elle et Glenmurray de ne plus vivre dans le malheur, Glenmurray physiquement de plus en plus malade et affaiblie par cette situation de plus en plus ingérable, et en cela Adeline m’a parfois agacé.

Si on se contente de lire l’histoire d’Adeline et de ses malheurs personnels qui ne feront qu’empirer avec les années, le roman n’a pas vraiment d’intérêt, mais l’histoire et les personnages sont aussi prétextes  pour l’auteur de nous parler du mariage, de cette institution, de ce qu’elle implique, des raisons pour lesquelles les êtres se lient pour la vie à son époque. L’auteur nous parle du rôle centrale que le mariage représente, de ce qu’il apporte, la richesse, l’assurance, la garantie d’un nom, d’une respectabilité, d’enfants légitimes qui pourront prétendre à quelque chose pour ne pas finir sans rien à la mort d’un parent. L’auteur insiste souvent sur la différence que l’on fait entre une femme qui se fait appeler madame, et une autre qui n’a que le titre de miss. La miss quand elle est accompagnée d’une mère ou d’un chaperon n’a rien à craindre, mais la miss qui se balade seule et qui est connue comme étant une “femme entretenue”est hélas traitée comme une moins que rien, qui n’a le droit à aucun égard, on ne lui épargne aucune insulte ou humiliation, ou avances tendancieuses.

Amélia Opie nous parle aussi de l’hypocrisie de sa société, qui adore les apparences mais qui ne jugent jamais de ce qui se passe à couvert, même si c’est de notoriété publique. Une femme mariée qui aura des amants ne sera pas blâmée du moment que ça reste secret, son mariage lui garantit une respectabilité que la femme célibataire n’a pas, même si elle est fidèle en amour.

Mais si les réflexions de l’auteur sur le mariage, sur les raisons bonnes ou mauvaises de cette institution, sur le poids de la société et de son jugement sont intéressantes, il n’empêche que l’auteur sombre un peu trop dans la morale et le repentir. Ainsi, Adeline reniera ces avis sur le mariage, demandera pardon et repentir auprès de ceux qui l’entourent, avouera avoir été égaré par une éducation qui n’a pas su la mettre en garde, et finalement approuvera tous ce que la société à établit comme interdictions et barrières, que l’expérience de plusieurs siècles ne devraient jamais être remis en cause par de nouvelles générations ou de nouvelles idées, car ceux qui ont établis ces règles sociales il y a plusieurs siècles avaient forcément raison. Bref, heureusement que les mœurs et la société a évolue et n’est pas resté dans un statut quo depuis le 19e siècle quand même.

En bref, une lecture intéressante, mais une histoire qui tombe beaucoup trop dans la morale et qui  nous donne l’impression d’être juste une histoire que les jeunes filles de l’époque auraient du lire pour en tirer des leçons sur la conduite à tenir dans le monde. Le roman ne me laissera donc pas un souvenir impérissable.

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6 thoughts on “Adeline Mowbray

  1. C’est tout de même un roman assez gonflé pour l’époque, on plaint Adeline, on la comprend de vouloir être fidèle à sa conscience. Mais elle rentre dans les lous, forcément (sinon le roman n’aurait pas eu de diffusion, non?)

    • je suis d’accord, le roman aurait surement fini dans les oubliettes, enterrée par la censure si ça avait fini autrement, mais bon, je peux pas m’empêcher d’être un peu déçu par la seconde moitié, le début était gonflé comme tu dis, mais après elle se repends tellement, elle nie tellement ce en quoi elle croyait, que ça m’a agacé (sa décision de se marier, alors qu’elle était tellement têtu avec l’homme qu’elle aimait). Il faut dire que le personnage d’Adeline, surtout dans la seconde partie du roman, m’a souvent énervé, même si on ne peut pas lui en vouloir, vu sa naiveté et son innocence. après ça reste une lecture intéressante.

    • j’ai été un peu étonné aussi, j’aurais aimé que ça continue dans le roman et voir ce que tout ça aurait donnée avec le temps et les années, entre Adeline et Glenmurray;

  2. c’est pas un coup de coeur, mais ça reste intéressant à lire, je n’ai pas trouvé beaucoup d’avis sur la blogosphère (une ou deux) alors je suis impatiente de savoir ce que tu vas en penser!

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